De retour des enfers : Karma Exorcist, le Metroidvania qui bouscule l'au-delà à la Gamescom + INTERVIEW

Publié le 10 septembre 2026 à 23:18

Dans les allées bondées de la Gamescom de cette fin août, il faut parfois savoir s'écarter des blockbusters pour dénicher la perle rare. C'est exactement ce qui s'est passé lorsque j'ai posé les mains sur Karma Exorcist. Derrière ce titre accrocheur se cache un Metroidvania à la direction artistique foudroyante qui délaisse les sempiternels donjons gothiques pour nous propulser dans un univers inexploité : les enfers chinois. Après avoir essoré la démo et longuement échangé avec l'un des développeurs, voici le portrait complet de ce jeu qui risque fort de marquer l'année prochaine.

Une bureaucratie divine et un folklore inédit

Dès les premières secondes, Karma Exorcist se démarque par une vision très spécifique et singulière de l'au-delà. Oubliez les flammes éternelles de la culture occidentale.

« L'au-delà... C'est tellement difficile à expliquer ! » plaisante le développeur d'entrée de jeu, avant de préciser sa vision. « Essentiellement, le jeu se déroule dans les enfers chinois. C'est l'opposé du paradis : il y a beaucoup de déesses, ainsi qu'un système et un gouvernement propres à ces enfers. Il y a énormément de folklore et un riche contexte historique liés à ce monde souterrain. »

Si le thème de la réincarnation a été choisi, c'est justement pour combler un vide vidéoludique. « Comme il n'y a pas d'autres jeux ni en Chine ni dans le reste du monde qui racontent l'histoire des enfers chinois, nous nous sommes dit que ce thème était très attractif pour le combiner avec le genre Metroidvania. »


Le voyage d'une âme : de la Porte des Fantômes au Pont de Naihe

La structure même du jeu épouse les croyances bouddhistes entourant la mort. L'adaptation de ce folklore au genre de l'exploration s'est faite très naturellement.

Le créateur me détaille le périple qui nous attend : « Quand une personne chinoise meurt, elle va d'abord dans les enfers. La première zone s'appelle la "Porte des Fantômes". Vous y faites la queue et les autorités vérifient si vous avez commis des péchés. Si c'est le cas, vous êtes envoyé dans des installations pour y être puni et purifié. » Ce sont ces fameuses installations qui constituent nos terrains de jeu.

Mais le voyage ne s'arrête pas là. « Une fois lavé de vos péchés, vous vous rendez au "Pont de Naihe". Là, on vous fait boire une soupe pour oublier votre vie passée avant de plonger dans la réincarnation. Toutes ces installations, ces bâtiments et ces régions ont été intégrés au jeu pour que le joueur ressente vraiment le parcours d'une âme dans l'au-delà. » Pour servir cette ambition, le studio a d'ailleurs légèrement bousculé la recette traditionnelle du Metroidvania (généralement équilibrée à 50/50 entre action et exploration). Cette fois, l'exploration et le scénario prennent une place un peu plus importante.


L'astuce plutôt que l'acharnement : l'anti-Hollow Knight ?

Côté manette, Karma Exorcist propose des contrôles incroyablement intenses, sublimés par un grappin qui offre une mobilité jouissive. Mais c'est dans son système de combat "très solide et un peu différent des autres" que le titre surprend.

Fini le simple martelage de touche. Le jeu mettra à notre disposition pas moins de 20 armes différentes, avec la possibilité d'en équiper trois simultanément. « La clé du jeu est de trouver la bonne combinaison d'armes pour chaque type d'ennemi », m'explique le développeur.

« Par exemple, si vous utilisez une épée ou une hache, cela peut s'avérer problématique contre certains boss. Mais si vous utilisez des attaques au corps-à-corps, des couteaux de lancer ou d'autres types d'armes, cela pourrait être beaucoup plus efficace. Notre système demande surtout de trouver la meilleure stratégie. Ce n'est pas comme un Hollow Knight où il faut simplement s'entraîner encore et encore pour acquérir le niveau technique. Il faut être astucieux. »

Que les puristes se rassurent, le défi "à l'ancienne" reste possible : « Bien sûr, si vous êtes très doué, vous pouvez très bien finir le jeu en n'utilisant qu'une épée, mais ce sera beaucoup plus difficile ! »


12 régions, 5 montagnes et 40 heures de jeu

La démo présentée ne nous laissait entrevoir que deux paysages, mais le jeu final s'annonce gargantuesque. L'équipe a prévu 12 à 13 régions au total, chacune dotée d'un paysage complètement différent, tout en conservant une direction artistique chinoise très affirmée.

« Comme il y a cinq montagnes distinctes dans les enfers chinois, nous avons créé une zone pour chacune d'elles. Il y a aussi une ville centrale, des prisons, etc. » précise le développeur. Pour les joueurs qui aiment fouiller chaque recoin, la durée de vie s'annonce généreuse : il faudra compter entre 30 et 40 heures de jeu pour explorer toutes les cartes à fond.


Pas d'accès anticipé, mais un lancement multiplateforme

L'autre bonne nouvelle, c'est que l'équipe a une vision très claire du calendrier. Le studio refuse catégoriquement l'accès anticipé, jugeant ce format « un peu compliqué pour un Metroidvania ». Le jeu sortira donc directement dans sa version 1.0 complète.
La fenêtre de tir est fixée au deuxième trimestre de l'année prochaine, probablement en avril ou en mai. Et pour garantir un lancement massif, le titre sortira simultanément sur trois plateformes : PC, Nintendo Switch, et une console de salon (le choix entre la PlayStation et la Xbox n'étant pas encore arrêté). Si l'attente vous semble longue, sachez qu'une démo publique sera déployée d'ici la fin de cette année.


L'avis du rédacteur

Ayant pu doser la démo sur le salon, je peux vous confirmer que Karma Exorcist a tout du grand jeu indépendant en devenir. Le lore des enfers chinois et de cette administration bureaucratique de l'au-delà apporte un vent de fraîcheur magistral à un genre souvent embourbé dans la dark fantasy classique.

Manette en main, la fluidité est exemplaire. L'idée de devoir réellement réfléchir à son build d'armes (entre couteaux de lancer, haches et corps-à-corps) plutôt que d'apprendre bêtement les patterns d'un boss par cœur m'a beaucoup plu. On se sent intelligent quand on trouve la bonne combinaison. Si le jeu final parvient à maintenir cette exigence stratégique sur ses 13 environnements, nous tiendrons là une petite pépite à surveiller de très près pour le printemps prochain !

Par Erodi Shijin