Preview – The Granny Detective Society : mamie mène l’enquête (Otakufan)

Publié le 20 juillet 2026 à 18:01

Une souris retraitée, une paire de jumelles, un mur couvert de polaroïds et un buffet qui n’aurait jamais dû être servi : la démo de The Granny Detective Society nous a permis de découvrir un jeu d’enquête cosy qui ne confond jamais douceur et simplicité.

Développeur et éditeur : Team Empreintes
Genre : aventure, enquête et réflexion
Support : PC via Steam
Sortie prévue : premier trimestre 2027
Version essayée : The Granny Detective Society: Biscuits and Secret Demo

Une retraite beaucoup moins tranquille que prévu

La retraite de Madeleine aurait pu se résumer à quelques tasses de thé et de longues heures passées à regarder la rue depuis sa fenêtre. Notre petite souris a cependant développé une passion bien plus prenante : observer ses voisins, mémoriser leurs habitudes et consigner leurs secrets sur un immense tableau. Une occupation indiscrète, certes, mais qui finit par attirer l’attention de la Granny Detective Society, une mystérieuse organisation de grands-mères espionnes décrite avec humour comme « la CIA, mais avec des dentiers ».

Développé et édité par le studio français Team Empreintes, The Granny Detective Society choisit donc de prendre les codes du jeu de déduction à contre-pied. Ici, pas de cadavre à identifier ni de scène de crime macabre. Le mystère naît de la vie quotidienne, des relations entre voisins et de tous ces petits détails que personne ne remarque vraiment. Sous son apparence chaleureuse se dessine néanmoins une intrigue plus vaste, liée à une conspiration venue d’une autre époque et à des mamies qui semblent contrôler bien davantage de choses qu’elles ne veulent l’avouer.

Le buffet empoisonné ouvre l’enquête

La démo actuelle, intitulée Biscuits and Secret, constitue le véritable prologue du jeu. Elle nous confie une première affaire, « Le buffet empoisonné », dont le point de départ tient en une question : qui a endormi ses voisins ? Quatre personnes se sont retrouvées dans un appartement autour d’un buffet, un plat a été empoisonné et les apparences ne racontent qu’une partie de la vérité.

Pour comprendre ce qui s’est réellement passé, il faut reconstituer les événements survenus entre 18 heures et minuit, suivre les déplacements des habitants et observer une dizaine de personnages. Qui a apporté quoi ? Qui connaissait la victime visée ? Pourquoi certains invités semblent-ils arriver beaucoup trop vite ? Un geste anodin, un objet transporté ou une silhouette aperçue à un autre étage peuvent complètement modifier notre lecture de la soirée. 

Nous éviterons évidemment de dévoiler la solution. L’intérêt de cette affaire vient précisément de sa construction en plusieurs couches : une première hypothèse paraît évidente, puis une nouvelle observation fait vaciller l’ensemble. La démo sait ainsi provoquer ces délicieux moments où une information jusque-là insignifiante trouve soudainement sa place.

Observer, photographier et remonter le temps

L’enquête commence depuis la fenêtre de Madeleine. À l’aide de ses jumelles et de son appareil photo, elle surveille les appartements situés en face de chez elle. Une frise horaire permet de revivre la soirée, d’avancer d’une séquence à l’autre ou de revenir en arrière afin d’examiner un événement sous un nouvel angle. Le joueur reste libre de reprendre ses observations aussi souvent que nécessaire : manquer un détail n’oblige jamais à recommencer toute l’affaire.

Lorsqu’un comportement paraît intéressant, il suffit de cadrer la scène et de prendre une photographie. Les clichés rejoignent ensuite le tableau de détective. Il ne s’agit pourtant pas de photographier tout ce qui bouge au hasard. Les polaroïds doivent permettre d’identifier les protagonistes, leur profession, leurs relations et le rôle qu’ils ont joué dans l’affaire. Regarder attentivement l’arrière-plan, comparer deux moments éloignés dans le temps ou comprendre qui habite à quel étage devient donc essentiel.

Cette liberté d’observation constitue l’une des grandes réussites de la démo. Le jeu ne surligne pas automatiquement l’indice décisif et n’interrompt pas constamment la réflexion pour expliquer ce que nous venons de voir. Il nous fournit les outils, puis nous laisse établir nos propres connexions.

Un tableau qui prend progressivement vie

Toute l’enquête se matérialise sur un grand tableau de liège. Les polaroïds peuvent y être déplacés et reliés afin de faire apparaître des post-it décrivant les liens possibles entre les personnages. Il faut ensuite attribuer à chaque visage un nom et un métier, mais aussi déterminer qui est en couple avec qui, qui est le voisin de qui, qui est client de qui ou encore qui pourrait participer à un complot.

Le journal de Madeleine complète ce dispositif. Plusieurs onglets regroupent les noms, les professions et les relations disponibles, tandis que des dossiers personnels se dévoilent à mesure que progressent les recherches. Un mot croisé transforme également certaines observations en définitions. Trouver un prénom ou un objet dans la grille peut alors débloquer une déduction ailleurs sur le tableau, laquelle permet à son tour de comprendre une nouvelle relation. Les systèmes ne sont pas juxtaposés : ils se nourrissent les uns les autres.

Comme dans Return of the Obra Dinn, le jeu confirme régulièrement un groupe de trois déductions correctes. Ce choix limite les validations obtenues par pur hasard tout en procurant une vraie satisfaction lorsque plusieurs pièces du puzzle s’assemblent enfin. Les influences revendiquées de Duck Detective et de The Case of the Golden Idol se ressentent également, tandis que les amateurs de The Roottrees Are Dead retrouveront ce plaisir très particulier consistant à tirer un fil jusqu’à voir toute une généalogie de secrets se déployer.

Une prise en main progressive, mais pas immédiate

The Granny Detective Society demande tout de même un petit temps d’adaptation. Entre la frise temporelle, les photographies, le tableau, les connexions entre polaroïds, les différents onglets du carnet et les mots croisés, les premières minutes peuvent donner l’impression d’avoir beaucoup d’informations à assimiler simultanément. Certaines manipulations, comme la création d’un lien entre deux clichés puis l’attribution d’une relation au post-it correspondant, ne deviennent naturelles qu’après quelques essais.

La démo accompagne le joueur grâce à une liste d’objectifs et à plusieurs fenêtres explicatives, sans résoudre l’affaire à sa place. Le niveau des indices peut par ailleurs être adapté au degré de difficulté choisi. Nous avons joué en mode classique, qui conserve un équilibre intéressant : suffisamment d’indications pour comprendre les règles, mais encore assez de zones d’ombre pour devoir réellement réfléchir.

Une fois le déclic produit, la boucle de jeu révèle toute son efficacité. On retourne observer une scène, on remarque un détail passé inaperçu, on complète une définition et l’on revient aussitôt sur le tableau pour tester une nouvelle hypothèse. La confusion initiale laisse place à une enquête particulièrement gratifiante. L’ergonomie gagnerait encore à fluidifier certains enchaînements et à rendre la circulation entre les outils plus intuitive, mais rien ne vient effacer le plaisir de la découverte.

Une ambiance cosy au service du mystère

Visuellement, le titre de Team Empreintes ne cherche évidemment pas le réalisme. Sa direction artistique en 2D dessinée à la main privilégie les formes douces, les personnages animaliers expressifs et une palette dominée par des teintes orangées, brunes et rosées. La façade de l’immeuble ressemble à un petit théâtre dont chaque fenêtre dévoile une nouvelle scène. Cette présentation donne immédiatement envie d’examiner les appartements et de découvrir ce que leurs occupants tentent de dissimuler derrière leurs rideaux.

Les menus prolongent cette identité avec des carnets, des fiches, des punaises, des morceaux de ruban adhésif et un téléphone à cadran. Tout semble avoir été assemblé par une détective qui préfère le papier et les appareils analogiques aux technologies modernes. Le résultat est cohérent, lisible et surtout très attachant.

L’humour demeure léger et ne transforme jamais l’enquête en simple parodie. Les cheveux blancs, le thé, les dentiers et les activités de voisinage servent de porte d’entrée à un univers qui paraît bien plus étrange qu’il n’en a l’air. Les dialogues sont doublés en anglais, mais l’interface et les sous-titres français permettent de suivre l’ensemble sans difficulté.

Un prologue qui remplit parfaitement sa mission

Notre résolution de l’affaire nous a occupés pendant un peu plus d’une heure, même si cette durée variera forcément selon la facilité de chacun à repérer les indices et à comprendre les différentes connexions. Le contenu proposé est suffisamment consistant pour juger la boucle de gameplay sans dévoiler trop largement les ambitions du jeu complet.

La conclusion du prologue récompense nos efforts et introduit enfin la Granny Detective Society. Elle donne surtout envie de rencontrer les autres « Grannytectives » et de découvrir comment leurs capacités particulières modifieront les enquêtes. La version complète promet notamment plusieurs points de vue, de nouveaux types d’investigation ainsi que d’autres mini-jeux, parmi lesquels des mots mêlés et des jeux des différences. Il faudra naturellement vérifier si cette variété suffira à renouveler la formule sur la durée, mais les fondations sont déjà solides. 

Notre avis après la démo

The Granny Detective Society possède toutes les qualités d’une excellente surprise indépendante. Son univers cosy et coloré le rend immédiatement sympathique, mais sa véritable force réside dans une mécanique de déduction qui fait confiance à l’intelligence du joueur. L’affaire du buffet empoisonné n’est qu’un prologue, pourtant elle parvient déjà à multiplier les fausses pistes, les détails révélateurs et les moments de compréhension soudaine.

La prise en main pourrait encore gagner en clarté et l’interface demande un court apprentissage, mais ces réserves paraissent bien légères face au plaisir procuré par l’enquête. Pour les amateurs de jeux de réflexion qui aiment observer, comparer et se creuser la tête, cette démo mérite clairement le détour.

Attendu sur PC au premier trimestre 2027, The Granny Detective Society rejoint sans difficulté la liste des jeux indépendants que nous suivrons avec attention. Madeleine n’a peut-être pas encore officiellement sa carte d’agent secret, mais elle a déjà réussi sa première mission : nous donner très envie de poursuivre l’enquête.

 

Par Otakufan