Une référence à la part d'animal en chaque être humain
On ressent la résignation de ces deux êtres vivants avant leur rencontre. Le chien noir, contraint de se cacher pour échapper à la patrouille qui a mis sa tête à prix, et Lang, de retour après un séjour en prison dans une ville où il ne se sent plus à sa place. Tous deux se terrent, évitant leurs semblables, sauf lorsque la survie est en jeu.
Les acteurs principaux de ce film sont peu nombreux. On retient notamment Xin (ou Sweety), notre fameux lévrier, réel personnage à lui seul. Eddy Peng dans le rôle de Lang, notre héros taciturne et solitaire. Liya Tong, dans le rôle de Grape ( Raisin), unique personnage principal féminin, artiste de cirque et en marge avec la société. Jia Zhangke, célèbre cinéaste chinois, qui joue l'oncle Yao. Celui-ci avait connu Lang avant son incarcération et est le seul à l'accueillir avec bienveillance et lui proposer un emploi dans la troupe de chasseurs de chiens
Black Dog est un film dramatique chinois réalisé par le cinéaste Guan Hu. Ce film a été présenté en salles et a reçu le prix dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes. Il a également remporté le César 2026 du meilleur film étranger.
Le titre fait référence au lévrier noir errant qui partage la vedette avec Eddie Peng, l'interprète de Lang.
Il est intéressant de noter que le réalisateur utilise fréquemment des animaux dans ses films, comme dans "Cow / Bête de scène", où l'intrigue se concentre sur la relation entre un homme et une vache, sur fond de guerre sino-japonaise.
Cela symbolise l'instinct de survie et l'animalité courageuse qui résident en l'être humain face à l'adversité et à l'autorité.
Une histoire d'amitié sur fond de misère
Lang, un ancien détenu, retourne dans sa ville natale, Chixia, située à la lisière du désert de Gobi. Contre son gré, il est recruté par la patrouille locale chargée d’éliminer les chiens errants. Au fil du temps, il se lie d’amitié avec l’un d’eux : "le chien noir", un lévrier, réputé pour son agilité à échapper à la patrouille. C'est ainsi qu'une histoire de rédemption et de renaissance commence.
Ce film se déroule dans la ville désertée de Chixia, où les bâtiments commencent à s'effondrer et seront bientôt démolis pour faire place nette. Les habitants quittent progressivement la ville, laissant derrière eux des chiens errants qui prennent leur place.
On découvre également un zoo abandonné, où quelques animaux survivent grâce aux soins du père de Lang, lui aussi abandonné et en proie à l'alcoolisme.
La poussière du désert, le sable et les paysages arides forment un décor qui évoque inévitablement l'atmosphère des westerns. L'absence de verdure dans ce film crée une impression de sécheresse et de mélancolie, où rien ne semble pouvoir pousser sur ce sol stérile, à l'exception de l'amitié qui se développe entre le chien noir et Lang.
Un héros mutique et marginal
Lang, le personnage principal, parle très peu tout au long du film. Il se contente de siffler son chien noir, qui, au final, n’a même pas de nom. Ce silence met en lumière l’isolement du héros et sa difficulté à se réintégrer dans la société. Son amitié avec le chien noir renforce ce mutisme, car leur communication se limite à des gestes et des regards échangés. Lang a peu d’interactions avec d’autres hommes et reste souvent en retrait lors des discussions, s’impliquant rarement.
Les bruits proviennent du monde extérieur : les haut-parleurs, les aboiements des chiens et le vrombissement des motos.
Des influences reconnaissables dans ce film
Tout au long du film, le groupe Pink Floyd occupe une place centrale. La chanson Hey You, tirée de l'album The Wall, résonne à plusieurs reprises et vient clôturer ce long métrage.
Lang affiche un poster de The Wall dans sa chambre, et sa moto arbore le nom du groupe ainsi que ses couleurs emblématiques sur le réservoir.
Petite anecdote musicale : Pink Floyd n'a jamais interprété de chanson intitulée Black Dog. En revanche, c'est le groupe Led Zeppelin qui a sorti Black Dog, issue de leur album de 1971, Led Zeppelin IV.
Ce film évoque inévitablement "Je suis une légende", où Will Smith évolue dans un monde apocalyptique, accompagné uniquement de son fidèle chien.
Nous découvrons ces paysages désolés et post apocalyptiques où l'espoir semble avoir disparu tant pour les animaux que pour les humains. On s'interroge sur la possibilité d'une fin heureuse et sur l'avenir qu'ils pourraient partager ensemble. Nos deux couples de héros, dans ces deux films différents, doivent survivre ensemble. Ils peuvent compter l'un sur l'autre pour se sentir moins seul.
Verdict : un film minimaliste et émouvant
Ce film nous présente dès le départ un héros taciturne et solitaire. La véritable raison de son incarcération reste floue. Un crime est mentionné, mais sans détails supplémentaires. On découvre qu'il était autrefois une star des cascades. Son père, toujours vivant, est le gardien d'un zoo abandonné où subsistent quelques animaux. Sa sœur a quitté les lieux ; on n'entend que sa voix au téléphone, et sa mère est décédée. À part cela, peu d'informations circulent à son sujet, tout comme pour le chien noir qui l'accompagne. D'où vient-il ? Quel âge a-t-il ? Ces deux êtres semblent si semblables !
Les thèmes de l'errance et d'un avenir incertain résonnent tout au long de ce long métrage. Nos héros évoluent dans des paysages désertiques où rien ne semble pouvoir survivre ni prospérer. Tout est voué à disparaître, tout comme les immeubles destinés à être démolis, forçant les habitants et les animaux à s'en aller. Cette ville représente une "verrue" pour les dirigeants du pays, qui aspirent à des cités modernes et présentables, en particulier à l'approche des Jeux Olympiques de 2008, période durant laquelle se déroule l'histoire.
Après avoir visionné ce film, il est impossible de ne pas ressentir une profonde émotion, surtout face aux dernières scènes qui insufflent de l'espoir. Ce type de film, dépouillé de dialogues superflus, apporte une véritable bouffée d'air frais. Il nous invite à réfléchir et à nous identifier aux personnages, sans être submergés par des bruits assourdissants ou des séquences trop rapides et épuisantes. C'est une œuvre poignante qui explore l'amitié entre deux âmes solitaires et marginalisées, en quête de sens dans leur errance. Ensemble, elles doivent apprendre à se connaître pour redécouvrir la beauté de la vie. Un hommage à la sincérité des sentiments, exprimés avec une économie de mots remarquable.
Par Nékomé