Katsushi Murakami : disparition d’un homme de l’ombre qui a marqué Saint Seiya ( Par Marco RetroGaming )

Publié le 12 août 2026 à 13:33

Il existe des noms immédiatement associés à Saint Seiya. Masami Kurumada, évidemment, créateur du manga. Les fans connaissent également les artistes et animateurs qui ont façonné l’identité de la série télévisée. Mais derrière le phénomène des Chevaliers du Zodiaque se cachent aussi des hommes beaucoup moins connus du grand public, dont le travail a pourtant participé à transformer la série en véritable phénomène culturel.

Katsushi Murakami était l’un d’eux.

Designer industriel japonais étroitement associé à Bandai et à l'univers du jouet, Murakami appartient à cette génération de créateurs qui ont compris très tôt qu'un héros pouvait dépasser l'écran ou les pages d'un manga pour devenir un objet que les enfants pourraient tenir entre leurs mains.

Selon plusieurs informations relayées durant l'été 2026, Katsushi Murakami serait décédé le 20 juillet 2026, à l'âge de 83 ans. Au moment où nous écrivons ces lignes, les sources primaires facilement accessibles permettant de confirmer précisément les circonstances de sa disparition restent cependant limitées. Petit Gameur Magazine préfère donc conserver cette prudence concernant l'annonce elle-même.

Une chose, en revanche, ne fait guère de doute : son empreinte sur la culture populaire japonaise et sur le merchandising associé aux grandes licences de son époque est considérable.

Et pour les amateurs de Saint Seiya, son histoire mérite vraiment d'être racontée.


Saint Seiya : quand le jouet rencontre l'animation

Lorsque Saint Seiya arrive à la télévision japonaise en 1986, son concept possède quelque chose d'extraordinairement adapté au monde du jouet.

Des combattants.

Des armures.

Des constellations.

Des pièces pouvant être retirées, assemblées et transformées.

Et surtout cette idée géniale : les Cloths peuvent être portées par les héros, mais également prendre une autre forme lorsqu'elles ne sont pas utilisées.

Sur le papier, l'univers imaginé par Masami Kurumada possédait donc déjà un potentiel énorme.

Mais passer du dessin au véritable objet constituait un défi industriel totalement différent.

Il fallait déterminer quelles parties pourraient être fabriquées, comment les armures pourraient tenir sur les personnages, comment conserver une apparence suffisamment proche de l'animation tout en créant quelque chose de solide et surtout comment rendre l'ensemble spectaculaire dans les mains d'un enfant.

C'est précisément à cet endroit que des designers comme Katsushi Murakami prenaient toute leur importance.


Des armures pensées aussi pour devenir de véritables objets

L'une des particularités historiques de Saint Seiya réside dans le lien particulièrement étroit entre son esthétique animée et les jouets commercialisés autour de la série.

Les armures devaient évidemment être impressionnantes à l'écran.

Mais elles devaient également pouvoir exister physiquement.

Les premières figurines Saint Seiya de Bandai allaient ainsi devenir indissociables du souvenir que toute une génération conserve des Chevaliers du Zodiaque.

Un personnage relativement articulé, une armure composée de multiples éléments et surtout l'utilisation de pièces métalliques donnaient à ces jouets une sensation totalement différente de nombreuses figurines traditionnelles.

Pour beaucoup d'enfants des années 1980 et 1990, ouvrir une boîte Saint Seiya constituait presque un rituel.

Il fallait sortir le personnage.

Identifier les différentes pièces.

Installer les jambières.

Les protections des bras.

Le plastron.

Les épaulières.

Puis terminer par le casque.

Petit à petit, le simple personnage devenait véritablement un Chevalier.

Cette sensation de « construire » son héros faisait partie intégrante de la magie.


Quand Bandai participe indirectement à l'apparence de l'anime

C'est probablement l'un des aspects les plus intéressants de l'histoire.

Aujourd'hui, nous imaginons souvent un fonctionnement très simple : un manga existe, un studio l'adapte en dessin animé et un fabricant reproduit ensuite les personnages sous forme de jouets.

Dans les grandes productions japonaises des années 1980, les interactions pouvaient être beaucoup plus complexes.

L'adaptation télévisée devait également tenir compte des impératifs commerciaux entourant le programme.

Les Cloths de Saint Seiya allaient ainsi devenir un élément absolument central de l'identité visuelle de l'anime.

Le résultat est aujourd'hui immédiatement reconnaissable.

Prenez simplement Seiya dans son armure de Pégase.

Même une personne n'ayant pas regardé Saint Seiya depuis trente ans peut souvent reconnaître instantanément sa silhouette.

C'est la preuve de la puissance de ce design.


Les Chevaliers d'Acier : l'exemple parfait

Et puis il y a probablement le cas qui intéressera le plus les passionnés : les Chevaliers d'Acier, ou Steel Saints.

Shô, Daichi et Ushio occupent une place très particulière dans Saint Seiya.

Contrairement aux Saints traditionnels, leurs armures ne sont pas des Cloths mythologiques obtenues grâce au Cosmos. Il s'agit d'armures mécaniques et technologiques.

Les trois personnages apparaissent dans l'adaptation animée et n'appartiennent pas au manga original de Masami Kurumada.

Ils constituent donc l'un des exemples les plus évidents de créations propres à l'univers télévisé et commercial entourant Saint Seiya.

Leurs armures sont volontairement beaucoup plus mécaniques.

Le rouge de Shô, l'orange et le blanc de Daichi ou encore le bleu d'Ushio donnent immédiatement l'impression d'être face à des équipements technologiques.

Ils détonnent presque dans un univers dominé par la mythologie grecque.

Et c'est justement ce qui les rend fascinants.


Shô, Daichi et Ushio : trois héros longtemps controversés

Pour les enfants découvrant la série à l'époque, les Chevaliers d'Acier pouvaient sembler parfaitement naturels.

Mais en grandissant et en découvrant le manga original, beaucoup de fans ont réalisé qu'ils n'existaient tout simplement pas dans l'œuvre initiale.

Ils sont devenus l'un des symboles des libertés prises par l'adaptation télévisée.

Certains fans les adorent.

D'autres auraient préféré qu'ils n'existent jamais.

Mais plus de quarante ans après la naissance de Saint Seiya, nous parlons toujours d'eux.

Et cela démontre finalement que leur design a réussi quelque chose d'essentiel : rester dans les mémoires.

Bandai a d'ailleurs continué à exploiter leur image bien des années plus tard, notamment à travers les gammes de collection modernes consacrées à Saint Seiya.


Sans les jouets, Saint Seiya aurait-il connu le même destin ?

Voilà une question particulièrement intéressante.

Saint Seiya aurait probablement rencontré le succès sans ses figurines.

Mais serait-il devenu exactement le même phénomène ?

C'est beaucoup moins certain.

Pour une génération entière, Saint Seiya n'était pas uniquement le dessin animé regardé à la télévision.

C'était également ce que l'on retrouvait dans les magasins de jouets.

C'étaient les boîtes Bandai.

Les armures métalliques.

Les personnages que l'on faisait combattre sur le tapis du salon.

Les pièces minuscules que l'on finissait inévitablement par perdre derrière un meuble.

Et parfois cette fameuse armure qu'il fallait demander aux parents pendant plusieurs semaines avant Noël ou son anniversaire.

Le jouet prolongeait la série au-delà de l'écran.

Lorsque l'épisode était terminé, l'aventure continuait dans la chambre.


Des jouets devenus aujourd'hui des objets de collection

L'histoire a d'ailleurs offert une magnifique revanche à ces figurines.

Ce qui était initialement destiné aux enfants est aujourd'hui collectionné précieusement par des adultes.

Certaines figurines vintage Saint Seiya en boîte peuvent atteindre des sommes importantes selon leur état, leur édition et leur rareté.

Et surtout, Bandai n'a jamais réellement abandonné le concept.

Les gammes Saint Cloth Myth, puis Saint Cloth Myth EX, ont repris le principe fondamental qui avait participé au succès des jouets historiques : proposer un personnage accompagné d'une véritable armure composée de nombreuses pièces.

La technologie a changé.

Les articulations ont évolué.

Les visages sont infiniment plus fidèles.

Les proportions sont différentes.

La finition s'est considérablement améliorée.

Mais l'idée reste incroyablement familière.

Bandai Spirits commercialise encore aujourd'hui de nouvelles figurines Saint Seiya. En 2026, une nouvelle version Saint Cloth Myth EX de Seiya avec sa première Bronze Cloth a notamment été annoncée pour décembre.

Quarante ans après le lancement de l'anime, le principe continue donc de vivre.


Un héritage que l'on retrouve encore dans nos vitrines

C'est peut-être finalement la meilleure façon de mesurer l'importance de Katsushi Murakami et de toute cette génération de designers.

Regardez une vitrine d'un collectionneur Saint Seiya aujourd'hui.

On y trouve parfois une figurine datant des années 1980.

À côté, une Saint Cloth Myth sortie vingt ans plus tard.

Puis une Myth Cloth EX moderne.

Les techniques de fabrication sont incomparables, mais une même idée traverse les décennies :

un personnage et son armure.

Une armure que l'on peut observer.

Manipuler.

Assembler.

Exposer.

Cette relation entre personnage, objet et transformation constitue encore aujourd'hui l'une des signatures les plus fortes de Saint Seiya.


L'homme derrière les héros

Katsushi Murakami représente également quelque chose que nous oublions facilement lorsque nous parlons de jeux vidéo, de mangas, d'animation ou de jouets.

Derrière une œuvre populaire se cachent parfois des dizaines, voire des centaines de personnes dont le nom n'apparaît jamais en énorme sur une affiche.

Nous connaissons les auteurs.

Nous connaissons les personnages.

Nous connaissons les licences.

Mais beaucoup moins les designers industriels qui ont dû résoudre des problèmes très concrets pour transformer une idée dessinée sur une feuille en objet produit à plusieurs milliers ou millions d'exemplaires.

Comment faire tenir cette épaulière ?

Comment articuler ce personnage ?

Quelle matière employer ?

Cette pièce doit-elle être métallique ou plastique ?

Comment permettre à l'enfant de retirer l'armure sans la casser ?

Comment conserver une silhouette élégante malgré toutes ces contraintes ?

C'est un véritable travail de création.


De l'enfant des années 80 au collectionneur de 2026

Il existe enfin quelque chose d'assez émouvant dans cette histoire.

Les enfants qui découvraient Saint Seiya en 1986 ont aujourd'hui souvent quarante ou cinquante ans.

Beaucoup possèdent encore leurs anciennes figurines.

D'autres ont recommencé une collection après plusieurs décennies.

Certains achètent aujourd'hui les figurines qu'ils rêvaient de posséder lorsqu'ils étaient enfants.

Et lorsqu'ils installent Seiya, Shiryu, Hyoga, Shun ou Ikki dans une vitrine, ils perpétuent sans forcément le savoir le travail réalisé par des créateurs et designers industriels plusieurs décennies auparavant.

Voilà probablement le plus bel héritage possible.


Katsushi Murakami : le nom était méconnu, son travail beaucoup moins

Katsushi Murakami ne bénéficiera probablement jamais auprès du grand public de la reconnaissance d'un Masami Kurumada.

Pourtant, son parcours rappelle combien la réussite d'une licence comme Saint Seiya dépasse largement le travail d'une seule personne.

Manga, animation, character design, musique, doublage, télévision et produits dérivés ont participé ensemble à construire le phénomène.

Et parmi ces éléments, les armures et les figurines occupent une place absolument fondamentale.

Des décennies plus tard, nous collectionnons toujours des Saints.

Nous comparons toujours leurs Cloths.

Nous recherchons toujours certaines anciennes figurines.

Bandai continue toujours d'en produire.

Et les trois Chevaliers d'Acier, pourtant absents du manga original, continuent eux aussi d'exister dans l'imaginaire des fans.

C'est peut-être cela, finalement, la meilleure démonstration de l'influence laissée par Katsushi Murakami.

Le grand public ne connaissait peut-être pas son nom. Mais des millions de personnes connaissaient son travail.

Si l'annonce de sa disparition est officiellement confirmée, Petit Gameur Magazine souhaite évidemment adresser ses pensées à sa famille, à ses proches, à ses anciens collaborateurs ainsi qu'à tous ceux qui ont grandi avec les créations auxquelles il a participé.

Merci, Monsieur Murakami.

Et que votre Cosmos continue de brûler à travers les générations.

Par Marco RetroGaming