Fin du format physique sur PlayStation en 2028 : l'Europe abandonne les joueurs à leur sort

Publié le 14 juillet 2026 à 16:39

C'est un coup dur pour les passionnés de galette. Suite à la décision controversée de PlayStation de mettre un terme aux éditions physiques d'ici 2028, l'Union européenne vient de réduire à néant nos derniers espoirs. En invoquant la "liberté commerciale", les institutions choisissent de ne pas intervenir, laissant les joueurs à la merci d'un monde entièrement dématérialisé. Entre la disparition du marché de l'occasion, l'insécurité numérique croissante et la mise en péril de la préservation des médias, nous assistons à une analyse approfondie de ce qui ressemble à une érosion de nos droits fondamentaux en tant que consommateurs.


Le couperet de 2028 : la fin d'une ère et l'illusion du "Code in a Box"

 

Une date qui résonne déjà comme un glas dans l'esprit des collectionneurs et des passionnés de jeux vidéo : janvier 2028. C'est l'échéance fixée par Sony pour mettre un terme à la production de jeux sur disques, une stratégie confirmée par la transformation actuelle de ses usines de production de Blu-ray.

Pour adoucir cette transition et éviter d'être accusée de pratiques monopolistiques par les autorités de régulation, l'entreprise japonaise a trouvé une solution astucieuse : le "Code in the box". Les boîtes continueront d'être vendues en magasin, mais elles seront dépourvues de disque, ne contenant qu'un simple morceau de papier avec un code de 12 caractères.

C'est un écran de fumée remarquablement habile. Tant que les revendeurs peuvent proposer ces codes, PlayStation pourra prétendre à un marché concurrentiel. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : lors du lancement d'un blockbuster comme GTA 6, la guerre des prix dans le secteur physique permettait de le trouver à 50 € chez des distributeurs comme Leclerc, alors qu'il était proposé à 60 € ou plus ailleurs. Mais que se passera-t-il lorsque ce format hybride sera abandonné au profit du tout numérique ? Les joueurs se retrouveront alors piégés sur une plateforme unique, le PlayStation Store, où les jeux affichés à 80 € n'auront plus de concurrents pour faire baisser les prix.

 


La langue de bois européenne : deux poids, deux mesures

 

Face à la menace qui pèse sur les droits des consommateurs, nous avons été nombreux à espérer une protection de la part de l'Union européenne. L'Europe a déjà réussi à contraindre des géants comme Apple à adopter l'USB-C et a obligé Nintendo à prendre en charge les réparations des Joy-Cons défectueux, tout en anticipant le retour des batteries amovibles.

Cependant, la réponse de Michael McGrath, commissaire européen irlandais en charge de la protection des consommateurs, ressemble à une trahison. Selon lui, la situation relève des "libertés commerciales et contractuelles". En d'autres termes, les entreprises sont libres de distribuer leurs œuvres comme bon leur semble, tant qu'elles respectent le droit national.

Cette déclaration, pour le moins surprenante, rejette d'un revers de main l'initiative citoyenne #StopKillingGames. Sous prétexte de respecter les lois complexes sur la propriété intellectuelle, la Commission européenne refuse de légiférer. Cette attitude révèle une hypocrisie troublante : alors que l'Europe impose des régulations strictes sur le matériel des multinationales, elle laisse le secteur du logiciel se transformer en un véritable Far West numérique où l'éditeur impose toutes les règles.

 


"Une location à plein tarif" : le cœur des joueurs saigne

 

En analysant les réactions de la communauté, un constat s'impose : le sentiment d'abandon est omniprésent, accompagné d'une colère sourde. Sur les réseaux sociaux et dans les espaces de commentaires, les joueurs perçoivent clairement la manœuvre : avec la dématérialisation, ils ne feront plus l'acquisition de leurs jeux, mais paieront plutôt un loyer à plein tarif, résiliable à tout moment.

Les inquiétudes sont fondées et chiffrées. Les joueurs soulignent la fragilité du système en évoquant des cas alarmants liés à la gestion numérique, comme cet incident où près de 500 films légalement achetés ont été retirés de la bibliothèque d'utilisateurs sans possibilité de recours. Sans oublier les enjeux de sécurité : l'historique du PlayStation Network est entaché par de graves failles. Se faire pirater son compte en quelques minutes aujourd'hui, c'est risquer de perdre l'intégralité d'une collection qui peut représenter des milliers d'euros d'investissement.

Quant au marché de l'occasion ? Il est voué à disparaître. Prêter son jeu narratif préféré à un ami ? Impossible. Pour beaucoup, c'est l'essence même du partage vidéoludique qui est sacrifiée sur l'autel de la rentabilité.

 


 L'Avis du rédacteur

 

En tant que passionnée ayant grandi à échanger des cartouches dans la cour de récréation et à parcourir le livret de mes jeux lors de mon trajet de retour, je regarde cette évolution avec une profonde tristesse, mais surtout avec une inquiétude analytique grandissante.

Ne nous y trompons pas : cette décision ne se limite pas à la "praticité" ou à la modernité du format numérique. C'est un mouvement stratégique visant à verrouiller complètement l'écosystème. En éliminant le support physique, Sony s'assure un contrôle total sur la chaîne de valeur. Cela représente la suppression délibérée d'un marché de l'occasion, qui ne leur rapporte aucune redevance, tout en leur conférant le pouvoir de vie ou de mort sur les œuvres qu'ils hébergent.

Ce qui me met le plus en colère, c'est l'inaction tragique des autorités. Comment un commissaire européen peut-il affirmer que nos droits sont "pleinement protégés" alors qu'on nous retire la notion même de propriété sur nos achats ? Nous glissons dangereusement vers un modèle de consommation où le jeu vidéo n'est plus considéré comme une œuvre culturelle à préserver et à transmettre, mais comme un service éphémère à consommer sans attachement.

L'Europe vient de laisser passer une occasion historique de poser les fondations d'un véritable "droit de propriété numérique". En l'absence d'une législation adaptée aux réalités technologiques de notre époque, la préservation de l'Histoire du jeu vidéo s'effrite. Et nous, joueurs, n'avons plus que nos larmes et nos protestations sur les réseaux sociaux pour pleurer la perte de nos futures bibliothèques fantômes.

 

Par Erodi Shijin