Devenu incontournable en librairie comme sur nos écrans, le manga séduit chaque année de nouveaux lecteurs. Pourtant, lorsqu'on n'en a jamais ouvert un seul, le choix peut se révéler assez intimidant. Entre les séries de plusieurs dizaines de tomes, la multitude de genres et les codes propres à la bande dessinée japonaise (à commencer par le sens de lecture), difficile de savoir par où commencer.
Voici donc cinq mangas accessibles pour découvrir ce vaste format, chacun avec son genre et son style. Thriller, aventure, émotion ou suspense : il y en a pour tous les goûts.
Death Note
Dans ce thriller psychologique, on suit Light Yagami, brillant lycéen qui découvre un carnet tombé du monde des dieux de la mort. Le principe est aussi simple qu'effrayant : toute personne dont le nom y est inscrit meurt. Convaincu que le monde irait mieux sans ses criminels, Light décide de s'en servir pour bâtir une société qu'il juge plus juste. Mais son ascension attire l'attention de L, enquêteur aussi énigmatique que génial. S'engage alors un duel intellectuel captivant entre les deux hommes.
Death Note est une excellente première lecture pour plusieurs raisons. D'abord, son intrigue est immédiatement prenante : le concept se comprend en quelques lignes et ne nécessite aucune connaissance préalable des codes du manga. Ensuite, le rapport texte/dessin y est particulièrement intéressant pour un lecteur habitué aux romans ou aux séries policières.
Très bavard, l'ouvrage repose sur des dialogues, des stratégies et des raisonnements qui transforment chaque confrontation entre Light et L en véritable partie d'échecs mentale. Enfin, avec ses 12 tomes, la série reste un format tout à fait raisonnable.
Demon Slayer
Tanjiro Kamado est un jeune vendeur de charbon au grand cœur. Un jour, à son retour de la ville, il découvre sa famille massacrée par un démon. Seule sa petite sœur Nezuko a survécu, mais elle a elle-même été transformée en démon. Déterminé à lui rendre son humanité et à venger les siens, Tanjiro décide de devenir chasseur de démons.
Cette série est une très bonne porte d'entrée vers le shōnen, ces mangas historiquement destinés à un public adolescent. On y retrouve tous les grands ingrédients du genre : l'aventure, des combats spectaculaires, un héros qui s'entraîne, échoue, se relève et progresse, ainsi qu'une belle camaraderie entre les personnages. La lecture est fluide et dynamique, et la série se conclut en 23 tomes, ce qui en fait un shōnen complet et facile à aborder.
Pour ceux qui connaissent déjà l'anime du studio Ufotable, c'est également une transition idéale. On y retrouve un univers familier modulé sur un tout autre rythme, avec la force du trait original. Signe de son succès, le film Le Train de l'infini a même battu des records au box-office japonais.
Quant à Koyoharu Gotouge, la personne derrière l'œuvre, elle a toujours préféré rester discrète et se représente sous les traits d'un crocodile à lunettes.
A Silent Voice
Shoya Ishida est un enfant turbulent, toujours en quête de nouvelles distractions pour combattre l'ennui. À l'école primaire, il prend pour cible Shoko Nishimiya, une nouvelle élève sourde, et la harcèle jusqu'à son départ. Des années plus tard, devenu lui-même un paria et rongé par la culpabilité, il décide de retrouver Shoko pour tenter de se racheter.
Ici, ni pouvoirs surnaturels ni batailles épiques : l'œuvre se concentre avant tout sur ses personnages, leurs failles et la complexité de leurs relations. Harcèlement, handicap, pardon, reconstruction… Yoshitoki Oima aborde ces thèmes avec une justesse rare, et prouve que le manga ne se résume pas aux combats et à l'aventure. Le format est en outre rassurant pour un débutant, puisque la série ne compte que 7 tomes. Mieux vaut cependant garder quelques mouchoirs à portée de main.
D'ailleurs, l'autrice a fait preuve d'un grand souci de justesse : son histoire a été soumise à la Fédération japonaise des sourds avant sa publication. Une attention qui se ressent à chaque page, et que le film d'animation de Kyoto Animation, sorti en 2016, a su retranscrire à l'écran.
Erased
Satoru Fujinuma, 29 ans, est un mangaka dont la carrière peine à décoller. Cependant, il possède un étrange pouvoir qui le renvoie parfois quelques minutes dans le passé afin d'empêcher une tragédie. Lorsque sa mère est assassinée, ce pouvoir le propulse cette fois dix-huit ans en arrière, dans son corps d'enfant, à l'époque où plusieurs de ses camarades de classe avaient été enlevés. Cette fois, Satoru compte bien changer le cours des événements.
Entre thriller, mystère et drame, avec une touche de fantastique, Erased mélange habilement les genres. L'enquête est captivante, les rebondissements bien dosés, et l'on tourne les pages sans s'en rendre compte, porté par ce petit "juste un chapitre de plus". Là encore, le format court (8 tomes) rend la série facile à aborder, et à terminer.
Le titre original, Boku dake ga inai machi, signifie littéralement « la ville où je suis le seul absent ». Un titre à l'image du récit : celui d'un homme qui doit retourner dans son passé pour réparer ce qu'il avait laissé de côté.
One Piece
Monkey D. Luffy, un garçon au corps élastique depuis qu'il a mangé un fruit du démon, rêve de devenir le Roi des Pirates. Pour y parvenir, il prend la mer à la recherche du légendaire trésor "One Piece", accompagné d'un équipage aussi loufoque qu'attachant : Zoro, Nami, Usopp, Sanji et bien d'autres.
Certes, avec plus de 100 tomes au compteur, l'œuvre d'Eiichirō Oda peut faire peur. Elle reste pourtant l'un des grands piliers du shōnen et une porte d'entrée majeure vers le manga, tant par son univers que par ses personnages inoubliables et son sens de l'aventure. Publiée depuis 1997, la série s'est écoulée à plus de 500 millions d'exemplaires dans le monde.
Il y a aussi un véritable plaisir à suivre une histoire sur le très long terme : on s'attache aux personnages, on grandit avec eux, on théorise sur la suite. D'ailleurs, Oda avait initialement prévu de conclure son récit en cinq ans. Près de trente ans plus tard, l'aventure continue, pour le plus grand plaisir de ses fans.
Petite mise en garde tout de même : à choisir uniquement si l'on n'a pas peur de s'engager dans une très, très longue série.
Le mot de la rédactrice
Si ces cinq titres ont été choisis, ce n'est pas un hasard : ce sont ceux avec lesquels j'ai moi-même commencé le manga. Chacun d'eux a été, à sa manière, une porte d'entrée vers un univers que je ne soupçonnais pas encore.
Aujourd'hui, Death Note et A Silent Voice comptent toujours parmi mes plus belles lectures. Le premier pour son duel captivant dont on ne sort pas indemne, le second pour sa sensibilité rare et sa manière de toucher juste. Des années plus tard, je les relis avec autant de plaisir, et c'est sans doute la meilleure preuve qu'ils méritent leur place dans cette sélection.