De Game One à France TV Slash, en passant par Nolife, Micro Kid's et la presse spécialisée, Marcus a traversé plusieurs générations de jeux vidéo. À l'occasion du Paris Manga & Sci-Fi Show 2026, PGM a rencontré cette figure incontournable du paysage vidéoludique français pour évoquer son parcours, la renaissance de La Team et la place du jeu vidéo dans notre culture.
Paris Manga & Sci-Fi Show - Villepinte, octobre 2026
Il existe des personnalités qui ont accompagné plusieurs générations de joueurs. Marcus, de son vrai nom Marc Lacombe, fait incontestablement partie de celles-ci. Depuis ses débuts dans la presse spécialisée à la fin des années 1980 jusqu'à ses nombreuses années à la télévision, il a contribué à faire découvrir, comprendre et aimer le jeu vidéo à un public toujours plus large.
Pour beaucoup, il reste indissociable de Level One, émission emblématique de Game One dans laquelle il partageait ses découvertes vidéoludiques avec un naturel et un humour devenus sa marque de fabrique.
Mais derrière l'animateur se cache également un journaliste passionné, témoin privilégié de l'évolution d'une industrie qui a profondément changé depuis ses premiers pas.
Après la fermeture de Game One en décembre 2025, Marcus et ses camarades ont trouvé un nouveau souffle avec La Team, désormais accueillie par France Télévisions. Une occasion idéale de revenir sur cette nouvelle aventure, mais également sur près de quatre décennies de passion.
La Team : une nouvelle vie après Game One
PGM : Bonjour Marcus ! Comment vas-tu en cette édition de Paris Manga ?
Marcus : Ça va super ! Il y a beaucoup de monde cette année et je suis très content de voir ça. Il y a plein de p'tits amis, donc je prends le temps de recevoir chacun et de papoter un peu.
C'est un vrai plaisir parce qu'il y a des gens qui me regardent depuis qu'ils sont tout petits. On a plein de choses à se dire depuis le temps, donc c'est chouette !
PGM : Quelle est ton actualité en ce moment, notamment depuis la disparition de Game One ?
Marcus : Comme tu le sais peut-être, Game One a fermé en décembre dernier. Évidemment, avec l'équipe, on ne voulait pas se laisser faire.
On n'a pas pu sauver Game One, toutes ses émissions et tout ce qu'il y avait autour. En revanche, on a réussi à sauver une émission, Team G1, qui nous permettait de nous retrouver tous ensemble, avec Julien Tellouck, Kayane, Genius, Sora, Anh Phan, Thomas Grellier, Shyvanah et les autres.
On voulait vraiment rester ensemble. On a donc sauvé cette émission en créant notre propre chaîne Twitch dans un premier temps. Et ça a très bien marché ! Les spectateurs étaient au rendez-vous. Ça a beaucoup plu à France Télévisions, et nous avons rejoint le groupe à la rentrée.
Désormais, l'émission s'appelle La Team. Elle est diffusée sur les chaînes Twitch et YouTube de France TV Slash, avec des replays disponibles sur YouTube. Et bientôt, je pense qu'il pourrait également y avoir une rediffusion sur France 4, sans doute en deuxième partie de soirée.
C'est génial parce que cela fait très longtemps qu'on n'a pas eu une émission consacrée aux jeux vidéo sur une chaîne nationale gratuite. Il y avait notamment Micro Kid's, et puis Le Journal des jeux vidéo de Fred Moulin sur Canal+, qui était super, mais ce n'était pas une chaîne gratuite.
Aujourd'hui, on est vraiment très contents. Ça se passe très bien avec France Télévisions. Ils sont très encourageants, ils nous aident beaucoup et nous laissent une grande liberté. Ils nous suggèrent aussi des idées qui nous plaisent, donc on les applique !
On en est à notre troisième émission depuis la rentrée et, pour l'instant, tout se passe très bien.
Marcus, le « fossoyeur » des médias vidéoludiques ?
PGM : Je t'ai connu à l'époque des débuts de Game One, mais également sur Nolife. Finalement, avec toutes ces chaînes qui ont fermé, tu serais presque un fossoyeur du jeu vidéo !
Marcus : Ah, exactement ! Mais tu sais que j'ai aussi fermé Tilt avant, Micronews et Player One ! (Rires)
Oui, c'est vrai, malheureusement, les fermetures, ça commence avec Tilt. Et ce n'est quand même pas rien ! C'était l'un des premiers magazines de jeux vidéo en France, peut-être même au monde, je ne sais pas s'il existait un équivalent ailleurs.
Parfois, je me demande moi-même si je ne porte pas un peu la poisse ! Après, prends Nolife, par exemple. C'était une expérience incroyable qui aurait dû durer un an et qui en a finalement duré dix. Grâce à l'amour que les gens portaient à cette chaîne, elle a tenu très longtemps.
Toutes ces aventures restent de très belles expériences. C'est toujours triste quand ça s'arrête, bien sûr. Mais si c'est pour redémarrer sur quelque chose d'aussi bien, voire de mieux, ce n'est pas plus mal.
Et là, je trouve que le fait d'arriver sur France TV avec une émission consacrée au jeu vidéo et à la pop culture, c'est quand même un sacré exploit ! Peut-être que cela va nous permettre, au-delà des personnes qui nous suivaient déjà, de toucher des gens qui ne nous connaissent pas du tout. Ils vont peut-être découvrir ce qu'on fait et apprécier qu'on mette en avant le jeu vidéo et la pop culture sur une chaîne nationale.
PGM : Il y a aussi toute une histoire du jeu vidéo à la télévision, notamment avec Cyril Drevet et Télévisator. Tu as traversé une grande partie de cette histoire.
Marcus : Exactement ! Cyril, c'est un pote. On est tous les deux des vieux dinosaures du jeu vidéo ! Moi, je travaillais déjà sur Micro Kid's, avant même Télévisator. Si tu regardes bien l'histoire du jeu vidéo à la télévision, il y a énormément de choses à raconter.
D'ailleurs, Nicolas Bonzom a écrit un livre qui s'appelle Télé Start, consacré à toute cette histoire, depuis les premières émissions jusqu'à Game One et ce qui est arrivé ensuite.
Je suis sur la couverture, parmi d'autres personnalités, et quasiment dans tous les chapitres ! J'ai travaillé sur Micro Kid's, Nolife, Game One... Finalement, j'ai suivi non seulement une grande partie de l'histoire du jeu vidéo, mais également celle du jeu vidéo à la télévision.
Et c'est quelque chose dont je suis très fier. Parce qu'on doit toujours batailler contre les préjugés pour arriver à imposer des choses. Et quand on y arrive, forcément, on est content.
De Pong à une carrière de journaliste : une passion née devant la télévision
PGM : C'est une question assez classique, mais chaque joueur a sa propre histoire. Comment es-tu tombé dans le jeu vidéo ?
Marcus : Comme Obélix, je suis tombé dans la marmite de potion magique quand j'étais petit ! Moi, je suis très vieux, je suis né en 1966. Quand je suis né, les jeux vidéo n'existaient pas encore vraiment pour le grand public. Vers 1977, j'avais une dizaine d'années, et mon papa a ramené Pong à la maison. C'était le fameux jeu de tennis, avec différentes variantes comme le football ou la pelote basque selon la position du curseur.
Et là, immédiatement, c'était une révolution incroyable ! D'habitude, devant la télévision, on était passifs. Tout à coup, on pouvait jouer avec l'écran ! Même si c'était très sommaire, il y avait un score. On pouvait jouer en famille, et celui qui perdait faisait la vaisselle ! Donc il y avait un enjeu, tu vois ! (Rires)
Tout de suite, j'ai trouvé ça convivial. Pour moi, c'était presque un jeu de société à partager avec les autres. À partir de là, j'ai eu la chance d'avoir plusieurs machines. Pas toutes, évidemment. Je n'ai jamais eu la NES, par exemple, mais j'ai eu l'Atari 2600, puis un Amiga un peu plus tard.
Et finalement, j'ai suivi toute l'histoire du jeu vidéo. Très vite, j'en ai fait mon métier puisque je suis entré chez Micronews en 1989. C'est là que je suis devenu journaliste spécialisé dans le jeu vidéo. Depuis, j'en ai vu passer, des jeux !
Aujourd'hui, je ne peux plus dire que je connais tous les titres qui sortent, parce qu'il en arrive un toutes les trois minutes ! Mais jusqu'à il y a une dizaine d'années, je pense que j'avais vu à peu près tout ce qui était sorti. J'ai eu la chance de naître pile au bon moment pour faire cette carrière.
D'ailleurs, quand j'ai commencé, ce n'était même pas considéré comme une véritable carrière. Personne n'imaginait que je pourrais passer toute ma vie à tester des jeux vidéo. Et pourtant, c'est exactement ce qui est en train d'arriver !
Le jeu vidéo est-il enfin reconnu comme une culture ?
PGM : Avec toute ton expérience, quel regard portes-tu sur les personnes qui, même en 2026, continuent de considérer que le jeu vidéo n'est pas une forme de culture ?
Marcus : Il faut arriver à les convaincre. Et je pense que cela passe notamment par le fait d'aller chercher ces personnes dans des lieux comme les médiathèques. Les médiathèques organisent des expositions de rétrogaming qui permettent de faire venir des gens d'une trentaine ou d'une quarantaine d'années, un public qu'elles ont parfois du mal à toucher.
Et tout à coup, ces visiteurs découvrent que le jeu vidéo possède une histoire, qu'il y a des choses à raconter, que c'est intéressant, interactif et que cela peut se partager entre les générations. En réalité, ce n'est pas si difficile de défendre le jeu vidéo. Il faut simplement qu'on nous donne l'occasion de le faire. Moi, dès que je peux aller dans une médiathèque pour parler de jeu vidéo, je le fais. Je trouve que ça fait avancer les choses.
Les chaînes spécialisées comme Game One s'adressaient principalement à des gens qui étaient déjà convaincus. C'était très bien, évidemment, mais ça ne faisait pas forcément avancer le schmilblick auprès des autres. En revanche, faire une émission sur France Télévisions, et potentiellement sur France 4, cela peut nous aider à dédiaboliser le jeu vidéo.
Ça permettra de montrer à davantage de gens toutes ses qualités. Je suis aussi intervenu plusieurs fois dans Les Maternelles. Les équipes étaient très ouvertes à ce sujet. Plutôt que de diaboliser le jeu vidéo, j'étais là pour expliquer son intérêt, comment on peut jouer avec ses enfants, mais également comment fixer des limites.
Par exemple, expliquer pourquoi un enfant de neuf ans ne devrait pas jouer à GTA, qui est destiné à un public adulte. On a parfois l'impression que la télévision déteste les jeux vidéo, parce que dès qu'il y a un drame, certains ont tendance à leur faire porter le chapeau.
Mais en réalité, les gens sont beaucoup plus ouverts qu'on ne le pense. La plupart jouent eux-mêmes, ou ont au moins des enfants qui jouent. Et puis les générations changent. Avant, les directeurs des programmes étaient souvent des personnes qui n'avaient pas grandi avec les jeux vidéo.
Quand on venait leur proposer une émission consacrée à ce sujet, ils nous renvoyaient directement vers l'unité jeunesse. Pour eux, le jeu vidéo était un jouet destiné aux enfants. Avec l'arrivée de la PlayStation dans les années 1990, et des jeux comme Resident Evil ou GTA, les mentalités ont commencé à évoluer. Les gens ont compris que le jeu vidéo pouvait aussi s'adresser aux adolescents et aux adultes.
Aujourd'hui, les personnes qui dirigeaient autrefois ces programmes ont été progressivement remplacées par des gens de 30 ou 40 ans qui ont eux-mêmes grandi avec le jeu vidéo. Ils connaissent ce média et n'ont plus nécessairement les mêmes préjugés que leurs prédécesseurs.
Donc on va y arriver. C'est une question de temps. Ça nous aura pris trente ans !
Marcus sans manette : jeux de société, piano et piscine
PGM : On connaît tous Marcus le joueur. Mais justement, que fait Marcus lorsqu'il ne joue pas aux jeux vidéo ?
Marcus : Du jeu de société, principalement ! Le jeu, c'est vraiment ma vie, en fait. J'adore les jeux de société. J'en ai énormément à la maison et j'en achète régulièrement. C'est quelque chose que j'aime beaucoup. Je fais également de la musique. Je joue du piano.
Je joue d'oreille parce que je n'ai jamais appris le solfège. Alors je me débrouille comme je peux ! Ce n'est pas terrible comme résultat, mais j'adore ça ! En revanche, le sport, très peu pour moi. Je vais à la piscine de temps en temps, et c'est à peu près tout.
Une rencontre entre générations de passionnés
Au terme de cet échange, difficile de ne pas revenir sur ce qui rend Marcus aussi attachant : sa proximité avec les joueurs.
Pour l'auteur de ces lignes, cette rencontre possède également une dimension particulière. Pendant une dizaine d'années, Marcus faisait partie de ces personnalités que l'on retrouvait régulièrement dans les allées de Japan Expo, lorsque nous découvrions encore le salon du côté des visiteurs.
Aujourd'hui, les choses ont changé. Depuis l'année dernière, c'est avec une accréditation presse et les couleurs de PGM que nous parcourons ces mêmes allées.
Lorsque nous lui avons expliqué cette évolution, Marcus nous a simplement répondu, avec la spontanéité qui le caractérise :
« Tu es des nôtres. Bienvenue. »
Quelques mots qui résument assez bien l'esprit de cette rencontre.
L'avis du rédacteur
Avec près de quatre décennies passées à parler de jeux vidéo, Marcus aurait largement de quoi regarder le chemin parcouru avec nostalgie. Pourtant, ce qui ressort de notre échange, c'est surtout son enthousiasme pour les projets à venir.
La disparition de Game One aurait pu marquer la fin d'une époque. Elle a finalement ouvert la voie à une nouvelle aventure avec La Team, et peut-être à une nouvelle manière de faire découvrir le jeu vidéo au grand public.
Au-delà de sa carrière, Marcus continue de défendre une conviction simple : le jeu vidéo est une culture qui mérite d'être partagée, expliquée et transmise.
Et tant qu'il restera des joueurs à rencontrer et des histoires à raconter, il y a fort à parier que Marcus ne sera jamais bien loin d'une manette ou d'un micro.
PGM remercie chaleureusement Marcus pour sa disponibilité, sa bonne humeur et cet échange à l'occasion du Paris Manga & Sci-Fi Show 2026.