Un film belge japonais mêlant fiction et réalité
La maison du film appartient aux parents de la romancière. Nous suivons son évolution au fil des saisons, observant les changements de décoration et de couleurs, une pratique courante au Japon.
Pourquoi ce titre intrigant ? "Métaphysique des tubes" fait référence au fait qu'Amélie a été perçue comme une plante dans un tube jusqu'à l'âge de deux ans et demi, avant de s'en échapper.
Réalisé par Maïlys Vallade et Liane-Cho Han, ce film a été sélectionné pour la Séance Spéciale du Festival de Cannes 2025 et a également concouru au Festival d’Annecy 2025.
L'animation a été créée par 2 Minutes Angoulême, intégrant des dessins animés ainsi que des jeux de lumière et d'ombre.
L'enfance d'une petite fille belge au Japon
Ce conte suit l'enfance d'Amélie, une petite fille belge vivant dans la région de Kobe, au Japon. Grâce à sa nounou, Nishio-san, elle découvre le monde et apprend la vie à travers le jeu et les aventures. Cependant, le jour de ses trois ans, un événement marquant va bouleverser sa perception de la vie. À cet âge charnière, la transition entre le rire et les larmes peut se faire en un instant.
Ce film s'inspire du roman d'Amélie Nothomb, qui est née en Belgique, mais a passé une partie de son enfance au Japon. Son père, diplomate, a été consul général à Osaka, puis à Pékin, et a également travaillé aux États-Unis et en Asie du Sud-Est, avant de devenir consul de Belgique au Japon. Elle est rentrée en Belgique en 1983, à l'âge de 17 ans.
Enthousiasmée par le projet des réalisateurs et du directeur artistique Eddine Noël, elle leur a accordé une liberté totale, sans aucune intervention de sa part.
De nombreux thèmes vus avec les yeux de l'enfance
Dès les premières scènes du film, nous sommes immergés dans l'univers d'Amélie, alors bébé, qui dès découvre et s'émerveille devant le monde qui l'entoure. Ses réflexions, à la fois pertinentes et amusantes, nous divertissent tout en révélant sa perception unique de la réalité. Bien qu'elle soit nouvelle dans ce monde, elle aspire déjà à le façonner, tel Dieu, et éprouve une profonde frustration de ne pas pouvoir exprimer sa volonté, notamment à travers la parole.
Le film est commenté par la voix intérieure d'Amélie (en voix off) et le ton est donné : humour et perspicacité. Nous avons l'impression d'entendre un adulte à travers la voix de cette petite fille. Les commentaires sont de bon ton et nous apporte un aspect ludique.
Un film empli de la culture japonaise
La jeune Amélie se considère avant tout comme Japonaise plutôt que Belge. Le film est profondément ancré dans la culture nippone, regorgeant de références aux cérémonies traditionnelles, aux changements de saison, au dialecte et à l'importance du passé. Grâce à Nishio-san, Amélie découvre les carpes, et il est impossible de ne pas sourire en voyant sa réaction face à ces poissons, tout en ressentant sa frustration à l'égard de la journée des garçons.
Cependant, des thèmes tels que les séquelles de la guerre, le fossé générationnel et les différences culturelles émergent à travers des passages subtils. Les aînés ressentent souvent une rancœur envers les étrangers, conséquence des pertes subies durant le conflit. La nouvelle génération, tout en comprenant et en respectant ce sentiment, choisit de se tourner vers l'avenir plutôt que de s'attarder sur le poids du passé de leurs ancêtres.
D'ailleurs, Amélie Nothomb, alors âgée de 17 ans, éprouvera un fort décalage culturel lors de son retour en Belgique. Elle mettra un certain temps avant de réussir à s'intégrer.
Amélie nous entraîne dans ses aventures aux côtés de son amie et nourrice, Nishio-san, qu'elle chérit profondément, et dont l'affection est réciproque. Ensemble, elles explorent le monde avec une touche de poésie et de philosophie, tandis que les émotions d'Amélie s'entrelacent harmonieusement avec son environnement. Le tout porté par une bande sonore réalisée par la compositrice japonaise Mari Fukuhara.
Les couleurs se déploient en douceur et en harmonie. L'eau est omniprésente, évoquée à travers des scènes de pluie, de la mer, des bassins, et un jeu de reflets qui dissimulent un monde imaginaire, invisible aux yeux des adultes. D'ailleurs, Amélie - qui signifie "âme" en japonais - se traduit par "pluie" : 雨(あめ), illustrée par un trait horizontal pour le ciel, suivi d'un carré, d'un trait vertical allant du ciel à la Terre, et enfin, de quatre petites gouttes de pluie.
Verdict : un film d'animation empli de poésie et de finesse
"Amélie et la métaphysique des tubes" est un conte enchanteur, riche en poésie et en philosophie, accompagné d'une bande sonore captivante. À travers les yeux de la jeune Amélie, l'histoire aborde avec humour et tendresse des thèmes liés à l'enfance. Des sujets plus sérieux, tels que les tremblements de terre et la mort, sont également explorés, touchant à la fois les adultes et l'enfant. Des scènes mémorables, comme celle de la plage, sont vécues à travers le regard d'Amélie, conférant à ces moments une légèreté qui contraste avec la gravité de la perspective adulte face à ces réalités.
La douceur des couleurs ajoute une touche romantique et tendre tout au long du film.
Ce dessin animé est une véritable ode à la vie et à l'imagination, nous plongeant dans l'enfance tout en offrant des instants de finesse et de réflexion. On ne peut s'empêcher de sourire aux réflexions d'Amélie, qui semble parfois si mature.
Les jeunes enfants seront émerveillés par les visuels, les couleurs et la musique, tandis que les plus grands seront incités à poser des questions et à mieux comprendre certains aspects de la vie. C'est un moment précieux à partager en famille.
Par Nékomé