Pile of Shame : La science le confirme, 24 % des jeux que vous achetez ne seront jamais lancés

Publié le 3 août 2026 à 22:26

Vous venez de craquer sur les dernières promotions du PlayStation Store ou de Steam. Le jeu s'installe, l'icône apparaît sur votre menu... et pourtant, vous ne cliquerez jamais dessus. Selon une statistique vertigineuse partagée par JV, près d'un quart des jeux que nous payons sont voués à prendre la poussière numérique. Plongée dans le phénomène psychologique et économique de notre légendaire « Pile of Shame ».

On le connaît tous, ce petit frisson. Ce pic de dopamine salvateur lorsque l'étiquette affichant "-75 %" apparaît sur la page d'un chef-d'œuvre indépendant ou d'un AAA encensé par la critique. En quelques clics, l'affaire est conclue. Vous vous dites le plus sincèrement du monde : « Ce week-end, je m'y mets, c'est sûr ! »

Et puis, la réalité frappe. Le week-end arrive, la fatigue s'installe, et vous relancez plutôt votre jeu service de confort habituel pour de courtes sessions. Le nouveau venu, lui, rejoint tranquillement les abysses de votre bibliothèque.


Le syndrome de la bibliothèque pleine

Le compte X (anciennement Twitter) de JV a récemment remis le doigt sur la plaie avec une précision chirurgicale, chiffres à l'appui : exactement 24 % des jeux que vous avez payés ne seront jamais lancés. Oui, un jeu acheté sur quatre. Nous ne parlons pas ici de titres récupérés gratuitement, ni de jeux abandonnés après une heure parce que le gameplay ne cliquait pas. Nous parlons de titres payés avec votre propre carte bleue, fruits d'un désir d'achat réel, qui ne verront jamais l'ombre d'un écran d'accueil.


Acheter le temps qu'il nous manque : la psychologie derrière l'achat

Comment en sommes-nous arrivés à ce stade d'accumulation compulsive ? L'analyse est plurielle. D'abord, il y a la sociologie du joueur moderne. La génération qui a grandi avec la Super Nintendo ou la première PlayStation est aujourd'hui ancrée dans la vie active. Le pouvoir d'achat a grimpé, mais le temps libre s'est drastiquement effondré sous le poids des responsabilités. En achetant un jeu, le joueur adulte achète en réalité la promesse d'un temps libre qu'il n'a plus.

Ensuite, l'industrie s'est structurée autour de l'urgence. Avec la transition massive du format physique vers la distribution dématérialisée, l'acte d'achat ne nécessite plus de se déplacer. Les événements saisonniers réguliers et le syndrome "FOMO" (Fear Of Missing Out, ou la peur de rater une opportunité) tournent à plein régime. On n'achète pas le dernier jeu en vogue pour y jouer maintenant, mais pour « sécuriser l'opportunité » à bas prix.


19 milliards de dollars : le poids économique de nos fantômes virtuels

Élargissons la focale. Si 24 % des jeux payés ne sont jamais joués, l'impact financier à l'échelle du marché est colossal. Des études croisées par PCGamesN et SteamIDFinder ont estimé la valeur totale de ces bibliothèques inactives sur PC à un montant faramineux avoisinant les 19 milliards de dollars.

À cela s'ajoute l'hyper-saturation de l'offre. Avec un paysage vidéoludique qui accueille aujourd'hui plus de 14 000 nouveaux jeux par an rien que sur Steam, le goulet d'étranglement de l'attention est physique. Une joueuse ou un joueur passionné dispose en moyenne de 10 à 15 heures par semaine pour sa passion. Face à des mondes ouverts tentaculaires exigeant 80 heures pour en voir le générique de fin, le calcul mathématique est implacable.


L'avis de la rédactrice

En tant que rédactrice analysant ce marché au quotidien, mais aussi en tant que joueuse jonglant avec un emploi du temps millimétré, je dois bien l'avouer : je participe activement à cette statistique. Ma propre PlayStation 5 ressemble à un musée des intentions inachevées. J'ai acheté l'une des dernières itérations de Final Fantasy en me promettant d'y consacrer toute l'attention que ce monument du RPG narratif exige.

Le bilan ? Le jeu patiente sagement, trop épuisée intellectuellement pour me lancer dans une épopée d'une telle envergure. L'énergie requise pour s'immerger dans un nouvel univers exigeant vient souvent à manquer quand la vie professionnelle accapare l'essentiel de notre bande passante mentale.

Faut-il pour autant culpabiliser face à cette fameuse « Pile of Shame » ? Je suis intimement convaincue que non. Il faut dédramatiser cet amas virtuel ou physique. Pour beaucoup d'entre nous, acheter ces jeux, c'est soutenir financièrement une industrie et des créateurs que l'on chérit. C'est se constituer une collection, tels des bibliophiles qui achètent de superbes éditions de romans pour le simple plaisir de les savoir près d'eux.

Nos jeux non lancés ne sont pas des échecs de gestion de temps, ce sont des fenêtres ouvertes sur des mondes que nous explorerons « un jour ». Et si ce jour n'arrive jamais, laissons-nous le droit d'être simplement des mécènes de notre propre passion.

Et vous, quels jeux dorment dans votre bibliothèque depuis des mois ? Il est peut-être temps d'affronter votre Pile of Shame ou d'assumer pleinement votre rôle de collectionneur.

Par Erodi Shijin