Le triomphe en salles du long-métrage d'animation The Super Mario Galaxy Movie cache une réalité bien connue des spécialistes de la localisation, mais unique à cette échelle. Loin d'avoir bénéficié d'une simple traduction de sa version américaine, le public japonais a découvert une œuvre au script intégralement rebâti. Ce choix artistique, validé par Shigeru Miyamoto lui-même, modifie en profondeur l'humour, les dialogues et même les fondements de la mythologie de l'univers Nintendo.
Une écriture libérée et improvisée
Contrairement au film de 2023 où le studio Illumination menait la danse sur le script anglophone, cette production dédiée à Super Mario Galaxy a été pensée comme une véritable collaboration américano-japonaise.
Pour donner vie à la version nippone, Nintendo a confié les rênes à Makoto Ueda, issu de la troupe de théâtre Europe Kikaku, afin de façonner des dialogues naturels. La véritable rupture réside dans la méthode de travail : l'équipe de doublage japonaise a reçu l'autorisation explicite d'ignorer le texte d'origine. En s'appuyant uniquement sur le jeu des personnages à l'écran, les comédiens ont multiplié les improvisations et les répliques libres.
Cette liberté totale a permis de substituer aux traditionnels jeux de mots américains, souvent intraduisibles ou plats une fois transposés, des calembours intimement liés à la culture locale.
Des personnages aux nuances culturelles inversées
L'étude comparative des deux scripts met en lumière plus de vingt-cinq changements majeurs qui transforment la perception des scènes et le caractère des protagonistes.
La moustache plutôt que le métier
Dans la version occidentale, les Lumas scandent en chœur le mot "plumber" (plombier) pour réclamer une histoire à la princesse Rosalina / Pauline. Dans la version japonaise, ils crient "hige", ce qui se traduit par moustache. Ce détail souligne la perception culturelle du héros : au Japon, l'attribut physique de Mario est bien plus emblématique et reconnu que sa profession d'origine.
Le duel de la mignonnerie
La première rencontre entre Toad et Yoshi expose un virage tonal saisissant :
En occident : Toad se montre particulièrement sceptique et cynique face à l'arrivée de ce "curieux dinosaure" au sein de la bande.
Au Japon : Toad est subjugué par l'apparence de la créature et se lamente avec humour, redoutant que Yoshi ne lui vole son statut de personnage le plus mignon du groupe.
Un Bowser plus ténébreux
Si la performance vocale de Jack Black a marqué le public occidental par son excentricité, la version japonaise propose un antagoniste à la gravité bien plus prononcée. Portée par les spécificités de la langue nippone, qui sollicite davantage le diaphragme que les résonances nasales de l'anglais, la voix de Bowser y gagne en menace et en puissance brute.
Vers une officialisation de la mythologie dans les jeux
Au-delà des simples ajustements comiques, ce script réécrit abrite des révélations fondamentales sur la parenté des personnages, des éléments communs aux deux versions mais particulièrement approfondis dans les lignes japonaises.
Le long-métrage confirme ainsi explicitement que la princesse Peach et Rosalina sont sœurs, façonnées à partir de poussière d'étoiles, ce qui justifie leurs traits similaires et leurs facultés magiques. Séparées durant leur enfance par une invasion cosmique, Rosalina aurait envoyé sa cadette à travers un tuyau de téléportation pour la protéger, la conduisant ainsi au Royaume Champignon.
Interrogé par des revues spécialisées telles que Nintendo Dream, Shigeru Miyamoto a stipulé son intention d'intégrer définitivement ce passé et cette trame narrative comme éléments canons de l'histoire pour les prochains jeux vidéo de la marque. Un changement de paradigme notable pour une entreprise qui, à l'instar de la chronologie complexe de la saga The Legend of Zelda, a longtemps évité de figer son lore afin de préserver une flexibilité totale dans le gameplay de ses créations.