Gamescom : dans les coulisses de "Rock Paper Severed", le jeu où l'on parie ses propres doigts + INTERVIEW

Publié le 11 septembre 2026 à 13:14

Au milieu des blockbusters de la Gamescom, un stand s'est démarqué par son atmosphère poisseuse et une vieille télévision cathodique diffusant un concept terrifiant : jouer au Pierre-Papier-Ciseaux pour sa survie. Avec Rock Paper Severed, le tout nouveau studio indépendant Fear Force Games transforme nos jeux d'enfants en un cauchemar stratégique et sanglant. Plongée dans une des propositions les plus folles du salon.

C'est avec un enthousiasme non dissimulé que le réalisateur de Rock Paper Severed nous accueille sur son stand. Pour Fear Force Games, un studio flambant neuf, l'enjeu est de taille : « Nous travaillons sur ce jeu depuis un peu moins de six mois, et c'est la toute première fois qu'il est jouable », nous confie-t-il d'emblée.

L'histoire de ce studio est avant tout celle d'une passion retrouvée. À l'origine du projet, on trouve Richard, propriétaire de l'entreprise et ancien patron d'une agence de conception web, désireux de s'investir enfin dans la création de jeux vidéo. Pour concrétiser cette vision, une équipe resserrée de trois personnes s'est formée. Notre interlocuteur, qui vient du monde du cinéma, souligne à quel point « le cinéma et le jeu vidéo sont intimement liés dans notre paysage médiatique ». Il est épaulé par Adam, un profil plus commercial fort d'une expérience dans la réalité virtuelle, et par Matthew, le programmeur. Le réalisateur décrit ce dernier avec beaucoup d'affection : « C'est un développeur absolument génial. À chaque fois que je lui demande si on peut faire quelque chose, il commence par dire non, puis on en discute et on finit par trouver une solution. » Une alchimie évidente pour ce trio : « C'était un groupe un peu hétéroclite au départ, mais nous sommes devenus très complices extrêmement vite et nous avons démarré sur les chapeaux de roue. »

D'ailleurs, le studio ne cache pas son admiration pour le milieu indépendant, citant avec émerveillement le jeu Expedition 33 : « Il y a une certaine beauté dans ce que nous faisons. [...] C'est presque difficile à croire ce qu'ils ont réussi à accomplir avec le temps, les ressources et l'argent dont ils disposaient. C'est tout bonnement exceptionnel. »


Déconstruire un jeu parfait

Comment passe-on d'un jeu de cour d'école à un thriller psychologique ? L'idée germe d'une passion commune. « À cette période, nous étions tous un peu obsédés par le jeu Buckshot Roulette », explique le créateur. Fans inconditionnels d'Inscryption, lui et Matthew voulaient plonger dans « ces jeux de stratégie et d'horreur sur table ».

Le concept du Pierre-Papier-Ciseaux s'est imposé rapidement pour créer leur propre jeu "de doigts", mais il a apporté son lot de défis. « Le problème, c'est que c'est un jeu tellement bien équilibré qu'il a fallu travailler très dur pour créer des objets qui rendent la partie fluide et amusante, sans pour autant "casser" le jeu », précise le développeur. L'objectif était d'éviter l'objet miracle qui fait gagner à tous les coups, pour privilégier « des objets qui ont de la profondeur, interagissent et créent des synergies entre eux. »


Folklore macabre, ambiance crasseuse et créatures vicieuses

L'atmosphère visuelle et sonore du titre ne laisse pas indifférent. Dès que le titre anglophone Rock Paper Severed (Pierre, Papier, Mutilé) a été validé, l'équipe a assumé une direction très sombre. « On s'est dit que c'était déjà bien macabre. On a donc décidé d'adopter une esthétique "Hard Rock" à 100 % », s'amuse le créateur. Finies les interfaces épurées, place à l'influence des films d'horreur crasseux du début des années 2000 comme Saw ou Hostel, le tout rythmé par une bande-son rock originale composée spécialement par un ami de l'équipe.

Au centre de l'intrigue trône la terrifiante créature qui préside les parties, directement inspirée des "mangeurs de péchés" (sin-eaters) du vieux folklore britannique. « Lorsqu'une personne mourait, on faisait appel à un mangeur de péchés qui venait consommer de la nourriture posée sur le corps du défunt afin d'absorber ses péchés et lui permettre d'aller au paradis », raconte le réalisateur, fasciné par ces contes « à la fois beaux et très sombres ».

Le gameplay pur regorge d'idées sadiques et d'un humour noir qui rappelle immédiatement le ton d'un Deadpool. L'objet le plus vicieux du jeu ? Le "Mimic", sans hésitation. « C'est une petite créature... Le joueur peut la dérouler de sa forme en boule et la jeter dans le tiroir d'un autre joueur. Le Mimic prend alors l'apparence aléatoire de l'un des objets du tiroir. Si l'adversaire le choisit par erreur, celui-ci lui arrachera un doigt directement dans le tiroir ! » lâche le réalisateur en riant, avouant adorer « les petites bestioles d'horreur ».


Rédemption en solo, trahisons entre amis

Le jeu s'articule autour de deux expériences distinctes. Le mode solo narratif mettra en scène des personnages brisés, à l'image du mystérieux "Edward Metalhead". La campagne répondra aux questions fondamentales : « Pourquoi toutes ces personnes sont réunies dans cette pièce, à jouer à ce jeu, cette nuit-là ? » Les joueurs plongeront dans le passé de ces protagonistes pour savoir s'ils méritaient ce traitement et s'ils peuvent trouver la rédemption.

Le mode multijoueur (2 à 4 participants) promet quant à lui des sueurs froides et des amitiés brisées. Pensé comme un savant mélange entre le jeu de dés menteur Perudo et Buckshot Roulette, il met la déduction sociale à l'honneur. Si un joueur se fait dominer et perd ses doigts, il peut tenter de truquer les probabilités avec ses objets, mais surtout user de diplomatie. « L'idée n'est pas seulement d'utiliser des objets [...] mais aussi de pouvoir faire équipe avec un pote d'un côté de la table pour éliminer le joueur d'en face, » détaille le développeur. Une alliance indispensable pour faire tomber celui qui mène au score.

Enfin, pour ceux que la vue du sang rebute, l'équipe a conçu un mode sans violence graphique, considéré comme « l'un de leurs plus grands défis ». Le pari est réussi grâce à un travail sur le son et l'espace : « La bande-son travaille constamment à créer cette tension, cette angoisse et cette ambiance pesante. [...] Même sans le sang, les joueurs y trouveront une expérience très claustrophobe qui reste extrêmement amusante à jouer. »


L'avis du rédacteur

Nous s'asseoir devant cette télévision cathodique au milieu de la Gamescom a été une véritable claque. Ce qui marque immédiatement manette en main, c'est l'ambiance : c'est poisseux, lourd, et nous nous sentons littéralement enfermés avec ses adversaires. Le travail sur le sound design est exceptionnel ; il vous prend aux tripes et vous fait transpirer avant même d'avoir mis votre premier doigt en jeu.

Transformer le Pierre-Papier-Ciseaux en un jeu de déduction sociale et de survie est un coup de génie. L'ajout des objets dynamise complètement la partie. Nous avons d'ailleurs pu tester le fameux "Mimic", et voir un adversaire se faire happer le doigt dans son propre tiroir alors qu'il pensait utiliser un bonus déclenche ce genre de rire nerveux et sadique qu'on adore dans les party-games horrifiques.

L'humour noir (très "Deadpool") fait mouche, tout comme la tension psychologique qui reste intacte même si l'on active le mode sans effusion de sang. Fear Force Games signe ici des débuts impressionnants. Si vous cherchez un jeu capable de détruire vos amitiés tout en vous racontant une histoire macabre fascinante, préparez vos mains : "Rock Paper Severed" est sans doute la pépite indé à surveiller de très près.

Par Erodi Shijin et Otakufan