PM - 2026 Bob Lennon à Paris Manga 2026 : « J’ai dû apprendre à piloter le bateau » (Otakufan)

Publié le 10 octobre 2026 à 17:28

Figure emblématique du YouTube gaming francophone, Bob Lennon a traversé les générations de créateurs de contenu sans jamais perdre son humour ni son franc-parler. À l'occasion de Paris Manga 2026, PGM a eu l'opportunité de s'entretenir avec lui. Son parcours depuis le départ de Fanta, ses projets littéraires, son regard sur l'intelligence artificielle, l'évolution du jeu vidéo et la nouvelle génération de vidéastes : une rencontre spontanée avec un créateur qui n'a pas fini de nous surprendre.

Paris Manga : des retrouvailles et une nouvelle génération qui inspire confiance

PGM : Bonsoir Bob, comment vas-tu en cette fin de Paris Manga ?

Bob Lennon : Bonsoir, je suis Bob Lennon. Nous sommes dimanche soir ici à Paris Manga et je suis épuisé ! Genre, vraiment. Regarde : transformation, lunettes, Coca, fatigue !

PGM : Dis-moi tout !

Bob Lennon : C'est une reprise des conventions pour moi. Ça faisait un petit moment que je n'en avais pas fait, du moins j'en avais l'impression. La dernière fois que j'étais venu à Paris Manga, c'était plutôt en coup de vent.

Et franchement, ils ont vraiment glow up ! Le casting, les installations, la gestion des files d'attente, tout est géré à la perfection.

Je suis content de revoir d'anciennes têtes et surtout d'en découvrir de nouvelles. Sur la scène YouTube, tu prends Chocoh ou Monsieur Pof. Ce ne sont pas forcément de nouvelles têtes, mais pouvoir les rencontrer, discuter avec eux et partager une scène, c'était super.

C'est vraiment la nouvelle génération, et elle est impeccable. Ils ont les bonnes valeurs, les bonnes pensées, les bonnes méthodes.

Je sais que je n'ai aucun droit de l'être, mais en tant que vieux boomer de la profession, je suis fier. Je suis heureux de voir ça. Tu te dis que les enfants auront quand même quelque chose vers quoi se tourner.

Quand tu as passé autant de temps dans ce milieu, tu finis forcément par t'interroger sur son évolution, notamment avec tout l'alarmisme autour de l'intelligence artificielle et du contenu en général.

L'IA, c'est un vrai sujet. Mais je ne considère pas que ce soit nécessairement un problème grave et insurmontable. Il y a des choses beaucoup plus graves. Des problèmes apparaîtront, mais ils rencontreront aussi des solutions, comme les précédents.

Je suis confiant. Comme disait ma mère : « On s'inquiète, mais on ne s'inquiète pas. » Tu gardes un œil sur les choses, mais tu ne te laisses pas envahir par l'inquiétude.

Une vie personnelle qui évolue et le plaisir de retrouver son public

PGM : On peut dire que, de ton côté, les choses continuent également d'avancer ?

Bob Lennon : Oui, absolument. J'avance ! J'ai réussi à me dégoter une maison, donc je vais pouvoir vivre avec ma famille. Je me suis remarié et je suis heureux avec ma femme. Elle est fantastique. Elle était d'ailleurs présente pendant la convention, dans une très belle robe.

Là, j'ai aussi la chienne de mon agente qui m'agresse alors que je suis phobique des chiens ! Elle m'aime énormément, et moi, je ne peux pas vraiment lui expliquer que j'ai peur d'elle. C'est compliqué !

Mais oui, tout avance. Everything is fine.

Finalement, c'était une convention assez classique, sauf que j'étais arrivé avec un niveau d'énergie un peu plus bas que d'habitude. Forcément, c'est plus difficile. Mais ça fait du bien de revoir les gens. C'est toujours bien de toucher de l'herbe de temps en temps !

Les Aventures du Pyro-Barbare et de Billy : le troisième tome approche

PGM : Et concernant tes livres dont on est le héros, où en es-tu ?

Bob Lennon : Ah ! Tu n'as pas le droit de dire ça ! C'est une propriété déposée par Gallimard, et j'espère que leur licence se porte très bien !

En revanche, moi, j'ai fait des livres qui n'ont strictement rien à voir ! Des livres-jeux, des jeux dont vous êtes le Billy !

Et ça se passe plutôt bien. Le troisième arrive. Les livraisons commencent le 17 octobre et les livres devraient arriver chez les gens à partir du 19. Bon, sauf si tu habites dans les DOM-TOM ou au fin fond de Fort Lointain, auquel cas ça prendra peut-être une semaine supplémentaire ! Mais normalement, tout le monde devrait être livré pour novembre, et ça, c'est une très bonne chose.

PGM : D'où te vient toute cette créativité ?

Bob Lennon : Je ne saurais pas vraiment la décrire.

C'est l'envie d'assembler des choses qui existent déjà, mais qui n'ont a priori rien à faire ensemble, pour forger quelque chose de meilleur.

Je pense que ma définition de la créativité se résume assez bien dans The Lego Movie. Quand tu regardes ce film, normalement, ça devrait répondre à toutes tes questions.

C'est le meilleur résumé que je puisse donner un dimanche soir, parce que je suis épuisé ! J'ai un bout de cookie, un Coca qui se court après... Je peux dormir ?

De Fanta et Bob à l'indépendance : apprendre à piloter seul

PGM : Comment perçois-tu l'évolution de ton contenu entre l'époque où tu travaillais avec Fanta, son départ et ce que tu proposes aujourd'hui ?

Bob Lennon : C'est avant tout une question d'énergie et de maîtrise. À l'époque, je pouvais pleinement consacrer mon énergie au contenu parce que Fanta s'occupait de toute la maîtrise technique. C'est lui qui montait, qui publiait, qui faisait quasiment tout. Moi, je me contentais de faire le Zébulon à l'écran, et ça fonctionnait très bien !

Puis, petit à petit, j'ai commencé à monter mes propres trucs, à apprendre et à évoluer. Et un jour, Fanta a lâché le volant pour partir vivre sa meilleure vie ailleurs. Je ne le lui reprocherai jamais. Je l'aime. Mais j'ai dû apprendre à piloter le bateau.

C'était une phase de transition complexe. Heureusement, j'étais prêt à ce moment-là. Je n'aurais pas été prêt en 2012. En 2018, je l'étais.

Finalement, c'est quelque chose qui a donné du meilleur. Les gens qui se souviennent de cette période doivent aussi se rappeler la gueule de mes miniatures en 2018, quand j'ai repris les rênes ! Clairement, ce n'était pas un domaine que je maîtrisais.

C'est une chose que j'ai rapidement sous-traitée. J'ai trouvé quelqu'un qui savait faire ça correctement et je lui ai dit : « Allez, je te paye ! »

Aujourd'hui, j'essaie aussi d'avoir une vie à côté. Je ne veux pas que toute mon existence se résume au travail.

J'ai donc engagé un bras droit, quelqu'un qui m'assiste dans le montage et dans différents aspects de la production. Globalement, quelqu'un de plus intelligent que moi pour gérer tout ceci !

Et je considère que c'est un succès. Lui a parfois l'impression de ne pas avoir assez de travail, mais de mon côté, je vois tout ce qu'il m'apporte.

C'est comme engager un expert-comptable. Pour lui, certains calculs prennent dix minutes. Pour toi, c'est une montagne insurmontable, et surtout quelque chose qui ne fait pas partie de la portion amusante de ton métier. Je ne regrette absolument pas cette décision.

L'intelligence artificielle : « Elle ne peut que multiplier ce que tu es »

Bob Lennon : Concernant l'intelligence artificielle, je ne vais pas forcément y toucher davantage pour mon contenu. Je n'en ai pas réellement besoin. Je m'en sers surtout pour le fun. Les gens critiquent l'IA, et ils ont raison sur certains aspects. Mais ils oublient parfois l'un de ses principaux attraits : because it's fucking funny !

Parce qu'on s'amuse ! Parce que ça permet de faire des trucs marrants ! C'est aussi pour ça que je l'ai toujours considérée comme une évolution inévitable. Même si je ne m'en sers pas beaucoup, je peux l'utiliser comme une calculatrice, comme un outil d'appoint.

Mais pas comme un véritable outil de création, en tout cas pas aujourd'hui. Je ne considère pas qu'on en soit encore là. Pour moi, l'intelligence artificielle actuelle reste une sorte de calculatrice mécanique.

Elle ne peut que multiplier ce que tu es. Elle ne peut pas additionner à ce que tu es.

Il faut donc essayer d'être positif, parce que si tu multiplies quelque chose de négatif, tu obtiens encore du négatif !

Bon, je fais des comparaisons complètement foireuses parce que je suis fatigué. Il faut que j'aille dormir !

The Witcher 3 Remastered : une modernisation qui interroge

PGM : Pour revenir à l'actualité du jeu vidéo, as-tu vu la nouvelle mise à jour gratuite de The Witcher 3 ?

Bob Lennon : Oui, j'ai vu Benzaie y jouer. Et je me suis demandé : Is it worth it ? Je ne sais pas. Je n'ai pas eu ce fameux effet de claque visuelle devant la remise à jour. Pour moi, ce n'est pas comparable au saut entre Final Fantasy VII et Final Fantasy VII Rebirth. Bon, je sais, techniquement, c'est une suite et pas un remake, mais tu comprends l'idée !

Je vois moyennement l'intérêt, à première vue. Peut-être que je devrais vraiment me pencher dessus, faire un comparatif sérieux, observer les différences et me dire : « Ah oui, effectivement ! » Mais pour quelqu'un qui a grandi avec la Super Nintendo, je trouvais déjà le jeu suffisamment beau auparavant. Je ne vais donc pas prétendre avoir un avis définitif. Je n'ai pas encore suffisamment étudié la question.

Voilà, votez pour moi !

PGM : Peut-être que cette remise à niveau est aussi une manière de préparer le terrain pour le nouveau DLC annoncé ?

Bob Lennon : C'est possible. Peut-être aussi que c'est une façon de mettre en avant The Witcher 4. On ne sait pas. Mais si c'est cette dernière hypothèse, je trouve que c'est une stratégie marketing risquée. Parce que si ton nouveau projet n'est pas à la hauteur des attentes que tu viens de réveiller en modernisant The Witcher 3, tu risques de te faire incendier doublement.

Tu viens de rappeler aux joueurs ce qu'ils aimaient dans l'ancien jeu. Ils vont donc immédiatement comparer les mécaniques et se demander pourquoi certaines choses fonctionnaient mieux auparavant. C'est un pari multiplicateur. Si le nouveau jeu est excellent, alors tout roule. Mais il faut que l'ensemble fonctionne.

Et quand je dis excellent, je ne parle pas uniquement de gameplay. Il y a aussi les graphismes, l'histoire, l'écriture, les personnages et leur caractérisation.

C'est pareil au cinéma. Tu peux avoir un film techniquement extraordinaire, avec des effets visuels incroyables, mais s'il ne fonctionne pas auprès du public, il faut aussi se poser la question de son écriture.

Est-ce un problème d'intention ou un problème d'époque ?

Si c'est un problème d'intention, ça peut se corriger. Si c'est un problème d'époque, c'est beaucoup plus compliqué.

Dans le jeu vidéo, il faut aussi prendre en compte toutes ces dimensions.

Le retrogaming et Nintendo : le plaisir avant tout

PGM : Tu évoquais la Super Nintendo. Que penses-tu des développeurs qui continuent aujourd'hui de créer des jeux pour d'anciennes consoles comme la Super Nintendo, la Mega Drive ou la Game Boy Advance ?

Bob Lennon : La même chose que je pense des gens qui continuent à avoir des chevaux alors que les voitures existent ! Ils le font pour le plaisir, parce qu'ils en ont envie et parce que ça les amuse. Quelle opinion veux-tu que j'aie là-dessus ? En tant que journaliste, quelle opinion serait réellement justifiée par ma position ? Je pourrais entrer dans l'éternel débat entre subjectivité et objectivité, mais là, franchement, ils font ce qu'ils veulent ! 

PGM : Et toi, tu serais prêt à jouer à ces nouveaux jeux développés pour d'anciennes machines ? 

Bob Lennon : Pourquoi pas, si c'est marrant ! Si c'est marrant, c'est l'essentiel. C'est d'ailleurs la philosophie historique de Nintendo, même si, pour l'instant, je trouve que ça leur réussit moins avec la Switch 2. Mais cette idée de privilégier le plaisir de jeu leur a énormément réussi.

Pendant que Sony et Microsoft se livraient leur guerre des consoles, Nintendo a réussi à faire quelque chose de différent. Ils ont inventé une machine à imprimer de l'argent. Ça s'appelle la Switch !

PGM : Je suis d'accord avec toi sur le fait que leur stratégie fonctionne. Même si je ne cautionne pas toutes les décisions de Nintendo, on ne peut pas nier leurs réussites.

Bob Lennon : Tu peux toujours cautionner ou ne pas cautionner l'aspect moral d'une décision.

En revanche, il est beaucoup plus difficile de critiquer son efficacité lorsque les résultats sont observables, du moins par rapport à un objectif donné. Ce sont deux choses différentes. Mais encore une fois, c'est un débat éternel et je ne suis pas agréé pour répondre à tout ça un dimanche soir !

« Je ne suis pas parole d'Évangile »

PGM : Ce que j'apprécie dans ta façon d'aborder ces sujets, c'est que tu assumes tes opinions tout en rappelant qu'elles ne constituent pas une vérité absolue.

Bob Lennon : Exactement. Je pourrais parfaitement préciser que je ne suis pas parole d'Évangile et, malgré tout, donner un avis très détaillé sur chaque question. Mais je me limite moi-même. Je me dis que je ne vais pas forcément chercher à creuser absolument tous les sujets.

Je pourrais devenir névrosé à force de m'inquiéter de toutes les questions qui existent. Mais ce n'est pas comme ça qu'on devient heureux.

Je sais, j'ai essayé. Ça ne marche pas !

PGM : Merci beaucoup Bob pour cet échange. Je te laisse le mot de la fin.

Bob Lennon : Votez mieux. Votez pour vous ! Franchement... Ça ne veut rien dire !

PGM : C'est du Bob Lennon ! Merci beaucoup !


Conclusion : un créateur qui continue d'avancer à sa manière

Fatigué après un week-end de rencontres, mais toujours aussi spontané, Bob Lennon nous a offert un échange où l'humour accompagne des réflexions plus profondes sur le métier de créateur de contenu.

Son parcours depuis la séparation du duo Fanta et Bob illustre les défis qui accompagnent l'indépendance : apprendre de nouvelles compétences, savoir déléguer et trouver un équilibre entre travail et vie personnelle.

Son regard sur la nouvelle génération de vidéastes témoigne également d'une certaine confiance envers ceux qui poursuivent l'aventure sur Internet. Quant à l'intelligence artificielle, il préfère l'envisager avec curiosité et recul plutôt que de céder à un alarmisme permanent.

À travers ses livres-jeux, ses vidéos et ses prises de position, Bob Lennon poursuit son chemin, fidèle à une philosophie qui revient régulièrement dans cet entretien : créer, expérimenter et surtout prendre du plaisir.

Et finalement, lorsque l'on demande à Bob Lennon de résumer sa pensée, il trouve toujours le moyen de nous rappeler pourquoi il demeure un personnage singulier du paysage vidéoludique francophone.

Par Otakufan