Le tombeau des lucioles, l'un des plus grands film d'animation japonais (Nékomé),

Publié le 16 août 2026 à 12:00

Un film d'animation japonais semi-autobiographique

Tout au long du film, nous naviguons entre réalité, cruauté, violence et poésie. Les scènes de guerre sont présentées sans artifice et brutales. Dès les premières images, il est évident que nous allons plonger dans une histoire authentique, un véritable témoignage de l'époque de la guerre de 1945.

Nous sommes bien loin des productions de Walt Disney des années 1980, qui régnaient alors sur le marché mondial de l'animation. Ces films se concluaient invariablement par des fins heureuses, mettant en avant des valeurs positives où le héros triomphe toujours.

Ce film n'est pas vraiment destiné aux jeunes en raison de sa tristesse et de sa violence. Il saura davantage toucher un public plus âgé, voire adulte, qui possède les références historiques et la réflexion requises pour en saisir toute la profondeur.

 

sorti au Japon en 1988 et arrivé en France en 1996. Plutôt méconnu du grand public contrairement à Hayao Miyazaki, Isao Takahata est pourtant un des co-fondateur du studio Ghibli. 

Ce film est une adaptation de "La Tombe des lucioles", une nouvelle semi-autobiographique écrite par Akiyuki Nosaka en 1967.

Considéré comme un véritable chef-d'œuvre, ce film est souvent cité parmi les plus grands longs-métrages d'animation, toutes nationalités et styles confondus. Il demeure une référence incontournable de l'animation japonaise.

 

La relation d'un frère et de sa petite soeur 

 

Ce drame poignant raconte l'histoire de la survie de deux enfants pendant la guerre de 1945. Tout commence après le bombardement de Kōbe, lorsque Seita, un adolescent de quatorze ans, et sa petite sœur Setsuko, âgée de quatre ans, perdent leur mère dans cette attaque dévastatrice. Leur père, officier supérieur de la marine impériale japonaise, est absent. Ne sachant où se tourner, ils se réfugient chez leur tante, qui leur fait rapidement comprendre qu'ils ne sont pas les bienvenus et qu'ils représentent une charge pour elle.

Les deux enfants décident alors de s'enfuir et trouvent refuge dans un bunker abandonné au cœur de la nature. Ils y vivent des moments de bonheur et d'insouciance, mais cette paix est de courte durée, car la nourriture commence bientôt à leur faire défaut.

 

 

Tout au long de ce film, nous assistons à la détermination de Seita à protéger sa petite sœur, prenant ainsi le rôle de leurs parents à seulement 14 ans. Il s'efforce de la rassurer, évitant de lui faire ressentir la brutalité de la guerre. Ses efforts pour la préserver sont remarquables, notamment lorsqu'il se prive de nourriture pour s'assurer qu'elle puisse manger. Il n'hésite pas à prendre des risques, sortant même sous les bombardements, mettant sa vie en danger pour aller chercher de la nourriture dans les maisons abandonnées.

La scène à la mer représente une parenthèse enchantée où l'on voit la petite Setsuko rire aux éclats et s'amuser avec son frère. Ce ne sont que deux enfants jouant dans les vagues et courant sur le sable. Malheureusement, ce moment de joie est terni par la découverte d'un corps caché, que Seita s'empresse de dissimuler pour préserver la magie de cet instant.

 

Un pays fier et militariste

 

Les longues années de guerre entraînent des sacrifices énormes pour la population, y compris les enfants. Le Japon impose le travail des enfants et la conscription des jeunes garçons, semblable à ce qui se passe en Allemagne. De plus, des enfants sont envoyés dans les campagnes pour échapper aux bombardements, à l'instar de ce qui se passe en Angleterre, les laissant souvent orphelins, comme nos deux jeunes héros.

 

 

Dès le printemps 1945, les troupes américaines prennent l'ascendant dans la guerre du Pacifique, s'approchant de la victoire. Le Japon, fier de son armée, refuse d'accepter la défaite malgré les revers et les pertes subies.

Nous découvrons la fierté de Seita, qui à travers des jeux de guerre, est convaincu de la victoire de son pays. On ressent aussi l'admiration envers son père, officier gradé de la marine.

Cependant, au fil du film, il devient évident que le peuple japonais aspire à la fin de ce conflit, conscient de sa défaite et de son déshonneur. Même Seita à un moment en arrivé à encourager les avions américains.

 

La vie de la population japonaise durant la guerre

 

 

Ce film aborde des thématiques profondes et poignantes, telles que le deuil, la mort, la famine et les conséquences tragiques sur les civils.

La question de la nourriture se révèle être un enjeu crucial tout au long de l'histoire. Les deux enfants, en particulier Setsuko, souffrent de la famine, un fardeau d'autant plus lourd à porter pour une si jeune enfant. Son frère, désespéré, fait tout son possible pour trouver de quoi manger, mais on les voit de plus en plus affaiblis.

L'entraide entre les civils s'effrite progressivement. À mesure que la nourriture devient rare, chacun semble se replier sur soi-même, gardant précieusement ses provisions cessant d'aider les autres. C'est le cas de la tante des enfants, qui, après avoir demandé leur contribution pour le repas, finit par les laisser se débrouiller seuls.

Les enfants sont des victimes directes de cette guerre, avec un grand nombre d'orphelins qui, hélas, succombent soit aux bombardements, soit à la famine.

 

 

 

 

Ici, le terme « luciole » désigne les « feux tombants », en référence aux bombardements et aux bombes enflammées qui descendaient du ciel en illuminant la nuit.

Ces insectes, appartenant à la famille des coléoptères, sont considérés comme un « trésor national » au Japon. Leur lumière symbolise l’amour pur dans la poésie nippone du VIIIe siècle et donc celui de Seita et Setsuko l'un pour l'autre. En outre, elles incarnent également l’âme des défunts, notamment des soldats et des civils tombés durant la guerre. Ainsi, à la fin du film, la signification d'une des premières images devient claire.

 

Verdict : un film d'animation proche d'un documentaire

 

"Le Tombeau des lucioles" est un récit poignant qui témoigne de la tragédie vécue par le peuple japonais après les bombardements. L'histoire explore les horreurs de la guerre à travers des scènes crues et bouleversantes, telles que des cadavres empilés avant leur incinération et des plages dévastées. Cependant, elle est également ponctuée de moments poétiques et joyeux, vécus à travers les yeux d'enfants.

Les couleurs pastel ajoutent une dimension poétique à ce récit ancré dans le contexte de la guerre. Certains paysages, verdoyants et parsemés de fleurs éclatantes, évoquent une douce mélancolie. Même lors de la scène de désolation à Kōbe, ravagée par les bombes, l'image conserve une aura floue, presque irréelle.

La bande originale minimaliste, composée par Michio Mamiya, utilise peu d'instruments pour accompagner magnifiquement les émotions dégagées par le film : légère et joyeuse lors des moments de jeu entre les enfants, et grave, presque sourde, lors des scènes de violence et de guerre. Ce qui renforce toutes les émotions dégagées alors. 

On ne peut s'empêcher de comparer ce film à "La vie est belle", le chef-d'œuvre poignant de Roberto Benigni, où un père tente de protéger son fils des horreurs du camp de concentration en transformant leur captivité en un jeu.

Ce film s'adresse davantage aux adultes qu'aux jeunes enfants, car il est impossible de le visionner sans être profondément ému et troublé par les événements dépeints. Dès le début, la scène d'ouverture est violente : une gare où l'on aperçoit un jeune garçon à l'agonie, entouré d'autres jeunes victimes, tandis que les agents d'entretien semblent indifférents. Malgré cela, on nourrit l'espoir que les enfants trouveront une issue heureuse après tant de souffrances. Qui peut rester insensible à la petite Setsuko et à son grand frère Seita ? 

À la fin, le film se conclut par la phrase : "Il faut dormir, il est tard." On voit alors les esprits des deux enfants, unis à jamais dans leur enfance. Libérés et en paix, ils contemplent, assis sur un banc surélevé, le Kōbe moderne.  

 

Par Nékomé 

 


Note Nékomé