Annoncé en grande pompe lors du dernier Summer Game Fest, Stellar Blade : Blood Rain promettait d'embraser notre passion pour le jeu d'action frénétique. Mais c'est une tout autre flamme que le studio sud-coréen Shift Up a allumée : celle de la colère et de l'indignation. Au cœur du brasier se trouve Evie, la nouvelle protagoniste du jeu, dont les traits bien trop enfantins jurent avec une sexualisation outrancière. Entre la provocation assumée du studio et la riposte radicale des joueurs, retour sur un naufrage en termes de communication qui secoue l'industrie.
S'il y a bien une chose que l'on ne peut pas enlever au studio Shift Up, c'est sa maîtrise du gameplay et du grand spectacle. Lors de l'annonce de Stellar Blade : Blood Rain, la promesse d'un système de combat encore plus viscéral, axé sur le corps-à-corps, avait tout pour nous faire trépigner d'impatience. Les chorégraphies martiales s'annonçaient dantesques. Pourtant, la hype est très vite retombée comme un soufflé raté, écrasée par le poids d'un choix de character design qui met franchement mal à l'aise.
Le syndrome de la "femme-enfant" qui ne passe plus
Souvenez-vous d'Eve, l'héroïne du premier opus. Son design hypersexualisé avait déjà fait couler beaucoup d'encre. Mais avec Evie, sa successeure, Shift Up a décidé de pousser le curseur beaucoup trop loin, et surtout, dans la mauvaise direction.
La nouvelle protagoniste affiche une stature nettement plus petite, un visage juvénile aux grands yeux candides... en bref, des traits incontestablement enfantins. Le problème ne viendrait pas de là si la mise en scène et la garde-robe du personnage ne venaient pas appuyer une hypersexualisation agressive. Sur les réseaux sociaux et les forums spécialisés, le verdict de la communauté a été immédiat et cinglant. Les mots "repoussant" et "scandaleux" reviennent en boucle. Pour beaucoup de gamers, sexualiser un personnage aux allures d'enfant est une ligne rouge à ne pas franchir.
Shift Up jette de l'huile sur le feu
Face à un tel tollé, on aurait pu s'attendre à ce que l'équipe de développement tente d'éteindre l'incendie, ou au moins de rassurer son public en expliquant la direction artistique. C'est très mal connaître Kim Hyung-tae, le PDG et directeur du jeu.
Balayant les critiques d'un revers de main avec un aplomb déconcertant, il a osé la carte de la provocation : "Si vous jouez vraiment au jeu, vous ne penserez pas ça", a-t-il déclaré, avant d'enfoncer le clou en promettant que la garde-robe de cette nouvelle héroïne serait "encore plus attrayante" que celle d'Eve. Une réponse perçue comme une fin de non-recevoir teintée d'arrogance par une communauté qui n'a pas du tout apprécié ce manque de tact.
Quand les joueurs frappent au portefeuille
Dans l'histoire du jeu vidéo, les bad buzz se terminent souvent par quelques pétitions oubliées ou des plaintes sur X (ex-Twitter). Mais cette fois, la communauté a décidé d'innover avec une méthode de contestation bien plus redoutable.
Délaissant les appels au boycott classiques, les joueurs en colère ont décidé de cibler directement les processeurs de paiement mondiaux, comme Visa et Mastercard. L'objectif ? Signaler massivement le jeu pour faire pression sur ces géants financiers afin qu'ils bloquent ou restreignent purement et simplement les transactions liées à Stellar Blade : Blood Rain. C'est une tactique de "guérilla financière" qui a déjà fait ses preuves sur des plateformes comme Steam ou Itch.io pour faire plier certains titres controversés. En menaçant directement les revenus du studio (et de Sony), les joueurs prouvent qu'ils ont compris où frapper pour se faire entendre.
L'avis du rédacteur
En tant que joueuse de longue date et passionnée par la culture vidéoludique, je suis la première à défendre la liberté créative des studios. Le jeu vidéo est un art, et la censure puritaine n'a, à mon sens, pas sa place dans notre médium. Des héroïnes sexy, assumées et puissantes comme Bayonetta ou 2B (NieR Automata) sont devenues des icônes légendaires que j'adore incarner.
Mais avec Evie, il ne s'agit pas de puritanisme ou d'être "anti-sexy". Il s'agit de décence. Le choix de plaquer des attributs et des tenues ultra-suggestives sur un personnage dont l'apparence crie littéralement "je suis une enfant" n'est pas un choix artistique audacieux : c'est du fétichisme malaisant qui n'apporte strictement rien à l'expérience de jeu. Pire, cela donne du grain à moudre aux détracteurs de notre passion qui adorent réduire les jeux vidéo à des clichés toxiques.
La réponse arrogante de Kim Hyung-tae est, pour moi, la cerise sur ce gâteau indigeste. Plutôt que d'entendre que le malaise de son public est légitime, il préfère s'enfermer dans sa tour d'ivoire. C'est un immense gâchis, car les équipes de Shift Up ont un talent monstre pour créer des jeux d'action au gameplay jouissif. J'espérais que Blood Rain ferait la Une pour ses combats épiques et son univers sombre, et non pour une énième polémique de mauvais goût. Aujourd'hui, je comprends parfaitement la fronde des joueurs : il est temps que l'industrie grandisse et comprenne qu'on ne peut pas tout justifier sous couvert de "fan service".