AVIS - L’Odyssée : Nolan nous embarque avec Ulysse, mais laisse quelques trésors à quai (par Marco Retrogaming)

Publié le 25 octobre 2026 à 11:37

Titre : L’Odyssée


Titre original : The Odyssey


Réalisation et scénario : Christopher Nolan


D’après : L’Odyssée d’Homère


Avec : Matt Damon, Anne Hathaway, Tom Holland, Robert Pattinson, Zendaya et Charlize Theron


Genre : Aventure, drame, fantastique


Durée : 2 h 52


Sortie française : 15 juillet 2026.

Adapter L’Odyssée au cinéma, c’est accepter de laisser une partie du voyage derrière soi. Entre les aventures d’Ulysse, les interventions divines, les années d’attente de Pénélope et la quête de Télémaque, Homère offre une matière qui pourrait nourrir plusieurs films. Christopher Nolan a choisi de concentrer cette richesse dans une grande aventure portée par Matt Damon, avec une attention particulière accordée à l’homme qui revient de la guerre et à ce qu’il emporte malgré lui. Le projet avait de quoi donner envie, autant pour retrouver les épisodes célèbres de la mythologie grecque que pour découvrir comment le réalisateur allait les interpréter. Le résultat m’a plu, même si je suis sorti avec le sentiment qu’il restait de belles choses à raconter.


Après Troie, le plus difficile reste à faire

La guerre est terminée, mais Ulysse est encore loin de retrouver sa maison. Tandis qu’il cherche à rejoindre Ithaque, Pénélope subit la présence de prétendants qui convoitent sa main et la place laissée vacante par son mari. Télémaque, lui, grandit avec l’absence de son père et l’incertitude de son retour. Nolan organise son récit autour de cette famille séparée et d’un guerrier marqué par ses actes, dont les souvenirs de Troie continuent de troubler le voyage. Cette lecture donne au personnage une fragilité particulière : la victoire militaire ne lui a apporté ni la paix ni la certitude de retrouver sa vie d’avant.

Ce choix permet de donner un lien humain aux différentes aventures. Derrière les monstres et les dangers, l’objectif reste compréhensible par tous : rentrer chez soi et retrouver ceux que l’on aime. Il n’est donc pas nécessaire de connaître chaque personnage de la mythologie pour entrer dans l’histoire. Les amateurs d’Homère, en revanche, remarqueront que le réalisateur privilégie certaines facettes d’Ulysse. Sa souffrance et son passé prennent davantage de place, là où le poème laisse aussi s’exprimer son intelligence calculatrice, son orgueil et son goût de la ruse. C’est une interprétation qui se défend, mais qui modifie forcément la manière de regarder le héros.


Une aventure qui conserve plusieurs grands rendez-vous

Le film reprend des rencontres essentielles du voyage, notamment le Cyclope, Circé, les sirènes et les dangers associés à Charybde et Scylla. Ces épisodes constituent une part importante du plaisir de retrouver L’Odyssée à l’écran : ils appartiennent à ces histoires que l’on connaît parfois depuis l’école, même lorsque leurs détails se sont un peu effacés. Nolan les réinterprète, resserre certains passages et adapte leur place dans l’ensemble. Il atténue aussi les relations amoureuses d’Ulysse avec Circé et Calypso pour privilégier son attachement à Pénélope.

J’ai apprécié de retrouver autant d’éléments pertinents dans cette adaptation. Le film ne se contente pas d’utiliser un nom célèbre pour raconter une aventure sans rapport avec son origine. On reconnaît le parcours et plusieurs de ses étapes majeures. Mais c’est justement parce que cette matière est passionnante que certaines coupes laissent un regret. À plusieurs reprises, on peut avoir envie de rester davantage auprès d’un personnage, de comprendre une rencontre ou de retrouver une scène dont le souvenir nous accompagne. Avec près de trois heures à disposition, tout ne pouvait évidemment pas tenir ; cela n’empêche pas de se demander si certains épisodes sacrifiés n’auraient pas mérité leur place.


Achille, Éole, Nausicaa : les absents qui comptent

L’absence d’Achille fait partie de mes regrets. Il ne s’agissait pas nécessairement de lui offrir une nouvelle bataille ou de détourner le film vers la guerre de Troie : Achille apparaît bien dans L’Odyssée d’Homère, parmi les morts qu’Ulysse rencontre. Leur échange apporte un regard amer sur la gloire guerrière et sur ce qu’elle vaut lorsque la vie est terminée. Ulysse rencontre également sa mère, Anticlée, et tente en vain de la serrer dans ses bras. Ces passages donnent une dimension très intime au voyage, en rappelant tout ce qui a été perdu pendant son absence. Leur disparition à l’écran prive l’adaptation de rencontres qui auraient pu être particulièrement émouvantes.

D’autres étapes manquent également, comme le séjour chez les Phéaciens, avec Nausicaa et le roi Alcinoos, ou l’épisode de l’outre des vents offerte par Éole. Chez Homère, les compagnons d’Ulysse ouvrent cette outre alors qu’Ithaque est presque à portée, provoquant un nouveau désastre. Les Phéaciens, eux, accueillent le héros et contribuent à son retour. Ces deux moments auraient apporté des nuances intéressantes : l’un montre comment l’impatience et la méfiance peuvent ruiner un espoir, l’autre rappelle que le voyage comprend aussi des gestes d’hospitalité. Leur intérêt dépasse donc la simple présence d’une aventure supplémentaire. Ils participent à la richesse d’un récit où Ulysse rencontre autant les faiblesses humaines que les périls surnaturels.


Agamemnon : une apparence qui m’a moins convaincu

La représentation d’Agamemnon m’a également laissé une réserve. Incarné par Benny Safdie, il m’a paru jeune par rapport à l’image que je me faisais de ce chef ayant conduit les Grecs devant Troie. J’aurais préféré un visage davantage marqué, quelque chose qui fasse immédiatement ressentir les années de commandement et le poids du personnage. Cela reste une impression personnelle : je ne présenterais pas ce choix comme une erreur d’âge démontrée. Mais lorsqu’on adapte des figures aussi connues, leur apparence se heurte forcément aux représentations que chacun s’est construites. Dans mon cas, le décalage a été suffisamment sensible pour me sortir un instant du récit.


L’arc de Pénélope et le détail qui change les retrouvailles

Concernant les prétendants, il faut distinguer deux épreuves. Dans le poème, Pénélope annonce qu’elle épousera celui qui parviendra à bander l’arc d’Ulysse et à faire passer une flèche à travers douze haches alignées. La difficulté tient donc à la fois à la maîtrise de l’arme et à la précision du tir. Télémaque s’y essaie également et pourrait réussir à sa quatrième tentative, mais son père lui fait signe de s’arrêter. Ce détail montre que le fils a grandi et qu’il devient capable de prendre sa place aux côtés d’Ulysse. Le film conserve le concours de l’arc et le tir à travers les ouvertures formées par les haches : ce n’est donc pas l’ensemble de cette épreuve qui manque.

L’absence la plus importante pour les retrouvailles concerne l’épreuve du lit, qui intervient après la mort des prétendants. Chez Homère, Pénélope ne reconnaît pas simplement son mari parce qu’il vient de remporter le combat. Elle demande que leur lit soit déplacé, ce qui provoque la réaction d’Ulysse : il sait que cela est impossible sans le détruire, puisqu’il l’a construit autour d’un olivier enraciné. Ce secret lui permet de prouver son identité. Nolan remplace ce moment par un objet associé à Athéna. C’est dommage, car l’épisode du lit donne à Pénélope un rôle décisif. Elle vérifie, elle réfléchit, elle refuse de se laisser convaincre trop facilement. Après les armes et le sang, leur histoire se retrouve enfin dans un souvenir qu’eux seuls peuvent véritablement partager.


Mon verdict : un beau voyage, malgré quelques escales manquées

J’ai bien aimé cette Odyssée, même si j’en attendais un petit peu plus. Je comprends parfaitement qu’un film de 2 h 52 ne puisse pas reprendre toute l’aventure d’Ulysse et toutes les ramifications de la mythologie grecque. Il fallait choisir, raccourcir et parfois réinventer. Nolan conserve beaucoup d’éléments pertinents et propose une adaptation dans laquelle j’ai pris plaisir à retrouver ce récit. Mes réserves viennent surtout de certains passages laissés de côté, alors qu’ils auraient pu renforcer l’émotion, enrichir les personnages ou donner davantage de sens aux retrouvailles. La rencontre avec Achille et l’épreuve du lit sont de bons exemples de ces moments qui n’auraient pas seulement fait plaisir aux connaisseurs : ils auraient aussi apporté quelque chose aux spectateurs découvrant l’histoire.

Je retiens donc un bon film, avec ses partis pris et quelques frustrations. L’apparence d’Agamemnon m’a moins convaincu, certaines absences m’ont pesé, mais cela n’efface pas le plaisir du voyage. Pour un novice, cette adaptation peut donner envie de découvrir Homère ; pour un amateur de mythologie, elle offre autant de retrouvailles que de sujets de discussion. De mon côté, j’aurais aimé que le film garde un peu plus de cette richesse humaine qui se trouve entre les grands événements. Je suis content d’avoir embarqué avec cet Ulysse, même si j’aurais volontiers prolongé le voyage pour quelques escales supplémentaires.

Mon ressenti :

J'ai aimé en 5 points

  • Le plaisir de retrouver l’aventure d’Ulysse au cinéma, avec un récit qui conserve plusieurs étapes essentielles de son voyage.

  • Des choix pertinents dans une œuvre immense, malgré la difficulté de condenser toute cette matière en un seul film.

  • Le retour vers Pénélope et Télémaque comme fil conducteur, qui permet de s’intéresser à la famille derrière le héros.

  • Une lecture personnelle de Nolan, donnant une place importante aux conséquences de la guerre sur Ulysse.

  • Une adaptation qui donne envie de reparler de mythologie, de retrouver le texte et de comparer ses souvenirs avec le film.

J'ai moins aimé en 5 points

  • L’absence d’Achille parmi les morts rencontrés, alors que cet échange aurait pu apporter beaucoup au récit.

  • Plusieurs étapes importantes écartées, notamment l’outre d’Éole et l’accueil chez les Phéaciens.

  • La disparition de l’épreuve du lit de Pénélope, un moment précieux pour son personnage et les retrouvailles du couple.

  • Un Agamemnon qui m’a paru trop jeune, par rapport à l’image que je me faisais du commandant des Grecs.

  • Le sentiment qu’il manquait encore un peu de profondeur à certains passages, malgré une adaptation que j’ai globalement appréciée.

Par Marco RetroGaming


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