Gamescom 2026 : City God Alice : plongez dans les cauchemars du folklore taïwanais + INTERVIEW

Publié le 26 août 2026 à 08:00

Entre deux rendez-vous frénétiques dans les allées de la Gamescom à la fin du mois d'août, une pépite indépendante a su retenir toute mon attention. Son nom ? City God Alice. Derrière ce titre intrigant se cache une direction artistique particulièrement soignée et une ambiance résolument sombre qui m'a immédiatement tapée dans l'œil.

Pour percer les mystères de ce jeu, j'ai eu l'opportunité de mettre les mains sur une démo et de m'entretenir avec Maomi, le développeur du jeu. Une interview un peu particulière, réalisée "en duplex" : casque sur les oreilles au beau milieu du salon allemand, j'ai pu échanger avec lui alors qu'il était rentré à Taïwan, via Google Meet et avec l'aide précieuse d'un interprète connecté sur LINE pour jongler entre l'anglais et le mandarin. Voici ce qui est ressorti de cet échange passionnant.


Alice au pays des mythes taïwanais

L'une des plus grandes forces du titre réside dans son point de départ narratif, qui s'articule autour du Dieu de la Ville (Cheng Huang) et des mythes locaux. « Tout d'abord, les intrigues de notre histoire sont toutes tirées de certaines légendes taïwanaises, » m'explique Maomi d'emblée. « En fait, les légendes de Taïwan ne sont pas très connues dans le monde, mais leurs histoires sont vraiment fascinantes. »

Mais que vient faire une protagoniste occidentale nommée Alice là-dedans ? Le développeur m'éclaire sur ce choix scénaristique astucieux, profondément ancré dans l'Histoire de son île : « Le choix du personnage d'Alice sert justement à l'intégrer à ces légendes. Nous avons une légende selon laquelle notre région de Taïwan a en fait accueilli de nombreux étrangers... beaucoup de cultures étrangères sont arrivées sur nos terres, pour ensuite forger certaines de nos anciennes légendes taïwanaises. Ainsi, intégrer un personnage étranger comme Alice qui vient dans notre pays pour faire partie de ces histoires, cela a du sens. »

Loin d'être un simple empilement de contes, le jeu propose une véritable relecture : « J'ai réuni ces légendes et, à travers ma propre vision créative, je les ai reliées entre elles pour créer un univers capable de traverser toutes ces différentes légendes. »


Dans les méandres de la santé mentale

Étant très friande des jeux qui instaurent une atmosphère oppressante et n'hésitent pas à malmener la psyché (ceux qui me lisent savent à quel point j'affectionne des titres comme The Sinking City), le système de combat de City God Alice m'a grandement intriguée. Le gameplay s'articule autour d'une jauge de santé mentale, la fameuse jauge "San" (Sanity).

Fini les donjons classiques faits de briques et de monstres de chair. Maomi détaille un concept glaçant : « L'ensemble des scènes d'exploration de notre jeu sont en réalité des sortes de donjons mentaux. Ils sont formés par l'esprit des fantômes et des monstres. Cela signifie que nous pénétrons dans les souvenirs de certains esprits défunts, leurs souvenirs les plus profonds. »

En jouant à la démo, on ressent viscéralement cette tension. Le joueur risque gros à chaque expédition dans l'esprit d'un autre. « Notre capacité à survivre dans l'esprit d'un autre dépend de la puissance de notre propre force mentale », prévient le créateur. « Ces esprits vont nous effrayer, briser notre esprit, puis nous chasser de leur domaine. Donc, dans ce donjon mental, le temps qu'on peut y passer dépend de la puissance de notre force mentale. Si l'on prend peur ou si l'on est vaincu, on est alors chassé de leur domaine mental pour retourner à la réalité. » Une mécanique punitive mais diablement immersive.


Une bande-son au croisement des cultures (et des succès)

Pour sublimer cette plongée dans les ténèbres, l'équipe s'est offert les services de Yuho, un compositeur très réputé en Asie. Le développeur ne tarit pas d'éloges à son sujet : « À Taïwan, il y a un jeu très célèbre appelé Pagui ("Chasseur d'esprits"), qui est très populaire actuellement à Taïwan, en Chine et au Japon. Comme j'ai joué à son jeu, j'aime beaucoup la musique composée par ce maître. »

L'immersion s'appuie sur un mariage des genres exigeant : « Sa musique a un style à la fois moderne et traditionnel chinois. Ces deux caractéristiques sont exactement ce que je recherchais [...]. Étant donné que mon univers s'inspire de légendes folkloriques taïwanaises, il fallait de la musique traditionnelle. Mais elle devait se fondre dans nos décors modernes. » À cela s'ajoute une autre subtilité régionale : « De plus, il y a aussi une influence de la culture japonaise, les styles seront donc naturellement très diversifiés. »


L'avis du rédacteur

Actuellement en développement par une petite équipe, City God Alice vise initialement une sortie sur Steam en 2026. Toutefois, Maomi reste très transparent sur la réalité de la production indépendante : « Notre capacité de production est très limitée. Il est donc possible qu'il y ait un léger retard d'un ou deux ans, avec une sortie repoussée à l'automne ou à l'été 2027. »

Et les consoles de salon dans tout ça ? J'ai évidemment glissé une question sur des portages PlayStation 5 ou Nintendo Switch 2, des machines parfaites pour ce genre d'aventure. Le studio cherche actuellement un éditeur pour l'accompagner techniquement et financièrement dans ces portages, la priorité absolue restant pour l'instant d'assurer la version PC.

Mon verdict après la démo : City God Alice a un potentiel monstre. Manette en main, le jeu m'a totalement happée grâce à son identité visuelle macabre et son parti pris de transformer le folklore local en un labyrinthe psychologique impitoyable. Explorer les traumas d'esprits frappeurs tout en gérant sa propre santé mentale exige de garder la tête froide sous peine d'être recraché sans ménagement du cauchemar. C'est audacieux, c'est profondément sombre, et c'est exactement le genre de mystère narratif dans lequel on a envie de se perdre. C'est définitivement un titre indé que je vais suivre de près pour Petits Gamers Magazine !

Par Erodi Shijin