Mort d'Yves Schlirf : hommage au fondateur de Kana

Publié le 18 septembre 2026 à 17:28

Après une cinquantaine d'années à faire vivre le monde de l'édition, Yves Schlirf, directeur général de Dargaud pour la Belgique, directeur éditorial de Blake et Mortimer, fondateur de Kana, et surtout figure incontournable du manga et de la BD franco-belge, est mort le samedi 12 septembre 2026.

Mais derrière ces nombreux titres, le récit de sa vie nous offre le tableau des combats d'un passionné pour faire entrer le manga dans les librairies francophones.


De libraire bruxellois à figure de l'édition

Né à Bruxelles dans les années 50, Yves Schlirf se passionne très tôt pour la BD, allant même jusqu'à fréquenter, encore adolescent, l'atelier du dessinateur et scénariste Jean-Marie Brouyère, en compagnie du jeune Bernard Yslaire.

Malgré sa forte envie d'évoluer au centre de cet univers, un détail le retient : Yves ne sait ni dessiner ni écrire des scénarios. C'est alors vers la librairie qu'il se tourne. Ainsi, en 1972, il ouvre Schlirfbook, une des premières librairies spécialisées dans la BD à Bruxelles : elle sera en activité jusqu'en 2002.

À côté de son commerce, il se lance dans l'édition en intégrant le service de promotion de Dupuis à la demande de Jean Van Hamme, alors directeur général des éditions. Par la suite, il complète sa carrière en rejoignant les éditions Dargaud, où il travaille sur de nombreux projets : Pin-Up, Murena, Le Scorpion ou encore La Complainte des Landes Perdues sont autant d'œuvres passées sous l'œil expert de Schlirf.


Kana : le pari du manga

Après s'être procuré des recueils japonais à Angoulême afin de les importer dans sa librairie, Yves Schlirf observe un phénomène fascinant : les adolescents, alors même qu'ils ne comprennent pas le japonais, s'arrachent les ouvrages, qu'ils décodent grâce au découpage.

C'est le déclic : il multiplie les voyages au Japon avec pour objectif de convaincre la direction de Média-Participations de l'avenir de ce format. Il lui faut alors deux à trois ans pour y parvenir, à l'issue desquels naît Kana, au sein même de Dargaud.

C'est en janvier 1996 que la ligne éditoriale démarre réellement avec les publications de Angel Dick et Armagedon : deux œuvres qui ne connaissent malheureusement pas le succès attendu. Mais Yves ne lâche rien, il se bat pour installer le manga dans l'hexagone malgré les réticences des acteurs de l'édition francophone.

Finalement, son combat n'est pas vain : au milieu des années 2000, Kana s'affirme comme leader en France et en Belgique, pesant environ 34% du marché manga grâce à la publication d'œuvres telles que Naruto, Slam Dunk, Détective Conan, Hunter x Hunter, Monster et bien d'autres.


Un nom que le milieu n'oubliera pas

Alors que le manga n'était au départ qu'un phénomène télé sans réelle existence en librairie, Yves Schlirf en a fait un secteur éditorial à part entière en francophonie.

Son œil de passionné continue de vivre à travers les étals de librairies, transmis notamment à Christel Hoolans, devenue directrice éditoriale de Kana en 2009.

Quant à sa méthode d'éditeur, consistant à repérer les prochains best-sellers dans les magazines et chez les libraires japonais, elle continue encore aujourd'hui de porter Kana, et ce, trente ans après sa création.


Conclusion

En 2026, Kana fête ses trente ans. Trente ans d'un catalogue qui a changé la manière dont les lecteurs francophones découvrent le manga, du premier Naruto aux séries qui continuent de sortir aujourd'hui. Une célébration que son fondateur ne verra pas jusqu'au bout : il s'en va la même année, laissant derrière lui des centaines d'œuvres et de personnages qui ont accompagné plusieurs générations de lecteurs.

Yves Schlirf disparaît, mais ce qu'il a fait découvrir continue de briller, un volume après l'autre, sur les étagères de toutes les librairies qu'il aura contribué à changer.


Par Morana