Gamescom - PREVIEW - Apothecurse, l'alchimie parfaite entre frissons lovecraftiens et dessins animés irrévérencieux + INTERVIEW

Publié le 11 septembre 2026 à 11:44

Notre rédaction a pu poser les mains sur l’une des pépites indépendantes les plus intrigantes de la Gamescom : Apothecurse. Entre ambiance réconfortante, humour noir à la sauce Adult Swim et horreur tentaculaire, ce titre prévu sur Steam a tout pour marquer les esprits. Après avoir échangé longuement avec l'équipe de développement et terminé la démo, voici notre portrait complet d'un jeu qui refuse les compromis.

Si vous pensiez que les jeux dits "cozy" (réconfortants) étaient incompatibles avec les abominations indicibles de H.P. Lovecraft, le studio derrière Apothecurse est sur le point de vous prouver le contraire. Dans les allées bruyantes de la Gamescom, leur stand attire l'œil avec une promesse forte, affichée fièrement : "100 % dessiné et animé à la main, 0 % d'IA". Une véritable déclaration d'intention dans une industrie en pleine mutation.


Une patte graphique unique : le charme de l'étrange

La direction artistique d'Apothecurse frappe par son originalité. Elle puise ses racines dans les dessins animés des années 30 tout en embrassant l'irrévérence des productions modernes pour adultes. « Je ne sais pas si j'ai vraiment trouvé l'équilibre, » confie l'un des artistes du jeu avec humilité. « J'aime beaucoup les séries d'animation sombres, effrayantes et amusantes. J'ai passé beaucoup de temps à regarder ces émissions pendant que je créais le jeu. À chaque fois que je conçois quelque chose, je me dis : "Ok, qu'est-ce que je peux ajouter qui le rendrait plus bizarre, plus sombre et que j'aimerais voir à l'écran ?" »

Ce choix de l'animation traditionnelle exige un effort colossal. L'équipe avoue être passée par de nombreuses itérations lors du prototypage. D'ailleurs, Leon, le protagoniste, était initialement plus jeune. Les développeurs l'ont fait vieillir pour lui donner un côté plus « dur à cuire », ce qui a permis d'affiner l'identité visuelle du titre. Leur but ? Prouver que le dessin à la main peut atteindre dans le jeu vidéo le même niveau d'excellence que dans les séries télévisées à succès.

Mais cette esthétique sert avant tout une mécanique émotionnelle vicieuse : la fausse sécurité. « Nous voulions attirer le public des "cozy gamers" qui aiment ce qui est mignon et excentrique, mais aussi le public qui aime l'horreur lovecraftienne, » explique le développeur. « Nous voulions désarmer les joueurs pour qu'ils se sentent détendus et se disent : "Ouais, c'est vraiment marrant". Et puis, quand quelque chose de plus effrayant et sombre se produit, cela crée un excellent contraste. »


Un gameplay d'alchimiste : de la puissance, oui, mais à quel prix ?

Manette en main, j'ai pu découvrir le cœur du gameplay : un système de fabrication de potions ingénieux, régi par des mini-jeux pour déterminer leur puissance. Leon, l'apprenti alchimiste que l'on incarne, n'est pas un super-héros invulnérable. C'est là qu'entrent en jeu les fameux "ingrédients maudits".

Introduits plus tard dans l'aventure, lorsque le joueur commence à se sentir en confiance, ces ingrédients (souvent gluants et luisants) offrent une puissance dévastatrice, mais exigent un sacrifice. « L'idée des ingrédients maudits nous est venue de l'envie de donner au joueur un sentiment de puissance, » détaille l'équipe. « Mais s'ils veulent utiliser quelque chose de puissant, il y a un petit sacrifice à faire. S'ils veulent mettre le feu au sol, ils devront faire attention car cela pourrait aussi les blesser. » Le joueur se retrouve ainsi constamment sur le fil du rasoir, à jongler avec des fioles aussi dangereuses pour ses ennemis que pour lui-même.

Mais là où Apothecurse brille particulièrement, c'est dans son refus de limiter les potions aux simples combats. Les développeurs ont conçu leur monde comme un grand terrain d'expérimentation. « Les boss ne sont pas juste des ennemis avec une grosse barre de vie ; ce sont des puzzles en eux-mêmes, » s'enthousiasme le créateur. Le jeu récompense l'observation : « Vous devez parcourir votre arsenal et vous dire : "Oh ok, il y a de la vapeur qui sort de ce tuyau. Je me demande si, avec ma potion de glace, je peux la geler. Oh, ça redirige la vapeur et les tentacules se rétractent !" » Qu'il s'agisse de geler une cascade ou de brûler des branchages, l'exploration est viscéralement liée à votre sacoche d'alchimiste.


Les sombres secrets de Port Gelder : Écologie et lutte des classes

Si l'enrobage est coloré, le récit est d'une profondeur surprenante. Leon porte le fardeau d'une malédiction familiale. Banni à cause des expériences ratées de son grand-père, il étudie l'alchimie interdite à l'académie avant d'être envoyé à Port Gelder, une ville côtière rongée par une maladie transformant ses habitants en monstres-poissons.

Cependant, le surnaturel n'est pas le seul fléau de la ville. Le jeu tisse une toile de fond très politique. Le maire local, tyrannique, extorque les ressources et assomme les habitants de taxes. « Il y a des militants qui disent : "Nous sommes pêcheurs ici depuis des années. Il y a moins de poissons, nous devons gagner notre vie", et pendant ce temps, le maire prend toutes les taxes, » raconte le développeur.

Inspirée par les alertes des pêcheurs du début des années 1800 concernant la baisse des réserves de poissons, l'histoire aborde la surpêche, le changement climatique et les droits des travailleurs. « L'océan riposte, » résume le studio, tout en précisant vouloir éviter le ton moralisateur. Pour découvrir toute la richesse de ce lore, le joueur devra discuter avec les habitants et accomplir des quêtes secondaires avant qu'ils ne mutent de façon irréversible. Bien que la narration principale soit linéaire (sans fins multiples), l'implication du joueur définit l'épaisseur du monde qu'il parcourt.

 


L'avis du rédacteur

Ayant pu tester la démo dans le bruit ambiant du salon, je dois admettre que la formule fonctionne à merveille. Lors de sa première apparition publique au Frosty Games Fest en juin dernier, le jeu avait reçu des retours unanimes sur sa beauté, mais certains "cozy gamers" avaient trouvé les mini-jeux d'alchimie trop punitifs, exigeant des réflexes trop rapides.

Le studio a su ravaler sa fierté et écouter sa communauté. La version présentée aujourd'hui à la Gamescom est brillamment équilibrée. Comme me l'a confié l'équipe : « La version présentée est un peu plus accessible. Elle accompagne davantage le joueur au début pour qu'il maîtrise les mécaniques fondamentales avant que les choses ne deviennent plus effrayantes et difficiles. » Ce hand-holding (accompagnement) initial est parfaitement dosé, permettant de s'immerger sans frustration avant que le jeu ne révèle sa vraie nature, plus sombre et exigeante. Preuve de cet engouement narratif : la quasi-totalité des joueurs ayant lancé la démo de juin l'ont terminée d'une traite.

Pour poser définitivement les mains sur le grimoire de Leon, il faudra s'armer d'un peu de patience. Le studio vise une sortie pour le 2ème ou 3ème trimestre 2027. Le jeu sortira sur PC (via Steam) avec la promesse d'être entièrement optimisé et "Vérifié" pour le Steam Deck dès le premier jour.

Quant aux joueurs consoles, l'espoir est de mise. L'équipe espère trouver un éditeur partenaire d'ici la fin de l'année ou début 2027 pour assurer un lancement simultané sur Nintendo Switch, Xbox et PlayStation. Si ce partenariat ne se concrétise pas, ils opteront pour l'autoédition sur PC dans un premier temps, avec des portages consoles envisagés si le succès commercial est au rendez-vous.

Au vu du potentiel de la démo, du soin apporté à chaque trait de crayon et de la richesse de l'univers de Port Gelder, l'avenir d'Apothecurse s'annonce radieux. Un jeu à ajouter dans votre liste de souhaits Steam.

Par Erodi Shijin