Tout commence dans l'Italie des années 1950, au cœur du kiosque à journaux tenu par Giuseppe et Benito Panini. En observant leur jeune clientèle, les deux frères remarquent une passion grandissante pour les photographies de footballeurs que l'on trouvait alors glissées dans les tablettes de chocolat. Pour stimuler la vente de leurs propres quotidiens, ils décident d'y insérer une image sportive à chaque exemplaire. Face à l'engouement immédiat, ils franchissent une étape historique en 1961 : la création d'une entreprise dédiée à la vente de vignettes cartonnées indépendantes. Ils lancent alors leur premier album, baptisé Calciatori (Footballeurs). Devant l'explosion de la demande, la fratrie s'agrandit professionnellement avec l'arrivée d'Umberto et Franco, transformant l'initiative locale en une puissance industrielle familiale.
Le véritable tournant technologique survient au cours des années 1970 avec l'invention de l'image autocollante. Cette innovation simplifie la vie des collectionneurs, qui n'ont plus besoin de tube de colle, et propulse la marque sur la scène internationale. En France, l'aventure démarre véritablement en 1976, année symbolique marquée par l'épopée européenne de l'AS Saint-Étienne, qui fait de l'album de la Coupe d'Europe un succès foudroyant. Flairant les tendances, Panini ne se limite plus au gazon vert et diversifie ses thématiques pour toucher tous les publics : les poupées Barbie, Astérix le Gaulois ou encore le célèbre Casimir s'invitent dans les pochettes. En 1977, un nouveau cap est franchi avec l'intégration de l'univers Disney, inauguré par la collection dédiée au film Bernard et Bianca.
L'album Panini devient rapidement bien plus qu'un simple livre d'images : il s'installe comme le pivot de la vie sociale enfantine. Les cours de récréation se transforment quotidiennement en véritables bourses d'échanges où l'on négocie âprement ses "doubles" contre les numéros manquants. C’est un apprentissage du troc et de la sociabilité qui rythme les récréations. Les vignettes qui ne trouvent pas preneur ne sont pas perdues pour autant ; elles servent de décoration personnelle, venant recouvrir les couvertures des cahiers d’écoliers ou s'afficher fièrement sur la porte du réfrigérateur familial, marquant ainsi l'espace quotidien de l'empreinte de la collection.
Le plaisir de la collection réside avant tout dans le rituel de l'ouverture du paquet, ce moment de suspense où l'on espère débusquer une des vignettes dites "spéciales", dont la rareté et l'esthétique faisaient tout le prix. Il y avait les célèbres brillants, déclinés en argent ou en or, mais aussi les images holographiques, les mosaïques aux reflets prismatiques ou encore les autocollants prédécoupés épousant des formes particulières. Ces spécimens rares n'étaient pas seulement destinés à embellir les posters centraux des albums ; ils représentaient une monnaie d'échange précieuse, permettant souvent d'obtenir plusieurs images classiques en une seule transaction.
Malgré la ferveur des échanges et l'achat compulsif de nouvelles pochettes, le destin du collectionneur se heurtait parfois à quelques numéros récalcitrants, ces fameuses vignettes "introuvables" qui laissaient des vides frustrants dans les pages. Pour pallier ce problème et garantir la satisfaction de ses clients, la maison Panini avait mis en place un service de commande à l'unité. Ce recours de la dernière chance permettait à chaque enfant de recevoir par courrier les quelques autocollants qui lui manquaient. C'était l'épilogue d'une longue quête : le moment où l'on collait enfin la dernière image, scellant ainsi l'achèvement d'un projet de plusieurs mois et le passage de l'album au statut d'objet de collection définitif.
Par Simon (Les années récré)
Julien Chiron, auteur de Cardsmania, est mon invité pour parler des « figurines PANINI » les images autocollantes de notre enfance:
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