On le sait, dans l'industrie du manga, le fan service est devenu un rouage quasi incontournable.
Son utilisation a notamment contribué à la popularité d'œuvres telles que One Piece, Fairy Tail ou encore Fire Force, et continue aujourd'hui d'alimenter les débats.
Fort heureusement, certains titres échappent à cette tendance et misent sur d’autres atouts pour captiver leur public.
Aujourd’hui, 5 seinen sont mis à l’honneur pour le prouver.
Museum (Ryosuke Tomoe) - Pika
À l'origine publié dans le magazine "Young Magazine", ce manga d'horreur suit le lieutenant Hisashi Sawamura dans la traque d'un meurtrier dont le visage est dissimulé sous un masque de grenouille. Traumatisé par un passé douloureux, il se retrouvera vite dépassé par la mission qu'il s'est confiée.
Entre ces pages, le fan service n'existe pas. L'ambiance pesante, les traits appuyés, la tension permanente et la narration aussi lourde que fluide le remplacent et nous embarquent dans l'histoire avec une aisance déconcertante.
Malgré un récit assez dur psychologiquement, il est très difficile de refermer ce manga une fois commencé.
Entre scènes sanglantes et immersion dans l'esprit d'un homme torturé, cette histoire n'est pas à mettre entre toutes les mains.
Rain Man (Yukinobu Hoshino) - Panini
Aussi passionnant que déroutant, ce manga s'inscrit sans difficulté dans la catégorie des seinen les mieux développés de l'industrie, et ce, sans fan service !
Taki Amamiya est un jeune homme discret se retrouvant forcé de travailler pour un institut de recherche parapsychologique. Très vite, une révélation aussi improbable que glaçante vient chambouler son quotidien : Taki n'a pas de cerveau. L'histoire se concentrera notamment sur le mystère lié à cette étrange découverte.
Ici, pas de combats spectaculaires ni de plans sur des personnages dénudés : c'est l'énigme qui fait vivre le récit, portée par un savant mélange d'explications pseudo-scientifiques sur les phénomènes parapsychologiques et une ambiance qui n'est pas sans rappeler la SF la plus cinématographique.
Signé Yukinobu Hoshino, grand nom du fantastique japonais (on lui doit notamment 2001 Nights Stories), Rain Man s'adresse aux lecteurs curieux, prêts à se laisser porter par une intrigue dense qui distille ses réponses au compte-goutte.
Ajin (Gamon Sakurai) - Glénat
Adapté en anime en 2016, ce manga a connu un véritable succès lors de son lancement en France en 2015. Malgré cette rapide popularité, l'auteur n'a jamais cédé à la pression du fan service. Au contraire, Ajin est resté fidèle à son univers et à son ton du tome 1 au tome 17, misant sur sa patte graphique et sa narration comme véritables forces.
Le postulat de départ, assez similaire à l'œuvre Akira proposée par Katsuhiro Otomo, nous plonge dans le quotidien d'un adolescent traqué par l'État en raison de son super-pouvoir.
En effet, Kei Nagai, lycéen lambda, découvre à la suite d'un accident qu'il est un être "quasi-immortel". Autrement dit, un Ajin. Sa vie entière se retrouvera chamboulée par cette nouvelle identité à la frontière entre celle d'un homme, d'un démon et d'une curiosité médicale.
Malgré un scénario somme toute classique dans l'univers manga, ce titre n'a rien de soft et reste dédié à un public averti.
Dès le tome 2, de nombreuses scènes de torture et autres violences apparaissent, rendant le récit parfois lourd et le style graphique dérangeant. Pourtant, ces passages ne servent pas à satisfaire des fans désireux de vivre des scènes sanglantes. Non, cette intensité narrative s'inscrit dans une volonté de l'auteur de faire monter la tension psychologique, présente tout au long de la série.
De quoi tenir en haleine les amateurs de suspense oppressant, bien loin des artifices habituels du genre.
Another (Yukito Ayatsuji) - Pika
Avant tout auteur de romans policiers reconnu, Ayatsuji n'a pas dérogé à son empreinte narrative oppressante avec cette histoire adaptée de son roman du même nom paru en 2009.
Ici, pas de combats spectaculaires, pas de super-héros aux pouvoirs invraisemblables ni de scènes glissées pour faire plaisir aux fans.
Seulement une petite ville isolée, des collégiens rongés par un drame passé et une paranoïa collective illustrant une mystérieuse malédiction.
Le moteur du récit, c'est l'enquête que mène Kōichi Sakakibara, nouvel élève de la classe 3-3 du collège de Yomiyama, pour découvrir la raison de l'ambiance pesante présente entre les murs de cet établissement.
Côté dessin, Hiro Kiyohara joue la carte de la sobriété : un trait soigné, loin du glauque ou du grand-guignolesque, qui laisse toute la place au climat oppressant du récit plutôt qu'à la démonstration graphique.
Ce manga, bien que condensé comparé à l'œuvre originale, n'en est pas moins réservé aux amateurs de thrillers psychologiques et d'ambiance horrifique.
My Home Hero (Naoki Yamakawa) - Kurokawa
Publié pour la première fois en 2017 dans le Weekly Young Magazine, My Home Hero s'impose comme une pépite du thriller psychologique, loin de tout artifice racoleur.
Tetsuo Tosu est un père de famille tout ce qu'il y a de plus banal : commercial sans éclat, passionné de romans policiers qu'il écrit lui-même sans grand succès. Mais tout bascule le jour où il découvre des traces de coups sur le visage de sa fille.
En creusant, il déterre un engrenage criminel bien plus sombre qu'il ne l'imaginait et commet l'irréparable pour protéger les siens.
Ici encore, pas de super-pouvoirs ni de retournements spectaculaires : seulement un homme ordinaire, rattrapé par ses choix, et une spirale de mensonges qui ne cesse de se resserrer.
Le trait de Masashi Asaki, froid et réaliste, colle parfaitement à cette tension permanente, sans jamais chercher à séduire par l'esthétique.
Un thriller cru, parfois violent, qui interroge davantage qu'il ne rassure, et qui n'a définitivement rien d'un divertissement familial.
Le mot de la rédactrice
Ces 5 titres n'ont pas été choisis au hasard.
Après avoir analysé ma mangathèque, redécouvert quelques séries qui traînaient au fond des étagères et m'être replongée dans des récits aussi durs que profonds, il était évident que ces seinen étaient ceux qui devaient figurer dans cet article.
Les auteurs de ces œuvres n'ont jamais cédé à la tentation d'ajouter quelques planches au potentiel viral dans le seul but de faire grimper les ventes. Au contraire, même si leurs traits graphiques ou leurs tons narratifs ont parfois été jugés trop bruts, trop lourds ou trop dérangeants pour faire de leur histoire un leader du genre, ils n'ont jamais trahi leur univers et leur lectorat cible.
Certains d'entre eux ont connu une popularité indéniable, mais j'estime qu'ils mériteraient davantage de visibilité dans les médias ou sur les réseaux sociaux, c'est donc le rôle que je me suis donné aujourd'hui.
En espérant que ces histoires vous plairont autant qu'elles m'ont plu.