Nacon en cessation de paiements : un signal d’alarme pour l’édition française
L’éditeur français Nacon traverse une zone de fortes turbulences. Selon les informations publiées par Le Monde, l’entreprise spécialisée dans l’édition de jeux vidéo et d’accessoires est officiellement en cessation de paiements. Concrètement, cela signifie qu’elle n’est plus en mesure de régler ses dettes exigibles avec sa trésorerie disponible, une situation qui conduit généralement à l’ouverture d’une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire. Ces dernières années, Nacon s’était pourtant imposé comme un acteur central du segment AA européen. L’éditeur s’est illustré avec des licences sportives et compétitives comme Tour de France, Pro Cycling Manager, Tennis World Tour ou encore Rugby 22. Il a également accompagné des productions plus ambitieuses comme GreedFall (développé par Spiders), Steelrising, The Sinking City, Vampire: The Masquerade – Swansong, WRC Generations ou encore RoboCop: Rogue City. À cela s’ajoute un catalogue orienté simulation et gestion avec des titres comme Train Life ou Chef Life. En parallèle, l’entreprise a développé une activité importante dans les accessoires gaming (manettes Revolution, casques, volants), censée diversifier ses revenus. Malgré cette diversité éditoriale, le contexte sectoriel s’est nettement durci depuis 2023. Hausse des coûts de développement, allongement des cycles de production, inflation marketing et concurrence accrue — notamment face aux blockbusters AAA et à l’explosion du free-to-play — ont fragilisé les éditeurs intermédiaires. Le positionnement AA, qui nécessite des investissements significatifs sans disposer des volumes de vente des géants du secteur, expose particulièrement aux contre-performances commerciales. Quelques lancements en demi-teinte suffisent alors à déséquilibrer la trésorerie. La cessation de paiements ouvre désormais une phase judiciaire déterminante. Le tribunal devra examiner la viabilité d’un plan de redressement, qui pourrait impliquer restructurations, cessions d’actifs ou recentrage stratégique. L’enjeu dépasse le seul cas de Nacon : il concerne les studios partenaires, les équipes internes et les licences en cours d’exploitation. Dans un paysage français déjà marqué par plusieurs tensions économiques, la situation de Nacon rappelle que le marché du jeu vidéo, malgré son poids culturel et économique, reste structurellement risqué. Au-delà du choc symbolique que représente la fragilisation d’un éditeur aussi identifié dans le paysage hexagonal, cet épisode interroge la solidité du modèle AA en Europe. Si une solution de continuité est trouvée, elle pourrait redéfinir la stratégie éditoriale de l’entreprise et, plus largement, la place des productions intermédiaires sur le marché français et européen.