Dans l’histoire de la presse vidéoludique française, peu de titres ont marqué autant que Mega Force. Magazine de référence pour les joueurs Sega durant les années 1990, il a accompagné l’essor de la Master System, de la Megadrive, de la Game Gear, du Mega‑CD et de la Saturn, avant de disparaître en 1998, au moment où Sega se retirait progressivement du marché du hardware.
Vingt‑cinq ans plus tard, Mega Force renaît. Une initiative inattendue, portée non par un groupe de presse, mais par un passionné déterminé à préserver un patrimoine éditorial unique : Damien Curoux, alias DCX, aujourd’hui CEO de Megaforce et président de l’association Media Force Publishing.
Un héritage personnel devenu projet éditorial
Damien, 47 ans, originaire de la région de Lille, appartient à cette génération qui a découvert le jeu vidéo sur les machines fondatrices de l’industrie.
« J’ai commencé sur Atari 2600 et ColecoVision. Puis un cousin m’a revendu sa Master System avec Alex Kidd et Double Dragon. C’est là que j’ai basculé dans l’univers Sega. »
Cette passion d’enfance deviendra, des décennies plus tard, le moteur d’un projet de renaissance inédit.
Mega Force TV : un site amateur qui attire l’attention des anciens
En 2014, la licence Mega Force n’est plus renouvelée par son éditeur d’origine. Damien y voit une opportunité : relancer la marque sous une forme numérique.
Il crée Mega Force TV, un site WordPress artisanal, construit avec des bases de données récupérées et des logos retravaillés.
Le projet reste discret jusqu’à un incident : un podcaster diffuse des informations erronées sur l’histoire du magazine, notamment sur le rôle de « AHL» (Alain Huyghues Lacours), présenté à tort comme directeur de publication.
Cette confusion pousse d’anciens membres de la rédaction à réagir. Parmi eux, Marc Andersen, véritable directeur de publication historique.
« Marc nous a encouragés à relancer Mega Force et à obtenir les droits. Son soutien a été déterminant. »
Ce contact transforme un projet amateur en initiative structurée.
Une acquisition juridique complexe
Obtenir la licence Mega Force n’a rien d’une formalité. L’association de Damien parvient pourtant à sécuriser la marque, avec l’accord de Marc Andersen, prêt à reprendre son rôle si un magazine renaît.
Une clause contractuelle impose toutefois à la nouvelle structure de gérer l’intégralité des usages de la marque.
Par souci de conformité, l’équipe demande la fermeture de comptes non officiels, une démarche qu’elle regrette rapidement.
« Nous n’avions aucune envie de restreindre les fans. Les archives partagées par la communauté sont précieuses. »
Après discussions avec les anciens créateurs, la situation se normalise. Le projet peut avancer sereinement.
image d'illustration générée par IA
Comprendre la disparition de Mega Force : un contexte industriel défavorable
Pour saisir la logique de la renaissance, il faut revenir sur les raisons de la disparition du magazine en 1998.
Mega Force était un titre exclusivement dédié à Sega. Or, au milieu des années 90, le constructeur traverse une période critique : difficultés de la Saturn, concurrence accrue, transition complexe vers la Dreamcast, puis retrait du hardware.
« Vers le numéro 52, la rédaction manquait d’actualités. Elle a tenté d’ouvrir à Nintendo et Sony. L’accueil a été mitigé. Au numéro 59, un changement de logo et de formule a été tenté, sans succès. Le magazine s’est arrêté au numéro 62. »
Mega Force n’a pas survécu à la perte de son identité éditoriale.
Un parcours personnel qui reflète l’évolution du marché
Damien reconnaît avoir lui-même quitté Sega à l’époque, comme une grande partie du public.
« La Saturn était hors de prix. La PlayStation coûtait 2 099 francs. J’ai basculé vers les licences Ridge Racer, Tekken, Wipeout… »
La Dreamcast le ramènera plus tard vers Sega, avec des titres marquants comme Crazy Taxi, Code Veronica ou Street fighter 3 Third Strike.
Un retour qui nourrira, des années plus tard, son engagement pour la préservation de cet héritage.
Message originale de l'ancien directeur de publication de MegaForce
Une légitimité renforcée par les anciens et par Sega
Au lancement du projet, l’équipe est accueillie avec scepticisme.
Mais les messages publics de Marc Andersen et d’anciens rédacteurs changent la perception.
La reconnaissance se confirme lors de la Paris Games Week 2023 : les équipes actuelles de Sega, souvent trop jeunes pour connaître Mega Force, découvrent l’importance historique du magazine dans le paysage européen.
Un patrimoine éditorial sauvé : plus de 250 numéros et la mythique Bible des Secrets
L’association récupère non seulement Mega Force, mais aussi les licences du groupe d’origine, dont PlayMag.
« En comptant les hors-séries, on arrive à plus de 250 numéros, dont la Bible des Secrets. Pour les fans de soluces, c’était un ouvrage incontournable. »
Un ensemble cohérent, rare, et désormais préservé.
Vers 2030 : moderniser sans renier l’identité
Damien refuse de figer Mega Force dans une logique muséale.
« Nous avons récupéré l’ancien logo, mais nous voulons aller vers 2030. Remettre Sega en avant, mais avec une approche moderne. »
La renaissance vise à conjuguer mémoire et innovation.
Le retour d’un magazine physique : un objectif chargé de sens
L’idée d’un nouveau Mega Force papier suscite chez Damien une émotion palpable.
« Lire ce magazine 20 fois par jour quand on est enfant, puis se retrouver responsable de la marque… C’est un rêve d’enfant qu’on récupère. Le jour où nous sortirons un nouveau numéro avec le nom des fans, certains seront profondément touchés. »
Au‑delà du projet éditorial, c’est une réflexion sur la transmission, la mémoire et la passion qui se dessine.
Mega Force recrute : un appel aux passionnés pour écrire la suite
La renaissance de Mega Force ne se limite pas à la préservation d’un héritage.
L’équipe souhaite désormais s’agrandir et accueillir de nouveaux passionnés, qu’ils soient rédacteurs, archivistes, graphistes, spécialistes Sega ou amateurs de presse rétro.
L’objectif est clair : redevenir un acteur majeur, comme dans les années 90.
Et il faut le rappeler : Mega Force n’a jamais été un magazine uniquement français.
Historiquement, la marque a existé en Allemagne, au Portugal et en Espagne, formant un réseau éditorial européen unique dans la presse spécialisée.
La nouvelle équipe ambitionne de renouer avec cette dimension internationale, en s’appuyant sur une communauté élargie et sur des collaborateurs motivés.
Conclusion : un héritage préservé, une ambition retrouvée !
La renaissance de Mega Force n’est pas un simple exercice nostalgique.
C’est une démarche structurée, portée par une vision claire : préserver un patrimoine, moderniser une marque, et reconstruire une équipe capable de lui redonner sa place dans le paysage vidéoludique européen.
Mega Force revient et cette fois, l'histoire s'apprête à véritablement renaitre !
Sources : Interview de Damien Curoux alias DCX CEO de MegaForce Magazine