Preview – Beware of the Cartographer! : une démo qui ne perd pas le nord (Otakufan)

Publié le 20 juillet 2026 à 18:41

Avec son dessin à la main, son humour délicieusement absurde et une véritable mécanique de cartographie, Beware of the Cartographer! transforme une mission royale en aventure narrative pleine de personnalité. Nous avons parcouru sa démo : voici pourquoi cette petite découverte mérite déjà une place sur votre carte.

Fiche technique

  • Titre : Beware of the Cartographer!
  • Développement : Tohu Bohu Games et Quentin Vijoux
  • Édition : Tohu Bohu Games
  • Genre : aventure narrative, déduction, cartographie et enquête
  • Moteur : Godot 4
  • Plateformes annoncées : Windows et macOS ; aucune version console ou mobile annoncée
  • Langues de la démo : français et anglais
  • Sortie : 2027
  • Démo : disponible gratuitement sur Steam

Il suffit parfois d’une idée de gameplay limpide pour qu’un jeu indépendant se distingue immédiatement. Beware of the Cartographer! ne nous tend ni épée, ni sortilège, ni arsenal futuriste. Il nous confie une carte presque vierge, un podomètre, un graphomètre et une responsabilité autrement plus lourde qu’elle n’en a l’air : tracer une frontière capable de ramener la paix entre deux royaumes.

Développé par Tohu Bohu Games et Quentin Vijoux, ce jeu d’aventure, de déduction et de cartographie nous transporte au XVIIIe siècle, au temps des Lumières. Sa démo, disponible gratuitement, est annoncée pour une vingtaine de minutes. En prenant le temps de lire les dialogues, d’observer les décors et de comprendre les outils, la découverte peut cependant dépasser sans difficulté la demi-heure. Une durée suffisante pour faire apparaître une identité très affirmée et, surtout, une boucle de jeu qui donne envie d’en voir beaucoup plus.

Le retour au pays, avec une frontière à tracer

Nous incarnons Georgelin, jeune arpenteur envoyé dans le Bavent, la terre de son enfance. La guerre menace et la mission confiée par le pouvoir royal ne souffre aucune approximation : il faut cartographier cette région reculée, puis déterminer le tracé d’une nouvelle frontière.

Georgelin n’arrive pas seul. Il accompagne maître Gaudéric, cartographe officiel aussi compétent en théorie qu’insupportable dans la pratique. Blessé, celui-ci délègue le travail de terrain à son disciple tout en veillant à rappeler que son autorité scientifique lui permettra, bien entendu, d’en récolter les honneurs. Arrogant, condescendant et volontiers méprisant envers les habitants, Gaudéric devient en quelques répliques un personnage que l’on adore déjà détester.

Le ton est posé très rapidement. Derrière le cadre historique et les enjeux politiques, Beware of the Cartographer! cultive un humour de chaque instant. Les dialogues proposent régulièrement plusieurs réponses, du respect prudent à la répartie plus mordante. Le jeu n’hésite pas à glisser un « cartastrophe » dans la bouche de Gaudéric, à évoquer des cochons qui boivent et trichent aux cartes, ou à faire de la décoration d’une lettre d’amour une quête à part entière.

Cette légèreté ne gomme pourtant pas les enjeux. Un précédent cartographe a disparu, les habitants accueillent les représentants du pouvoir avec méfiance et chacun semble avoir une requête, un souvenir ou un secret à partager. Le tracé final ne sera pas une simple ligne géométrique : il devra départager des terres, des activités et des vies.

Des habitants qui donnent immédiatement du relief au Bavent

La démo nous fait notamment rencontrer Yvette, fermière au caractère bien trempé, ainsi que Noé, marin installé sur le lac. Leur histoire apporte une touche de tendresse au milieu des échanges volontiers piquants. Alice et Calie, deux mystérieuses observatrices, croisent également notre route, tandis que les entrepreneurs Balthus et Auguste incarnent une vision beaucoup moins bucolique de l’avenir de la région.

L’écriture réussit à caractériser ces figures en très peu de temps. Chacune possède son vocabulaire, son rythme et sa manière de considérer le jeune arpenteur. Georgelin est tantôt pris pour un intrus, tantôt utilisé comme messager, tantôt accueilli comme celui qui pourrait enfin rendre un service. Les choix de dialogue donnent déjà la sensation de définir son tempérament, même si la démo reste trop courte pour mesurer leurs conséquences à long terme.

Surtout, quelque chose cloche dans ce paysage pourtant paisible. Certains animaux paraissent bien plus éloquents qu’ils ne devraient l’être, une statue semble dissimuler autre chose qu’un simple repère topographique et la disparition du précédent cartographe plane sur l’expédition. Le jeu laisse filtrer l’étrange par petites touches, sans sacrifier son humour ni expliquer trop tôt ce qui se trame. C’est précisément ce dosage qui entretient la curiosité.

Ici, la carte n’est pas un menu : c’est le cœur du jeu

La meilleure idée de Beware of the Cartographer! est de ne pas traiter la carte comme une simple interface de navigation. Elle constitue le puzzle central. Chaque nouveau lieu doit être observé, mesuré puis positionné au bon endroit sur une feuille encore incomplète.

Les premières minutes jouent le rôle de tutoriel. Dans des tableaux en vue subjective, le déplacement du pointeur vers les bords de l’écran permet de balayer le paysage. On repère une ferme, une statue, une distillerie ou un village, puis on utilise les instruments confiés par Gaudéric.

Le podomètre sert à calculer une distance en parcourant une ligne droite entre deux points. Le graphomètre permet ensuite de mesurer un angle entre deux éléments du paysage. De retour sur la carte, il faut croiser l’observation du relief, la distance obtenue et l’orientation relevée afin de déposer le jeton correspondant à l’emplacement correct. Le principe est accessible, mais il demande réellement de regarder et de raisonner : le jeu ne se contente pas d’afficher automatiquement un marqueur après une conversation.

Cette mécanique produit une satisfaction très particulière. Là où beaucoup de mondes ouverts nous demandent de suivre des icônes déjà placées, Beware of the Cartographer! inverse le rapport : c’est à nous de construire progressivement l’outil qui permettra de comprendre le territoire.

Le studio présente d’ailleurs son jeu comme une contre-proposition au monde ouvert traditionnel, inspirée à la fois par la déduction de The Rise of the Golden Idol et le sens de l’observation de GeoGuessr. La démo montre que cette comparaison ne repose pas uniquement sur une formule de communication.

La carte peut aussi être décorée à l’aide de petits tampons représentant la faune et la flore observées. Cette fonction paraît d’abord légère, presque cosmétique, mais elle renforce l’impression de tenir un carnet de terrain personnel. Entre les mesures rigoureuses et les dessins plus libres, la cartographie devient à la fois un travail scientifique, une trace du voyage et une manière de raconter le pays.

Une prise en main convaincante, malgré quelques tâtonnements

La boucle fonctionne déjà : observer, interroger, mesurer, déduire, placer, puis repartir vers un nouvel horizon. L’interface reste discrète et les outils sont introduits progressivement, ce qui évite de transformer la cartographie en cours magistral.

Tout n’est pas encore parfaitement limpide. Le premier placement sur la carte peut demander quelques essais avant de comprendre exactement comment le jeu valide la distance et la position choisies. Un retour visuel plus explicite ou une reformulation supplémentaire du tutoriel aiderait les joueurs les moins familiers avec ce type de raisonnement. Rien de réellement bloquant dans notre partie, mais c’est un point que la version finale pourrait encore fluidifier.

Il faut également accepter un rythme posé et une place très importante accordée à la lecture. Beware of the Cartographer! est un jeu d’observation et de dialogues, pas une aventure pressée. Les joueurs en quête d’action immédiate risquent de rester à quai. Pour les autres, cette lenteur participe pleinement au plaisir de scruter chaque panorama et de savourer les réparties.

Un livre illustré qui prend doucement vie

Visuellement, le titre assume un style entièrement dessiné à la main. Les décors évoquent les pages colorées d’un carnet ancien, avec une palette douce dominée par les verts, les jaunes pâles et les contours violets. Les portraits, plus caricaturaux, donnent énormément de présence aux personnages et accompagnent parfaitement l’humour des échanges.

L’animation demeure volontairement limitée, mais le jeu compense par de petits mouvements de caméra, des effets de profondeur et une composition très lisible des tableaux. La ferme d’Yvette, les rives du lac, la fumée lointaine de la distillerie ou les constructions sur pilotis du village forment des repères que l’on apprend naturellement à reconnaître avant même de les reporter sur la carte.

Cette cohérence entre la direction artistique et le gameplay est essentielle. Chaque détail du décor peut devenir une information, sans que l’image ne ressemble pour autant à un écran surchargé d’indices. On regarde d’abord parce que le paysage est agréable, puis on comprend que ce plaisir d’observation fait déjà partie de l’enquête.

Une très belle découverte, dont la promesse reste à confirmer

La démo ne permet évidemment pas encore de juger la mécanique la plus ambitieuse du projet : le moment où il faudra véritablement tracer la frontière et arbitrer entre les demandes de la population et les ordres de la Couronne. C’est là que Beware of the Cartographer! devra prouver que ses choix ont du poids et que la carte peut devenir un outil politique autant que géographique.

Pour autant, cette première approche remplit pleinement son rôle. Elle présente un univers, installe un mystère, fait rire, enseigne une mécanique originale et s’arrête au moment où l’on commence à se sentir réellement autonome. Sa modestie technique n’empêche jamais le jeu d’avoir du caractère. Au contraire, chaque élément semble servir la même vision.

Beware of the Cartographer! fait donc partie de ces démos que l’on lance par curiosité et que l’on quitte avec une nouvelle ligne dans sa liste de souhaits. Si la version complète parvient à renouveler ses énigmes de positionnement et à concrétiser les dilemmes promis autour du tracé des frontières, Tohu Bohu Games et Quentin Vijoux pourraient bien tenir une aventure narrative aussi maligne qu’attachante.

Notre avis provisoire

Cette démo est une excellente surprise. Sa cartographie fondée sur l’observation et la déduction propose une vraie idée de jeu, tandis que ses dialogues pleins d’esprit et son identité visuelle dessinée à la main lui donnent une personnalité immédiate. Quelques explications pourraient encore gagner en clarté et le cœur moral du projet reste à découvrir, mais l’envie de reprendre les instruments de Georgelin est déjà bien réelle.

On a aimé : la carte au centre du gameplay ; l’humour et la qualité des dialogues ; la personnalité de Gaudéric et des habitants ; la direction artistique cohérente ; le mystère installé sans lourdeur.

On surveillera : la variété des énigmes dans le jeu complet ; la lisibilité de certains placements ; l’impact réel des choix et du tracé final ; le renouvellement d’un rythme très axé sur les dialogues.

 

Par Otakufan