Le professeur Layton a longtemps été indissociable des énigmes, des mystères et d’un certain flegme britannique. Mais chez les Layton, résoudre l’impossible semble être une affaire de famille. Avec L’Agence de détectives Layton - Katrielle et les enquêtes mystérieuses, Kaori Orito place cette fois Katrielle, fille du célèbre professeur, au centre de l’aventure. Accompagnée de son assistant Oliver et de Sherl, un chien capable de parler mais que seuls ses compagnons semblent comprendre, la jeune détective enchaîne les affaires les plus improbables dans les rues de Londres.
Ce premier tome ne cherche pas vraiment à reproduire son illustre prédécesseur. Katrielle possède son propre caractère, beaucoup plus exubérant, imprévisible et surtout particulièrement gourmand. Et il ne faut pas longtemps pour comprendre que nourriture et enquêtes vont régulièrement se croiser.
Katrielle Layton, détective au flair très particulier
Dès la première affaire, le ton est donné. L’une des aiguilles de Big Ben a mystérieusement disparu et Katrielle est appelée à la rescousse. Là où l’on pourrait s’attendre à une enquête particulièrement sérieuse, le manga préfère rapidement basculer dans l’absurde et la légèreté.
C’est justement ce qui fait le charme du personnage. Katrielle donne parfois l’impression de davantage penser à son prochain dessert qu’aux indices disposés devant elle, mais derrière ce comportement très détaché se cache un véritable sens de l’observation.
Les différentes informations qu’elle récolte sont régulièrement représentées comme des pièces de puzzle qui viennent progressivement s’assembler dans son esprit. Lorsque tout finit par s’emboîter, l’étincelle apparaît et le mystère est résolu. Une mécanique visuelle simple, mais particulièrement efficace pour retrouver l’esprit de la licence Layton.
Et surtout, le lecteur est naturellement poussé à faire exactement la même chose. On observe les indices, on essaie de comprendre ce qui cloche et on tente de trouver la solution avant elle.
Des enquêtes improbables, mais rarement prises trop au sérieux
Ce premier volume multiplie les situations : disparition à Big Ben, événement organisé autour de la Tamise, vol impossible sur un navire ou encore mystérieux super-héros ayant soudainement disparu. Les scénarios sont volontairement extravagants et leurs conclusions peuvent parfois être complètement tirées par les cheveux. Mais le manga en est parfaitement conscient. Il ne cherche jamais à devenir un polar réaliste.
Tout repose davantage sur le plaisir de voir les indices s’accumuler puis découvrir comment l’auteur va réussir à les relier. Certaines solutions peuvent d’ailleurs être anticipées assez rapidement. Ce n’est pourtant pas forcément un défaut, car une partie du plaisir vient justement du moment où l’on commence nous-mêmes à assembler les pièces avant Katrielle.
Les enquêtes savent également aller un peu plus loin que leur simple résolution. Derrière leur légèreté peuvent apparaître des histoires de souvenirs, de famille, d’attachement ou de personnes ayant commis des actes discutables pour des raisons qui ne sont pas forcément mauvaises. Le ton reste léger, mais plusieurs situations peuvent ainsi provoquer une réflexion différente selon l’âge du lecteur.
Un humour complètement assumé
Impossible de parler de ce premier tome sans évoquer son humour. Les jeux de mots sont partout, jusque dans les noms des personnages. Certains sont particulièrement évidents, comme Vic et Tim, tandis que d’autres jouent avec les professions ou les situations dans lesquelles apparaissent les personnages. C’est parfois très potache. Et clairement, il faudra être sensible à ce type d’humour pour profiter pleinement du manga.
Mais lorsqu’on entre dans son jeu, cela fonctionne. Katrielle participe énormément à cette ambiance. Sa fascination pour la nourriture devient rapidement un running gag, au point que certaines de ses métaphores servant à expliquer la résolution d’une affaire finissent systématiquement par évoquer un dessert.
Oliver tente de conserver un semblant de sérieux, Sherl commente régulièrement les absurdités de sa maîtresse et Katrielle continue tranquillement son chemin comme si tout était parfaitement normal.
L’arrivée d’Emilia Perfetti apporte également un contrepoint intéressant. Profileuse beaucoup plus froide et convaincue de la supériorité de ses méthodes, elle entre rapidement en opposition avec une Katrielle fonctionnant davantage par observation, association d’idées et intuition.
Quand le manga joue avec son propre lecteur
L’un des éléments que j’ai particulièrement appréciés est la manière dont le manga aime briser le quatrième mur. Certains personnages commentent directement la construction d’une page, une transition ou même un changement de dessin. Katrielle peut donner l’impression d’être parfaitement consciente qu’elle évolue dans un manga. Ces petites ruptures permettent au lecteur de participer davantage au délire général.
Le procédé n’est évidemment pas nouveau, mais il correspond parfaitement à cet univers qui ne cherche jamais à se prendre totalement au sérieux. Entre les jeux de mots, les situations impossibles et ces interventions directement adressées au lecteur, l’identité humoristique du manga fonctionne rapidement.
Un dessin simple, mais parfaitement adapté
Graphiquement, L’Agence de détectives Layton - Katrielle et les enquêtes mystérieuses ne cherche pas la démonstration technique. Le trait reste simple, les environnements ne débordent pas de détails et nous sommes très loin d’œuvres dont le dessin constitue à lui seul une performance graphique. Mais ce n’est pas ce dont ce manga a besoin.
Les personnages sont immédiatement reconnaissables, leurs expressions fonctionnent très bien et le découpage permet de suivre les enquêtes sans difficulté. La représentation des pièces de puzzle dans l’esprit de Katrielle est notamment une excellente manière de matérialiser son raisonnement. Cette simplicité participe finalement beaucoup à la légèreté de l’ensemble.
Un premier tome qui comprend parfaitement l’esprit Layton
Ce premier volume de L’Agence de détectives Layton - Katrielle et les enquêtes mystérieuses est une vraie bonne surprise. Katrielle n’est pas une copie féminine de son père et c’est probablement sa principale qualité. Elle possède son propre tempérament, sa propre manière d’aborder les mystères et une obsession pour la nourriture qui pourrait presque devenir une méthode d’investigation à part entière.
Les enquêtes ne sont pas particulièrement complexes et certaines solutions deviennent assez rapidement perceptibles, mais ce n’est finalement pas le cœur de l’expérience. On prend surtout plaisir à observer les indices, anticiper les déductions et découvrir jusqu’où le manga est prêt à aller pour justifier ses situations complètement improbables.
Ajoutez à cela un humour omniprésent, quelques ruptures du quatrième mur particulièrement réussies et une galerie de personnages suffisamment décalée, et ce premier tome parvient à retrouver l’esprit de la licence tout en construisant sa propre identité. Il reste maintenant à voir si le second et dernier volume saura développer cette formule, approfondir ses personnages et peut-être proposer quelques mystères capables de donner davantage de fil à retordre à Katrielle... comme au lecteur.
Article rédigé par Otakufan