Electronic Arts traverse probablement l'une des périodes les plus importantes de son histoire. Alors que la Commission européenne serait sur le point de donner son feu vert au rachat du géant américain pour près de 55 milliards de dollars, l'éditeur semble déjà préparer l'avenir en redéfinissant complètement ses priorités.
Depuis plusieurs années, EA concentre ses investissements sur quelques licences majeures capables de générer des revenus récurrents grâce aux jeux-service, aux contenus additionnels ou aux compétitions en ligne. Dans cette stratégie, certaines franchises historiques semblent désormais considérées comme secondaires.
La dernière annonce en date risque donc de faire l'effet d'une douche froide pour les amateurs de jeux de course : Need for Speed et Burnout, deux licences emblématiques qui ont marqué toute une génération de joueurs, ne font plus partie des priorités du groupe.
Criterion tourne définitivement la page
À l'occasion du 30e anniversaire de Criterion Games, Electronic Arts a confirmé ce que de nombreux joueurs craignaient depuis déjà plusieurs années.
Connu pour avoir créé la série Burnout avant de reprendre les rênes de plusieurs épisodes de Need for Speed, le studio britannique ne travaille plus sur les jeux de course. Depuis plusieurs mois, l'ensemble de ses équipes est mobilisé sur le développement du prochain Battlefield aux côtés de DICE, Motive et Ripple Effect.
Interrogée sur l'avenir des licences automobiles, Rebecka Coutaz, vice-présidente de Battlefield Studios Europe, n'a laissé aucune place au doute :
« Nous ne sommes pas ici pour parler du passé. Nous sommes entièrement concentrés sur Battlefield. »
Cette déclaration peut sembler anodine, mais elle marque un véritable changement de cap pour Criterion. Le studio qui incarnait autrefois l'excellence du jeu de course arcade est désormais entièrement dédié aux FPS militaires.
À ce jour, aucun nouvel épisode de Need for Speed ou de Burnout n'a été annoncé, ni même évoqué par Electronic Arts. Plus inquiétant encore, aucun autre studio interne ne semble avoir repris le développement de ces licences.
La fin d'une époque pour les jeux de course d'EA
Le constat est aujourd'hui difficile à ignorer.
La licence Burnout est quasiment absente depuis la sortie de Burnout Paradise, en dehors de son remaster publié en 2018. Autrefois référence incontournable du jeu de course arcade avec ses crashs spectaculaires et son gameplay nerveux, la série semble aujourd'hui totalement abandonnée.
Du côté de Need for Speed, la situation n'est guère plus rassurante. Le dernier épisode inédit, Need for Speed Unbound, est sorti en 2022. Malgré des qualités reconnues par une partie de la communauté et des mises à jour régulières pendant plusieurs mois, le jeu n'a jamais réussi à retrouver le prestige des épisodes Underground, Most Wanted ou Carbon.
Pourtant, le marché démontre que les jeux de course arcade ont toujours leur place. Forza Horizon s'est imposé comme une référence incontournable du genre, tandis que The Crew Motorfest a permis à Ubisoft de relancer avec succès sa propre licence. Même des productions plus modestes comme Test Drive Unlimited Solar Crown continuent d'attirer une communauté fidèle malgré un lancement compliqué.
Dans ce contexte, voir Electronic Arts délaisser totalement deux de ses licences historiques apparaît comme un choix stratégique fort, voire incompréhensible pour de nombreux joueurs.
Battlefield devient la priorité absolue
Si Electronic Arts met aujourd'hui ses jeux de course de côté, ce n'est pas un hasard.
Depuis plusieurs années, l'éditeur réorganise progressivement ses studios afin de concentrer un maximum de talents autour de Battlefield, une franchise considérée comme essentielle pour son avenir.
Criterion a ainsi rejoint les Battlefield Studios aux côtés de DICE, Ripple Effect et Motive Studio. Ensemble, ces quatre équipes travaillent sur ce qui doit représenter le renouveau de la licence après la réception mitigée de Battlefield 2042.
L'objectif est particulièrement ambitieux : faire de Battlefield un concurrent capable de rivaliser durablement avec Call of Duty, tout en développant un véritable écosystème autour de la licence grâce à des contenus post-lancement réguliers et une approche plus proche du jeu-service.
Cette stratégie explique pourquoi EA préfère aujourd'hui regrouper plusieurs centaines de développeurs sur un nombre limité de projets plutôt que de répartir ses équipes sur davantage de licences.
Le revers de la médaille est évident : des franchises historiques comme Need for Speed ou Burnout passent progressivement au second plan.
Un changement de stratégie qui intervient au moment du rachat historique d'EA
Cette profonde réorganisation intervient alors que le rachat d'Electronic Arts entre dans sa dernière ligne droite.
Selon plusieurs médias économiques, la Commission européenne serait prête à approuver l'acquisition de l'éditeur par un consortium mené par le Public Investment Fund (PIF) d'Arabie saoudite, dans le cadre d'une opération estimée à 55 milliards de dollars.
Une fois finalisée, cette transaction marquerait la sortie d'Electronic Arts de la Bourse et son entrée dans une nouvelle phase de son histoire sous contrôle privé.
Même si le rachat n'est pas directement responsable de l'abandon des licences automobiles, il s'inscrit dans une logique déjà visible depuis plusieurs années. Electronic Arts cherche avant tout à concentrer ses investissements sur les franchises capables de générer des revenus importants sur le long terme.
EA Sports FC, Battlefield, Apex Legends ou encore Les Sims représentent aujourd'hui les piliers économiques de l'éditeur. À l'inverse, les licences nécessitant un développement coûteux sans garantie de revenus récurrents semblent progressivement disparaître des feuilles de route.
Une page se tourne pour Electronic Arts
Entre la mise en sommeil de Need for Speed, l'absence totale de nouvelles concernant Burnout et le recentrage de Criterion sur Battlefield, Electronic Arts semble définitivement tourner le dos à une partie de son héritage.
Si le rachat est validé dans les prochains jours, cette stratégie pourrait même s'accélérer. Les futurs propriétaires auront sans doute pour priorité de maximiser la rentabilité des franchises les plus puissantes du catalogue.
Pour les fans de jeux de course arcade, le message est malheureusement limpide : l'avenir de Need for Speed et de Burnout n'a jamais semblé aussi incertain.
L'avis du rédacteur
J'ai grandi avec Need for Speed et Burnout. Ces deux licences ont marqué mon adolescence et ont largement participé au succès d'Electronic Arts dans les années 2000. Les voir aujourd'hui mises de côté est forcément une déception.
Mais cette décision ne me surprend malheureusement pas. EA a pris l'habitude d'abandonner des franchises pourtant appréciées par les joueurs. Le meilleur exemple reste Need for Speed Underground : cela fait des années que la communauté réclame un remake des deux premiers épisodes, sans jamais être entendue.
Même constat pour Burnout, qui fut longtemps la référence du jeu de course arcade avant de disparaître complètement des plans de l'éditeur.
Et la liste ne s'arrête pas là. Dead Space a eu droit à un excellent remake, mais aucune suite n'a été annoncée. Titanfall 2, considéré comme l'un des meilleurs FPS de sa génération, attend toujours un troisième épisode près de dix ans après sa sortie. Quant à Battlefield Hardline, souvent critiqué à son lancement, il proposait pourtant une campagne solo originale, racontée comme une série policière, qui méritait largement une suite.
À cela s'ajoutent Fight Night, Army of Two, Medal of Honor, SSX, Command & Conquer et bien d'autres licences qui dorment dans les cartons d'EA.
C'est peut-être le plus frustrant : peu d'éditeurs possèdent un catalogue aussi riche. Plutôt que de miser uniquement sur quelques franchises comme Battlefield ou EA Sports FC, Electronic Arts gagnerait à faire revivre ces licences cultes qui ont contribué à bâtir sa réputation et que les joueurs réclament encore aujourd'hui.
J'espère sincèrement que le futur rachat d'Electronic Arts sera l'occasion de revoir cette stratégie. Car aujourd'hui, ce ne sont pas les idées qui manquent... ce sont les licences qu'EA refuse de faire revivre.