Un film d'animation japonais futuriste et réaliste
Cette série de science-fiction suit les aventures d’un groupe de chasseurs de primes, surnommés les Cowboys, qui sillonnent l’espace à bord de leur vaisseau, le Bebop, en 2071. L’œuvre puise largement son inspiration dans le cinéma américain, une influence que l’on retrouve également dans sa bande originale, composée par Yoko Kanno et son groupe, The Seatbelts. Celle-ci mêle avec brio des sonorités jazz, blues et rock. T
Ce long métrage s’inspire des codes du western, tout en y insufflant des touches marocaines, tant dans son ambiance que dans certaines scènes.
Le film a reçu un accueil favorable à sa sortie, malgré des critiques parfois mitigées. Certains lui reprochent notamment de s’adresser avant tout aux connaisseurs de la série.
Cowboy Bebop (カウボーイビバップ) est à l'origine une série d'animation japonaise créée en 1998 par Sunrise et réalisée par Shin'ichirô Watanabe. Composée de 26 épisodes, elle a donné naissance à ce long métrage sorti en 2001, dont l'intrigue se situe entre les épisodes 22 et 23. Il n'est toutefois pas nécessaire d'avoir vu la série pour profiter pleinement de ce film.
Les graphismes de ce long métrage gagnent en réalisme par rapport à la série, conférant aux personnages une apparence plus mature et adulte, sans pour autant verser dans la caricature du cowboy ou du chasseur de primes typique des westerns américains.
Il faut savoir que la série initiale a également donné naissance à deux séries animées dérivées, ainsi qu’à des jeux vidéo sur PlayStation et PlayStation 2.
Une enquête sur fond d'attaque bactériologique
Nous sommes en 2071, dans le cratère d’Alba City, sur Mars, cinquante ans après une catastrophe. L’explosion d’un camion-citerne libère un virus mortel qui décime une partie de la population.
Les autorités offrent une prime à quiconque permettra de retrouver l’auteur de cet attentat.
Nos chasseurs de primes se lancent alors sur la piste des coupables. L’équipe est composée de Spike, ancien membre de l’organisation criminelle des Red Dragons ; Jet, ancien policier et propriétaire du vaisseau ; Faye, fugitive endettée ; Ed, jeune geek hyperactive ; et Ein, un chien à l’intelligence exceptionnelle.
Ce film met en scène des personnages principaux marginaux, fatigués et profondément marqués par leur passé. C'est ce qui les a conduits à devenir des chasseurs de primes des temps modernes. Chacun tente d'affronter ses propres démons, un thème récurrent tout au long du long métrage.
On comprend que chaque personnage cherche à fuir une épreuve du passé qu'il peine à accepter ou qu'il préfère oublier, et qui l'a conduit à sa condition actuelle.
Cependant, les personnages n'évoluent pas réellement entre la série et le film, puisque celui-ci s'insère entre deux épisodes. L'animation, plus fluide et plus travaillée, leur confère davantage de prestance et de caractère, mais sans véritable transformation.
Un "Virus" nanotechnologique
Cette arme a été conçue par Cherious Medical, un consortium pharmaceutique, à la demande de l'armée martienne. Les tests de vaccin ont été effectués sur des cobayes dont un seul a survécu mais a perdu la mémoire et est devenu fou.
La panique gagne alors le gouvernement : le virus, n'étant pas biologique, reste indétectable lors des analyses médicales. Les autorités offrent donc une prime astronomique de 300 millions de woolongs pour la capture du coupable.
On retrouve le thème de manipulation scientifique qui dérape et dont l'Homme perd le contrôle? celui-ci tente une fois de plus de masquer ses erreurs de façon immorale et à l'encontre des règles de la société.
L'intrigue s'ouvre sur l'explosion d'un camion-citerne sur Mars, qui libère un virus mortel. Ce traitement aborde de front la menace terroriste ainsi que le contrôle de la population exercé par les corporations.
Nous découvrons rapidement que cette attaque bactériologique n'a rien de naturel : elle est en réalité causée par des nanorobots créés par l'Homme. Ceux-ci s'attaquent au cerveau, provoquent des hallucinations, puis entraînent la mort.
Ici, Cherious Medical et l'armée cherchent à effacer toute trace de leurs expériences illégales, menées en violation du traité d'Amsterdam. Plutôt que de contribuer à résoudre la crise, la firme emprisonne ses propres agents et élimine tous ceux qui tentent de faire éclater la vérité. On retrouve un complot à l'échelle nationale dont la population est de nouveau la victime.
Des héros à la dérive
Dans ce film, les héros se montrent de moins en moins sûrs d’eux face à une enquête dont l’ampleur les dépasse.
Spike perd de sa superbe après avoir frôlé la mort. Pourtant, cette épreuve révèle l’amitié et les liens profonds qui unissent tous les membres de l’équipe.
Quant à Vincent, le "coupable", c'est un être solitaire qui agit seul et qui, contrairement à nos héros tentant d'oublier leur passé, n'en a plus aucun souvenir. Malgré tout, il éprouve de la pitié, notamment envers Faye, à qui il sauve la vie. Lui cherche avant tout à retrouver son identité et son passé.
Nous retrouvons l'image des papillons scintillants, figure poétique et symbolique du film. Hélas, ils ne sont que des hallucinations provoquées par le « virus ». Vincent ne parvient plus à distinguer le rêve de la réalité. Cette image renvoie à la philosophie taoïste, qui interroge l'impossibilité de tracer une frontière certaine entre le rêve et le réel. Elle nous invite également à relativiser nos attachements et nos jugements sur le monde.
Vincent veut anéantir ce monde qu’il juge fou. Il choisit une date symbolique, représentant la mort et la face cachée de chacun. À ses yeux, le monde n’est qu’un purgatoire. Mais il est prêt à le partager avec Faye.
Verdict : un film d'animation proche d'un documentaire
"Cowboy Bebop: Knockin' on Heaven's Door" est un western moderne d'animation. Il multiplie les références aux films américains d'époque tout en puisant dans de fortes inspirations marocaines, qui lui apportent une véritable touche de dépaysement.
Ce film connaît quelques longueurs et il peut parfois être difficile de rester attentif, tant l'histoire semble partir dans plusieurs directions. Heureusement, il n'est pas nécessaire d'avoir vu la série pour suivre l'intrigue, même si certains éléments peuvent paraître moins clairs aux nouveaux spectateurs. De plus, les héros peuvent néanmoins sembler un peu fades et manquer de profondeur. On ne les découvre pas suffisamment, ce qui laisse une impression d'inachevé.
Les graphismes, très réalistes, s'appuient sur un trait précis et des couleurs vives, loin des tons pastel. L'action se déroule dans un univers futuriste peuplé de vaisseaux et de technologies avancées. Pourtant, le film fait aussi écho à des thématiques très actuelles : secrets d'État, virus supposé et expérimentations sur des êtres humains. Courses-poursuites, avions modernes et autres véhicules viennent compléter cet univers. Le sentiment de solitude est également omniprésent dans ce long métrage, tout comme l'ambiguïté des relations humaines. Les personnages, souvent solitaires, refusent de s'attacher par peur de revivre leurs blessures passées et cherchent avant tout à se protéger.
Tout au long du film, nos mercenaires déploient un humour très actuel qui, il faut bien l’avouer, fait mouche. Les héroïnes, à la fois sexy et redoutablement efficaces, sont bien loin des clichés de la bimbo potiche.
Ce film met en lumière la dualité qui habite chacun de nous à travers Spike, le héros, et Vincent, son double sombre. Bien qu’ils s’opposent, ils finissent par se retrouver autour d’une certaine vision du monde. Liés l’un à l’autre, ils se doivent mutuellement une faveur.
La dernière phrase prononcée par Spike avant le générique de fin, lorsqu’il évoque Vincent, est la suivante : « C’était un homme comme ça, seul, sans partenaire de jeu… qui vivait dans un rêve. » Cette phrase souligne que Vincent vivait dans son propre monde, sans distinguer pleinement la réalité du rêve. Pourtant, une chose lui revient à la fin : l’amour.
Par Nékomé