Quand ATARI sort les griffes !
Au début des années 1990, le marché des consoles est dominé par Nintendo et Sega. La Super Nintendo et la Mega Drive se livrent une bataille acharnée, tandis qu’Atari tente de retrouver la place qu’elle occupait autrefois dans l’industrie du jeu vidéo.
Après le succès historique de l’Atari 2600, la marque connaît plusieurs années difficiles. L’Atari 5200, l’Atari 7800 et la console portable Lynx ne parviennent pas à rivaliser durablement avec la concurrence. Atari décide alors de préparer une machine beaucoup plus puissante, capable de faire entrer la marque dans une nouvelle génération.
Deux projets sont étudiés : la Panther, pensée comme une console 32 bits, et la Jaguar, plus ambitieuse. Atari abandonne finalement la Panther pour concentrer tous ses efforts sur la Jaguar, développée autour d’une architecture conçue par Flare Technology.
La Jaguar est commercialisée le 23 novembre 1993 dans quelques villes américaines, notamment New York et San Francisco. Son lancement est ensuite étendu au reste des États-Unis au début de l’année 1994. Elle arrive en Europe durant l’été 1994.
Atari présente fièrement sa nouvelle machine comme la première console 64 bits de l’histoire. Son slogan publicitaire « Do the Math » invite directement les joueurs à comparer sa puissance avec celle des consoles 16 et 32 bits concurrentes.
Vendue 249,99 dollars aux États-Unis, la Jaguar est accompagnée du jeu Cybermorph. Avec son design noir et rouge, ses cartouches imposantes et sa manette équipée d’un pavé numérique, elle ne ressemble à aucune autre console du marché.
Mais derrière cette communication agressive se cache une architecture particulièrement complexe. Les développeurs ont du mal à exploiter correctement les différents processeurs de la machine. Les outils de développement sont compliqués, les jeux arrivent lentement et plusieurs grands éditeurs hésitent à soutenir la console.
Malgré quelques excellents titres comme Tempest 2000, Alien vs. Predator, Doom, Rayman ou Iron Soldier, la Jaguar ne rencontre pas le succès espéré. L’arrivée de la Sega Saturn et surtout de la première PlayStation en 1995 rend sa situation encore plus difficile.
La production s’arrête en 1996, mais l’histoire de la Jaguar ne se termine pas complètement. Grâce aux collectionneurs et aux développeurs indépendants, de nouveaux jeux continuent encore aujourd’hui d’apparaître sur la console.
Les points forts de la Jaguar
La Jaguar impressionne tout d’abord par son ambition technique. Son architecture utilise plusieurs processeurs capables de travailler ensemble. Lorsque les développeurs parviennent à maîtriser correctement la machine, elle peut proposer des graphismes rapides, des effets de zoom, des rotations, des sprites imposants et des environnements en trois dimensions.
Les cartouches permettent de lancer les jeux presque immédiatement. Contrairement aux consoles utilisant un lecteur CD, la Jaguar ne souffre pratiquement pas de temps de chargement. Rayman profite particulièrement de ce support avec des animations rapides et des décors très colorés.
La console est également capable d’afficher une palette de plus de 16 millions de couleurs. Certains jeux en deux dimensions sont particulièrement réussis, tandis que des titres comme Alien vs. Predator, Iron Soldier ou Doom démontrent ses capacités dans le domaine de la 3D.
La partie sonore est elle aussi intéressante. La Jaguar peut produire un son stéréo 16 bits et le nombre de canaux audio dépend principalement de la programmation utilisée par les développeurs. Tempest 2000 reste l’un des meilleurs exemples grâce à sa bande-son électronique devenue culte.
La présence d’un pavé numérique sur la manette constitue une autre originalité. Certains jeux sont accompagnés d’un petit carton à placer sur les touches. Celui-ci indique directement les commandes correspondant aux armes, aux objets ou aux différentes fonctions du jeu.
Cette solution est particulièrement pratique dans Alien vs. Predator, Doom ou Iron Soldier. Elle évite de devoir mémoriser les douze touches du pavé numérique.
Qu'est-ce qui se cache dans ses entrailles ?
L’appellation « 64 bits » de la Jaguar provoque encore aujourd’hui de nombreux débats. La console ne possède pas un processeur central 64 bits comparable à celui que l’on retrouvera plus tard dans la Nintendo 64.
Son architecture repose principalement sur deux composants personnalisés surnommés « Tom » et « Jerry », accompagnés d’un processeur Motorola 68000.
La puce Tom fonctionne à environ 26,59 MHz. Elle contient notamment un processeur graphique RISC 32 bits, un processeur d’objets et un blitter capable d’effectuer certaines opérations graphiques sur 64 bits. Elle s’occupe principalement de l’affichage, des sprites, des effets visuels et d’une partie des calculs graphiques.
La puce Jerry fonctionne également à environ 26,59 MHz. Elle contient un processeur numérique RISC 32 bits principalement utilisé pour le son, mais pouvant également réaliser d’autres types de calculs.
Le Motorola 68000 est cadencé à environ 13,3 MHz. Il sert normalement à coordonner les différents composants de la console. Cependant, comme les développeurs connaissent déjà très bien ce processeur utilisé dans de nombreuses machines de l’époque, certains jeux lui confient une partie trop importante du travail. Les performances obtenues ne correspondent alors pas toujours aux promesses d’Atari.
La Jaguar possède 2 Mo de mémoire vive et utilise un bus de données pouvant fonctionner sur 64 bits. Ses cartouches peuvent contenir jusqu’à environ 6 Mo de données. Certaines intègrent une mémoire EEPROM permettant de sauvegarder directement la progression sans utiliser de carte mémoire externe.
La partie sonore offre un son stéréo 16 bits. Elle peut produire des musiques riches, des voix numérisées et de nombreux effets. Le résultat dépend cependant énormément du travail réalisé par chaque développeur.
Sur le papier, la Jaguar possède donc une architecture très avancée pour 1993. Dans la pratique, ses nombreux processeurs et certaines particularités techniques la rendent difficile à programmer. Les meilleurs jeux montrent une machine impressionnante, tandis que les moins réussis ressemblent parfois à de simples productions 16 bits.
Jeux Culte : le félin avait de sérieux arguments !
Top 5 des meilleurs jeux Jaguar
1-Tempest 2000
Une expérience d’arcade intense, rapide et hypnotique.
2-Alien vs. Predator
Un jeu de tir sombre et particulièrement angoissant.
3-Troisième place : Rayman
Un jeu de plateforme magnifique et extrêmement coloré.
4-Iron Soldier
Un impressionnant jeu de combat aux commandes d’un robot géant.
5-Doom
Une excellente adaptation du célèbre jeu de tir d’id Software.
Bien plus qu’une console : découvrez les accessoires de la Jaguar
La manette d’origine de la Jaguar est certainement l’un de ses éléments les plus reconnaissables. Elle possède une croix directionnelle, trois boutons d’action nommés A, B et C, deux boutons Pause et Option, ainsi qu’un pavé numérique composé de douze touches.
Sa grande taille est souvent critiquée, mais elle reste confortable pour de nombreux jeux. Les petites fiches cartonnées fournies avec certains titres viennent se placer directement sur le pavé numérique afin d’indiquer les commandes.
Atari commercialise ensuite le Pro Controller. Cette nouvelle manette ajoute trois boutons d’action supplémentaires, nommés X, Y et Z, ainsi que deux boutons supérieurs L et R. Elle se montre plus adaptée aux jeux de combat et aux titres nécessitant de nombreuses commandes.
Le Team Tap permet de connecter jusqu’à quatre manettes sur un seul port. Il est notamment utilisé avec White Men Can’t Jump et NBA Jam Tournament Edition. Avec les jeux compatibles, il devient possible d’organiser des parties à quatre joueurs sur la même console.
Le JagLink sert à relier deux consoles Jaguar. Chaque joueur doit alors disposer de sa console, de son téléviseur et généralement de son exemplaire du jeu. Des titres comme Doom, AirCars et BattleSphere peuvent utiliser ce système.
Le Memory Track est destiné au Jaguar CD. Il se place dans le port cartouche de la console et permet de sauvegarder la progression des jeux sur CD compatibles.
Le CatBox, développé par la société ICD, est un accessoire non officiel particulièrement recherché. Il se branche à l’arrière de la Jaguar et ajoute plusieurs sorties audio, vidéo et de communication. Son boîtier métallique et ses différentes connexions en font aujourd’hui une pièce très appréciée des collectionneurs.
Atari travaille également sur un casque de réalité virtuelle nommé Jaguar VR. Plusieurs prototypes sont présentés, mais le projet est abandonné avant sa commercialisation. Une version spéciale de Missile Command 3D devait notamment profiter de cet accessoire.
L’évolution de l’ATARI JAGUAR : le JAGUAR CD
Le 21 septembre 1995, Atari commercialise le Jaguar CD aux États-Unis. Cet imposant lecteur vient se placer directement au-dessus de la console et utilise son port cartouche.
L’objectif est de concurrencer la PlayStation, la Saturn et les autres machines utilisant le CD-ROM. Ce support offre beaucoup plus d’espace de stockage qu’une cartouche et permet d’intégrer davantage de musiques, de voix, de vidéos et de scènes cinématiques.
Le Jaguar CD conserve également un port cartouche sur sa partie supérieure. Il reste donc possible d’utiliser les jeux Jaguar classiques sans retirer le lecteur.
L’appareil peut lire les CD audio. Il intègre aussi le Virtual Light Machine, un programme imaginé par Jeff Minter qui crée des animations colorées réagissant à la musique. Le téléviseur affiche alors différentes formes psychédéliques pendant la lecture d’un disque.
Parmi les jeux commercialisés sur Jaguar CD, on retrouve notamment Battlemorph, Blue Lightning, Myst, Highlander, Vid Grid, Hover Strike: Unconquered Lands, Primal Rage et Iron Soldier 2.
Malheureusement, le Jaguar CD arrive trop tard. Son prix est élevé, sa distribution reste limitée et seulement une petite dizaine de jeux majeurs l’accompagnent durant sa carrière commerciale. Il devient rapidement très rare et représente aujourd’hui l’un des accessoires les plus chers de la Jaguar.
Atari étudie également une machine appelée Jaguar Duo. Celle-ci devait réunir la console et le lecteur CD dans un seul boîtier. Un prototype est présenté, mais le projet est abandonné avant sa commercialisation.
Verdict Rétro
| Graphismes | ⭐⭐⭐⭐☆ : La Jaguar peut afficher de très beaux jeux en deux dimensions et proposer des effets impressionnants. La qualité de la 3D reste cependant très variable selon les développeurs. |
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| Son | ⭐⭐⭐⭐☆: Le son stéréo 16 bits offre d’excellents résultats, notamment dans Tempest 2000. Certains jeux n’exploitent malheureusement pas suffisamment les capacités audio de la console. |
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| Ludothèque | ⭐⭐⭐☆☆ : Le catalogue commercial est limité, mais il contient plusieurs jeux incontournables comme Tempest 2000, Alien vs. Predator, Rayman, Doom et Iron Soldier. |
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| Fun | ⭐⭐⭐⭐☆ : Les meilleurs titres de la Jaguar possèdent une véritable personnalité et restent agréables à découvrir. La manette et son pavé numérique offrent également une expérience différente des autres consoles. |
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| Durée de vie | ⭐⭐⭐☆☆ : Sa ludothèque officielle est réduite et certains jeux sont devenus très chers. La scène indépendante continue toutefois de faire vivre la console avec de nouvelles productions. |
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Les différentes versions
La Jaguar conserve pratiquement le même design durant toute sa carrière. Atari réalise néanmoins quelques modifications internes afin d’améliorer la fabrication et de réduire les coûts.
Les premières consoles américaines sont des modèles NTSC. Elles sont principalement destinées aux États-Unis et au Canada. Une version NTSC est également commercialisée au Japon à partir de novembre 1994.
Les consoles européennes utilisent le format PAL. Elles sont reconnaissables à certaines différences internes et à leur voyant d’alimentation vert, alors que les modèles NTSC possèdent généralement un voyant rouge.
La version française est légèrement différente des autres modèles européens. Elle ne possède pas de sortie antenne classique et utilise principalement une connexion Péritel permettant d’obtenir une image en RGB sur les téléviseurs compatibles.
Il existe également plusieurs révisions internes parfois identifiées par les collectionneurs comme les séries K et M. Ces modifications concernent surtout la carte mère et certains composants. Elles ne changent pas la puissance de la console et les jeux restent compatibles.
Le Jaguar CD ne constitue pas une nouvelle console, mais une extension. Il utilise la Jaguar d’origine pour fonctionner et ne peut pas être employé seul.
Le Jaguar Duo devait devenir une véritable nouvelle version réunissant la console et le lecteur CD. Ce modèle n’a jamais dépassé le stade du prototype.
Chiffres de ventes
Les ventes de la Jaguar restent très faibles par rapport à celles de ses concurrentes. D’après les documents financiers d’Atari, environ 125 000 consoles ont été vendues entre son lancement en 1993 et la fin de l’année 1995.
À cette même période, Atari possède encore environ 100 000 Jaguar invendues dans ses stocks. Ces machines seront progressivement liquidées après l’arrêt de la console.
Le chiffre final exact reste difficile à déterminer, mais les estimations les plus courantes évoquent moins de 250 000 exemplaires distribués ou vendus dans le monde. Nous sommes très loin des dizaines de millions de consoles atteintes par la PlayStation.
Durant sa période commerciale d’origine, la Jaguar accueille environ 50 jeux sur cartouche et 13 titres sur Jaguar CD. Alien vs. Predator fait partie de ses plus grands succès.
En 1996, Atari abandonne progressivement le marché des consoles après son rapprochement avec le fabricant de disques durs JTS. La marque sera ensuite rachetée par Hasbro Interactive.
En 1999, Hasbro déclare la Jaguar comme une plateforme ouverte. Cette décision permet aux développeurs indépendants de produire plus librement de nouveaux jeux. Grâce à cette communauté toujours active, la ludothèque continue encore aujourd’hui de s’agrandir.
Mes émotions avec l’Atari Jaguar
L’Atari Jaguar occupe une place particulière dans ma passion pour le rétrogaming. Ce n’est pas la console la plus vendue, ni celle qui possède la plus grande ludothèque, mais elle représente une époque durant laquelle les constructeurs osaient encore proposer des machines complètement différentes.
Son design, ses grandes cartouches et son immense manette équipée d’un pavé numérique lui donnent une véritable personnalité. Il suffit de la poser à côté d’une Mega Drive, d’une Super Nintendo ou d’une PlayStation pour comprendre qu’Atari voulait créer quelque chose d’unique.
Lorsque je pense à la Jaguar, je pense immédiatement à Tempest 2000, Alien vs. Predator, Rayman, Doom et Iron Soldier. Ces jeux montrent que la machine avait de réelles qualités malgré son échec commercial.
La Jaguar me rappelle également qu’une console ne doit pas forcément connaître un immense succès pour devenir intéressante. Ses défauts, ses projets abandonnés, son architecture compliquée et son histoire mouvementée participent aujourd’hui à son charme.
À mes yeux, elle représente l’une des dernières grandes tentatives d’Atari pour retrouver sa place dans l’industrie du jeu vidéo. Elle n’a pas gagné la bataille, mais elle a laissé une trace unique dans l’histoire des consoles.
Astuce de Marco Retro-Gaming
Une Atari Jaguar ne s’allume normalement pas si aucune cartouche n’est insérée. Si vous appuyez sur le bouton d’alimentation sans jeu et que le voyant reste éteint, cela ne signifie donc pas forcément que la console est en panne.
Avant d’insérer une cartouche, éteignez toujours la Jaguar et débranchez-la. Si un jeu affiche un écran noir, nettoyez délicatement les contacts de la cartouche avec de l’alcool isopropylique et laissez-les sécher complètement avant de faire un nouvel essai.
Évitez de souffler dans les cartouches. L’humidité peut provoquer de l’oxydation sur les contacts avec le temps.
Vérifiez également soigneusement l’alimentation utilisée. La Jaguar demande une alimentation possédant la bonne tension et surtout la bonne polarité. Une alimentation inadaptée peut endommager définitivement la console.
Pour obtenir une meilleure image sur un téléviseur moderne, privilégiez un câble RGB de bonne qualité accompagné d’un convertisseur adapté. Sur un téléviseur cathodique, la Jaguar offre généralement une image plus naturelle et plus proche de celle de l’époque
Conclusion
Avec la Jaguar, Atari voulait revenir au premier plan et prendre de l’avance sur toute l’industrie. Son architecture ambitieuse, son bus 64 bits, ses puces Tom et Jerry et sa communication agressive donnaient l’impression qu’un nouveau géant était prêt à dévorer la concurrence.
Malheureusement, la complexité de la machine, le manque de jeux, le faible soutien des éditeurs et l’arrivée de la PlayStation et de la Saturn empêchent la Jaguar de rencontrer son public. Environ 125 000 consoles sont vendues jusqu’à la fin de l’année 1995, un résultat très éloigné des ambitions d’Atari.
Mais la Jaguar ne mérite pas d’être résumée à son échec. Tempest 2000, Alien vs. Predator, Rayman, Doom et Iron Soldier montrent qu’elle pouvait proposer d’excellentes expériences. Sa manette originale, son Jaguar CD et ses nombreux projets abandonnés renforcent encore sa légende.
Plus de trente ans après sa sortie, la Jaguar reste une console fascinante, rare et recherchée. Elle symbolise la dernière grande offensive d’Atari sur le marché des consoles de salon.
Elle n’a peut-être pas dévoré la concurrence, mais elle continue encore aujourd’hui de faire rugir la passion des collectionneurs.
DO THE MATH !!!!