Un film à petit budget et gros succès
À l’origine, le réalisateur avait écrit une histoire centrée sur un couple obsédé l’un par l’autre. Après avoir vu un épisode des Simpsons, il a toutefois repensé son concept afin d’y intégrer l’idée d’un vœu grâce à un objet ésotérique.
Le film s’inspire des angoisses personnelles de Curry Barker : l’amour, la difficulté d’exprimer ses sentiments et la peur du rejet.
Tout commence avec le court métrage The Chair, diffusé par Barker sur sa chaîne YouTube. Repéré par le producteur James Harris, de Tea Shop Productions, il se voit proposer d’en faire un long métrage. Il en profite alors pour lui soumettre le scénario d’Obsession, qu’il avait déjà finalisé.
Il signe rapidement avec l’agence Endeavor et reçoit une première offre d’un million de dollars, suivie d’une seconde de deux millions. Il les refuse cependant, car le scénario aurait été modifié et Bear serait devenu un héros.
Obsession, écrit et réalisé par Curry Barker, est un film d'horreur psychologique sorti le 13 mai 2026 en France, après une première sortie aux États-Unis en 2025. Il s'agit du deuxième long métrage du réalisateur, mais de son premier film distribué en salles.
Malgré un budget modeste d'environ 750 000 dollars, le film rencontre un immense succès dès sa sortie, enregistrant plus de 1,7 million d'entrées en France et 263 millions de dollars de recettes en Amérique du Nord. Il devient ainsi le film original le plus rentable des années 2020. Acclamé par la critique, Obsession séduit par la maîtrise et l'efficacité de sa proposition.
Le film reçoit également plusieurs distinctions, dont le prix du Meilleur film d'horreur aux Astra Midseason Movie Awards ainsi que le Prix du jury au Festival international du film fantastique de Catalogne.
Le tournage, qui s’étend sur 26 jours, débute à Los Angeles après plusieurs semaines de préparation. Barker et Clemons Taylor, directeur de la photographie, optent pour un cadrage centré et laissent volontairement davantage d’espace au-dessus des personnages afin d’instaurer une sensation de malaise à l’écran. Les scènes se déroulant dans la maison de Bear sont tournées dans une villa aménagée pour le film en seulement quelques jours. D’autres séquences sont réalisées dans des lieux réels, notamment la boutique de musique Cassell’s Music — qui fermera ses portes un an après le tournage. Le rôle du dirigeant avait d’abord été proposé au propriétaire de la boutique, mais celui-ci l’a refusé en raison de ses convictions religieuses. Le film investit également la boutique Green Man, le Roguelike Tavern et la pizzeria Little Toni’s. Quant aux scènes en voiture, elles sont tournées en studio, avec des décors LED utilisés pour les plans extérieurs. Anecdote plus tragique : la maison ayant accueilli la scène de la fête a été détruite par les incendies de Los Angeles en 2025.
Une atmosphère sombre et oppressante
Bear (Michael Johnston) est un jeune homme introverti, secrètement amoureux depuis longtemps de Nikki (Inde Navarrette), sa collègue et amie. Incapable de lui avouer ses sentiments et frustré par cet amour à sens unique, il utilise un mystérieux objet appelé « One Wish Willow » pour faire le vœu que Nikki tombe amoureuse de lui et l'aime plus que tout au monde.
Son vœu se réalise, mais Nikki devient bientôt folle de lui, au point d'en être obsédée. Ce qui semblait être un rêve devient alors un véritable cauchemar.
On remarque également que l’éclairage demeure tamisé et que l’obscurité, omniprésente tout au long du film, instaure une atmosphère oppressante et inquiétante. Les visages se fondent dans la pénombre, soulignant l’inaccessibilité des personnages et la part sombre qui les habite.
Une lueur concentrée dans leurs yeux leur confère un éclat reptilien, renforçant le caractère troublant de leurs regards. Leurs silhouettes, dessinées par des projecteurs braqués sur les contours des protagonistes, qui se détachent alors de l’obscurité.
Ce film met en scène quatre personnages principaux. Bear Bailey (Michael Johnston) est un jeune homme introverti, secrètement amoureux de Nikki, sa collègue et amie. Nikki Freeman (Inde Navarrette), l'objet du désir de Bear, jeune fille indépendante qui rêve d'écrire. Ian (Cooper Tomlinson) et Sarah Harper (Megan Lawless), deux de leurs amis, gravitent également autour de ce couple.
Quelques personnages secondaires complètent cette galerie, notamment le gérant de la boutique de musique, les amis du groupe et les vendeurs de la boutique ésotérique.
Le nombre restreint de lieux et de personnages permet au récit de conserver un rythme soutenu, sans temps mort, et d'enchaîner les scènes avec fluidité.
Quand un amour devient mortel
Tout au long du film, Nikki se transforme peu à peu. Elle perd progressivement sa personnalité et développe une obsession pour Bear. Quelques instants de lucidité laissent toutefois entrevoir sa véritable nature : elle ressurgit, appelle à l'aide, avant d'être à nouveau effacée par cette version de Nikki, dépendante et démoniaque.
Sarah, quant à elle, est secrètement amoureuse de Bear. Elle tente de le lui faire comprendre, mais il ne s'en aperçoit pas, tant son obsession pour Nikki l'aveugle.
Obsession explore la complexité des relations humaines et la peur du rejet. En formulant son souhait, Bear contraint Nikki à l'aimer, sans jamais tenir compte de son consentement. Lors de ses rares moments de lucidité, Nikki tente à plusieurs reprises d'appeler à l'aide et de faire comprendre qu'elle n'a jamais voulu de cette situation.
Dans ce film, nous assistons à une rencontre dans le monde réel, loin du virtuel et des réseaux sociaux. Il raconte une histoire d'amour à sens unique : Bear, amoureux et timide, idolâtre Nikki tout en se persuadant qu'il n'a aucune chance auprès d'elle. Une situation dans laquelle beaucoup d'entre nous peuvent se reconnaître.
Ici, les réseaux sociaux n'ont pas leur place : tout se joue dans la réalité, jusqu'à ce que l'ésotérisme entre en scène. D'abord sceptique quant à l'efficacité de l'objet censé exaucer les souhaits, Bear commence à douter lorsque Nikki tombe amoureuse de lui.
Au début, Bear semble satisfait de cette relation « forcée » et préfère nier la réalité plutôt que d’admettre que Nikki est possédée et qu’elle n’est plus réellement elle-même. Cette situation révèle une forme de domination : son propre désir prend le pas sur la liberté et l’autonomie de Nikki. On peut ainsi y voir les mécanismes d’une relation toxique, marquée par une emprise psychologique.
Bear cherche à modifier la réalité pour obtenir ce qu’il veut, plutôt qu’à construire une véritable histoire avec elle. Son manque de confiance en lui est tel qu’il recherche avant tout la reconnaissance et l’estime de soi à travers Nikki, au lieu de la considérer pour ce qu’elle est réellement.
Toujours se méfier de ce que l'on souhaite
Au sein du groupe d'amis formé par Bear, Ian, Sarah et Nikki, les relations se révèlent parfois ambiguës. Ian et Sarah ne comprennent ni le lien qui unit Bear et Nikki, ni le changement d'attitude de cette dernière. Ils vont même jusqu'à soupçonner Nikki de manipulation, alors qu'il s'agit en réalité de magie. Par ailleurs, les véritables intentions de ces deux personnages ne nous paraissent pas toujours très claires.
De son côté, Bear ne parvient pas à distinguer l'amour de la possession. Plutôt que d'accepter le rejet de Nikki, il choisit d'utiliser la magie pour modifier les sentiments qu'elle éprouve à son égard. Son profond caractère introverti l'amène d'abord à se satisfaire d'une relation artificielle, dépourvue d'amour véritable de la part de Nikki, tant que ses propres sentiments trouvent une forme de réponse. Ce faisant, il ne respecte ni le libre arbitre de Nikki ni sa propre personnalité.
Bear est en réalité un être lâche, qui rejette constamment la faute sur les autres. Il n'assume pas les erreurs qu'il commet. Il est certes malheureux de ne pas parvenir à exprimer ses sentiments ni à faire preuve de davantage d'assurance.
D'ailleurs, la fin du film illustre une fois de plus cette lâcheté : il préfère fuir plutôt que d'affronter la situation. Il laisse ainsi Nikki assumer les conséquences d'une situation qu'il a lui-même provoquée. Au fil du film, on observe néanmoins l'évolution de Bear. Ce personnage nous montre ses défauts et finalement passe pour le méchant qui a déclenché toute cette folie.
Ce film repose sur la proximité physique des personnages, jusqu'à faire disparaître tout espace personnel : Nikki est constamment auprès de Bear. Cette présence envahissante instaure une atmosphère horrifique sans recourir aux effets spéciaux ni au gore. Il n'y a ici ni monstre, ni vampire, ni zombie, seulement une angoisse née de cette proximité étouffante. Nikki surgit soudainement, toujours près de Bear, l'observant, se déplaçant avec rapidité et de manière désarticulée.
Le surnom de Bear évoque un personnage maladroit, réservé et pataud, incapable d'assumer les conséquences de ses actes. Cela se manifeste dès le début du film, lorsqu'il retrouve son chat, Sandy. Il se demande comment et pourquoi elle a avalé les médicaments, alors que c'est lui qui ne les a pas rangés à leur place.
Il en va de même pour le sortilège : Bear reproche à Nikki son comportement sans jamais interroger le sien. Il ne se remet pas en question et lui demande sans cesse pourquoi elle a fait cela. À aucun moment, il n'envisage que la faute puisse lui incomber.
Verdict : un des meilleurs films d'horreur de ces derniers temps
Obsession est un film d’horreur psychologique qui mise avant tout sur une atmosphère oppressante plutôt que sur les effets spéciaux. Jeux de lumière, éclairages soignés et bande sonore participent pleinement au malaise qui s’installe peu à peu tout au long du récit.
Pendant 1 h 49, le film maintient le spectateur en haleine et distille quelques sursauts savamment dosés. La prestation d’Inde Navarrette, dans le rôle de Nikki, est particulièrement remarquable et a d’ailleurs été saluée par la critique. Lorsqu’elle est possédée, ses grimaces, ses mimiques troublantes et ses mouvements, tantôt saccadés, tantôt fulgurants, lui confèrent une présence presque irréelle, telle une ombre. Elle impressionne également par sa beauté naturelle et l’intensité de son regard.
Le film aborde aussi, de manière indirecte, la question de l’érotomanie : un trouble dans lequel une personne est persuadée d’être aimée par une autre, alors que cet amour n’est pas réciproque. Cette conviction peut parfois mener au harcèlement, voire à la violence.
De nombreux thèmes sont ainsi explorés, permettant à chacun de se reconnaître dans certaines situations ou d’y retrouver un écho de son propre vécu. Une nouvelle génération de cinéastes, révélée sur des plateformes comme YouTube, rencontre aujourd’hui un véritable succès dès ses premiers projets, à l’image de Kane Parsons et de son troublant Backrooms. Cette décennie voit émerger des talents capables de proposer des œuvres marquantes, notamment en cette année 2026. La génération Z aborde, à travers ses films, des thématiques propres à notre époque, dans laquelle les relations humaines et amoureuses se révèlent toujours plus complexes. Curry Barker s’inscrit dans cette génération et s’est inspiré de ses expériences, comme de ses propres failles, pour écrire et réaliser ce film.
Né en 1999, ce jeune réalisateur devrait encore nous réserver de belles surprises. Son talent s’exprime déjà pleinement dans ce film à petit budget qui, en quelques mois, est devenu l’un des longs métrages les plus remarqués, tant pour ses entrées que pour l’accueil enthousiaste du public et des professionnels, sans oublier les récompenses qu’il a obtenues.
Si vous avez envie de frissonner tout en restant en haleine, allez voir Obsession. Vous réfléchirez peut-être à deux fois avant de faire un vœu... et vous vous méfierez des garçons trop gentils !
Par Nékomé