La Mouche, horreur ou science fiction ? (Nékomé)

Publié le 8 septembre 2026 à 03:31

Un réalisateur et un acteur principal de second choix

 

 

 À l'origine, la 20th Century Fox avait proposé à un jeune Tim Burton de réaliser ce film. Malheureusement, Burton, alors en contrat avec Disney, n'était pas disponible.

Michael Keaton avait été envisagé pour le rôle de Seth Brundle, mais il a décliné l'offre. C'est finalement Jeff Goldblum qui a été sélectionné pour ce personnage emblématique. Sa compagne de l'époque, Geena Davis, a partagé l'écran avec lui dans le rôle de Veronica Quaife. Le réalisateur David Cronenberg leur a même demandé de puiser dans leur propre relation pour enrichir leur interprétation à l'écran.

 

Jeff Goldblum a d u supporter près de cinq heures de maquillage et de pose de prothèses chaque jour. Le travail exceptionnel de Chris Walas et Stephan Dupuis leur a d'ailleurs valu l'Oscar du meilleur maquillage.

Le tournage a eu lieu à Kleinburg, en Ontario, ainsi qu'à Toronto, au Canada.

"La Mouche" (The Fly), est un film de science-fiction horrifique britanno-américano-canadien, sorti en 1986. Réalisé par David Cronenberg, le film est une adaptation de la nouvelle de George Langelaan. Cette œuvre avait déjà été portée à l'écran en 1958 par Kurt Neumann, sous le titre "La Mouche noire". De plus, on peut y déceler une possible inspiration tirée de "La Métamorphose" de Franz Kafka.

 

Le film reçoit à sa sortie des critiques positives. Il rapporte plus de 60 millions de dollars au box-office, devenant un véritable succès commercial. En France, il a enregistré 2 119 496 entrées.

Une suite, réalisée par Chris Walas, sortie en 1989,  met en scène Martin, le fils de Seth.

Une scénario de science-fiction en huit clos

 

 

Seth Brundle, un scientifique brillant, solitaire et timide, confie à Veronica Quaife, une journaliste qu'il a rencontrée lors d'une réception, qu'il a développé une invention révolutionnaire : un téléporteur. Il l'invite dans son laboratoire pour lui montrer sa découverte et lui demande de suivre l'avancée de ses expériences. Au fil du temps, ils se rapprochent et tombent amoureux.

Encouragé par le succès de ses tests sur un singe, Seth décide de se téléporter lui-même. La téléportation fonctionne, mais une mouche s'introduit dans l'appareil et fusionne avec lui.

S'en suit alors une métamorphose à la fois physique et mentale.

 

 

 

Le personnage de Seth souffre de mal des transports, ce qui le pousse à inventer un transporteur pour résoudre ce problème fondamental.

L'intrigue principale du film se déroule dans un hangar qui sert à la fois de laboratoire et de domicile pour Seth. Nous le découvrirons sous différents angles, alors qu'il se transforme en grimpant au plafond, en accédant au toit, à la chambre, à la salle de bain, ainsi qu'aux espaces de vie tels que les couloirs et les escaliers.

Bien que quelques scènes se déroulent dans l'appartement de Véronica, elles ne sont jamais présentées en détail, tout comme celles du bureau de Stathis Borans, son rédacteur en chef.

 

 

Des thèmes de l'époque sous-entendus

 

Dans ce film, nous sommes témoins des problèmatique de l'Amérique des années 1980 : l'émergence d'une nouvelle maladie (le SIDA), la dépendance aux drogues (notamment l'effet de la cocaïne et des amphétamines ainsi que la question de l'avortement.

Au début de sa transformation, Seth évoque la maladie qui envahit et détruit progressivement son corps. Il observe avec horreur sa dégradation physique, allant jusqu'à conserver des morceaux de lui-même dans l'armoire de sa salle de bain. Cela précède la découverte de la véritable cause de sa détérioration. Par ailleurs, le film met en lumière la fragilité du couple face à cette dégradation causée par la maladie.

Le sucre est présenté comme une drogue aux effets stimulants. Une scène marquante le montre en train de remplir son café de sucre blanc, une image qui évoque la dépendance.

Enfin, le thème de l'avortement est abordé à la fin du film, lorsque la décision est prise de ne pas conserver l'embryon, potentiellement contaminé.

 

 

Une part et un instinct animal en nous

 

Au début de sa métamorphose, il découvre les sensations de sa super force, de sa légèreté et de sa souplesse, des expériences qu'il n'avait jamais connues auparavant.

Cependant, l'animalité commence à contaminer son esprit. On le voit lutter contre cet instinct insectoïde dans une tentative de préserver une part de son humanité, notamment à travers son amour pour Véronica. Il le reconnaît lui-même lorsqu'il réalise que la bataille est perdue : "Je suis un insecte qui rêve d'avoir été un homme et qui appréciait cela... Mais ce rêve est désormais terminé. L'insecte s'est réveillé."

 

 

 

Ce film des années 80 se distingue par l'absence totale d'effets spéciaux en 3D. Tout a été réalisé manuellement, avec des effets pratiques dirigés par Walas, qui a d'ailleurs remporté l'Oscar du meilleur maquillage.

Les effets illustrent une transformation organique et progressive en sept étapes, utilisant des prothèses en mousse de latex, des vessies gonflables dissimulées sous la peau, ainsi que des fluides corporels visqueux à base de lait et de miel.

Certaines scènes où les fluides giclent rappellent le film Braindead, sorti en 1992, tout comme les scènes où des organes tombent, qui sont presque identiques !

 

Verdict : un film mémorable précurseur et symbolique

 

 

Au départ, "La Mouche" a rencontré quelques obstacles, notamment le choix du réalisateur. David Cronenberg a pris la relève de Tim Burton, qui n'était pas disponible. De plus, Jeff Goldblum a été choisi pour le rôle principal à la place de Michael Keaton, qui a décliné l'offre. Finalement, ces contretemps se sont révélés bénéfiques, propulsant le film vers un succès retentissant !

Il est surprenant de voir Jeff Goldblum, âgé de 33 ans et mesurant 1m95, avec son physique athlétique, alors que notre génération le connaît surtout pour son rôle emblématique dans Jurassic Park. Un clin d'œil amusant : Geena Davis a joué dans Beetlejuice de Tim Burton deux ans plus tard, alors que ce dernier avait initialement décliné "La Mouche".

Bien que le film présente quelques incohérences, comme des expériences simplistes avec un robot d'analyse qui semblent désuètes aujourd'hui, et des effets spéciaux parfois exagérés, ainsi que des dialogues un peu naïfs, il n'en demeure pas moins un classique du genre science-fiction horrifique.

Le film explore la déviation que peuvent engendrer des expériences scientifiques poussées à l'extrême, illustrant le désir de l'Homme de franchir des limites. On assiste à la transformation d'un homme gentil, timide et brillant, qui se laisse peu à peu contaminer par des instincts insectoïdes. L'une des scènes finales est particulièrement poignante, révélant un sursaut d'humanité envers l'amour de sa vie. Malgré son apparence terrifiante, on perçoit la dernière étincelle de Seth.

Malgré l'horreur qui imprègne ce film, les deux personnages principaux sont touchants et émouvants, séparés au final par une mouche. On observe la dégradation progressive de leur relation, impuissants l'un et l'autre à y remédier. David Cronenberg a habilement mêlé tous ces éléments pour créer un film qui ne laisse personne indifférent.

 

Par Nékomé 

 


Note Nékomé