Présentation Générale:
- Titre : The Sinking City
- Développeur : Frogwares
- Plateformes : PC (Windows), PlayStation 4, PlayStation 5, Xbox One, Xbox Series X/S et Nintendo Switch.
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Date de sortie : 27 juin 2019 (PC, PS4, Xbox One), 12 septembre 2019 (Nintendo Switch), 19 février 2021 (PS5), 28 avril 2021 (Xbox Series)
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Genre : Action-aventure, enquête et survival horror
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Mode : Solo
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Prix : Le prix varie généralement entre 39,99 € et 49,99 € hors promotions (souvent disponible à prix réduit, autour de 10-15 €, lors des soldes numériques)
La note des lecteurs sur ce titre :
ECOSCORE PGM
Sorti initialement en 2019 et développé par le studio ukrainien Frogwares, The Sinking City s'impose comme une tentative ambitieuse de fusionner le jeu d'enquête pure et l'horreur psychologique. Librement inspiré de l'univers de H.P. Lovecraft, le titre plonge le joueur dans les années 1920, au cœur d'une ville fictionnelle de la Nouvelle-Angleterre dévastée par une inondation surnaturelle. Entre mécaniques d'investigation exigeantes, qui refusent de prendre le joueur par la main, et une ambiance de décomposition urbaine particulièrement soignée, le soft pose une question centrale : comment adapter le mythe de Cthulhu sans sombrer dans les clichés du genre ? En dépit de rigidités techniques souvent pointées par la critique, l'œuvre de Frogwares mérite une analyse approfondie de ses structures narratives et de son game design singulier.
Graphismes
Si The Sinking City ne brille pas par la perfection technique de son moteur, sa véritable force réside dans la maestria de sa direction artistique, une plongée viscérale et poisseuse au cœur de l'horreur cosmique. Frogwares a réussi le tour de force de matérialiser l'indicible lovecraftien à travers une esthétique de la désolation absolument saisissante : Oakmont est une ville qui se noie sous nos yeux, drapée dans des teintes de vert saumâtre, de gris asphalte et de brumes éternelles qui coupent le souffle autant qu'elles oppressent. Le travail sur les textures est phénoménal d’immersion ; l'omniprésence de l’eau se ressent dans chaque ruelle, où le limon, les algues putrides et les coquillages incrustés sur les façades victoriennes témoignent d'une cité digérée par l'océan. Les jeux de lumière, oscillant entre la pâleur d'un jour sans soleil et la lueur vacillante des réverbères qui percent le brouillard, confèrent à chaque quartier une atmosphère de cauchemar éveillé.
C'est précisément cette laideur magnifique, cette décomposition superbement stylisée et ce gigantisme architectural oppressant qui extirpant le titre de la simple prouesse graphique pour l'élever au rang d'œuvre d'art macabre, où le décor devient lui-même le monstre le plus terrifiant du jeu.
Gameplay
Plongez dans les eaux saumâtres d’Oakmont, et vous comprendrez vite que The Sinking City ne vous prendra jamais par la main. Véritable lettre d'amour interactive à l'œuvre de Lovecraft, le titre se distingue par un parti pris audacieux et viscéral : l'absence totale de guidage automatique. Ici, pas de marqueur magique sur la carte pour vous dicter votre conduite ; vous êtes Charles Reed, un détective privé au bord de la folie, armé de son seul carnet de notes et de son intuition. Le gameplay brille par son système d'investigation d'une profondeur rare, où chaque indice glané dans des archives poussiéreuses ou sur une scène de crime macabre doit être relié manuellement dans votre « Palais de la Mémoire ». Mais la véritable force du jeu réside dans cette tension permanente qui tiraille le joueur : alors que vous traquez la vérité à bord d'une barque fendant des rues inondées et putrides, vous devez constamment jongler entre des combats d'une brutalité désespérée face à des monstruosités innommables et la gestion critique de votre santé mentale. Chaque vision d'horreur altère votre perception, brouille l'écran et vous pousse un peu plus vers un gouffre psychologique terrifiant. C'est lourd, c'est oppressant, et c'est précisément ce qui rend cette expérience d'enquête si magistrale et unique en son genre.
Bande Son
Mettez vos écouteurs dans le noir et laissez-vous submerger. Dès les premières notes, la bande-son de The Sinking City vous accompagne dans votre descente aux enfers dans la cité d'Oakmont. Le compositeur Sergei Shurshunov livre ici une véritable partition de l'angoisse, une symphonie poisseuse où les cordes grincent comme le bois d'un navire qui sombre, et où les nappes de synthétiseurs imitent le ressac d'un océan insondable. Ce travail sonore, d'une justesse chirurgicale, transcende le simple habillage pour épouser la folie lovecraftienne qui ronge le détective Charles Reed. Pour le joueur, l'expérience est totale, viscérale, presque asphyxiante ; la musique s'insinue sous la peau, transformant la moindre ruelle inondée en un piège psychologique majeur. Une masterclass d'ambiance qui prouve, s'il le fallait encore, que le grand jeu vidéo d'horreur se regarde autant qu'il s'écoute les yeux grands ouverts, pétrifié d'effroi.
Histoire et narration
Enfoncez au cœur d’Oakmont, une cité insulaire des années 1920 que la folie grignote à mesure que les eaux montent. Dans The Sinking City, l’histoire ne se contente pas d’emprunter aux codes de H.P. Lovecraft : elle s'y noie avec une brio terrifiant. Le joueur y incarne Charles Reed, un détective privé et ancien de la Navy, harcelé par des visions d'apocalypse qui le guident vers cette ville coupée du monde, victime d'une inondation surnaturelle. Là où le titre brille magistralement, c'est dans sa narration environnementale et son refus de prendre le joueur par la main. Oakmont est un personnage à part entière, un labyrinthe de ruelles putrides et de secrets de familles monstrueux où chaque indice doit être glané de haute lutte. Pas de marqueurs magiques sur la carte ici ; vous devez recouper vos témoignages, fouiller les archives locales et plonger dans le « Palais de la Mémoire » de Reed pour lier les faits. C'est une descente aux enfers narrative d'une noirceur absolue, où la vérité a le goût amer du sel et de la démence, captivant le joueur de la première intuition jusqu'à l'inévitable et terrifiant verdict.
Durée de vie et rejouabilité
S'engager dans les entrailles de The Sinking City, c’est accepter de perdre la notion du temps. Pour quiconque ose braver les eaux saumâtres d'Oakmont, l’enquête principale, cette quête obsessionnelle de vérité face à la folie lovecraftienne, vous agrippera pendant une vingtaine d’heures de pure tension psychologique. Mais le véritable sel du titre de Frogwares réside dans ses secrets les plus sombres : en vous laissant submerger par l'appel des affaires secondaires et en fouillant chaque recoin de cette cité à la dérive, le compteur s'affolera pour flirter, voire dépasser, les 30 à 35 heures de jeu. Une longévité remarquable et savoureuse pour les mordus d'investigation textuelle et d'ambiances poisseuses, qui prouve que même au bord du gouffre, Oakmont a énormément d'histoires tragiques à nous conter avant de nous laisser sombrer définitivement.
Eléments techniques
Sous la surface d’une Oakmont rongée par les eaux, The Sinking City cache une machinerie technique qui, à défaut de briller par son optimisation, fascine par ses choix structurels. Développé sur l'Unreal Engine 4, le titre de Frogwares relève un défi de taille : fusionner un monde ouvert urbain à une physique aquatique omniprésente. C’est là que le bât blesse et passionne à la fois. Si le moteur affiche une ambiance poisseuse mémorable grâce à des jeux de lumière crépusculaires et des textures de moisissure saisissantes, la gestion de la distance d'affichage (draw distance) et le clipping rappellent cruellement les limites du budget du studio ukrainien. Plus technique encore, l'architecture du jeu repose sur une génération procédurale des intérieurs de bâtiments, un tour de force algorithmatique permettant d'explorer d'innombrables bâtisses sans temps de chargement apparents, mais qui brise parfois l'immersion par une répétition flagrante des assets. On saluera en revanche la spatialisation sonore, véritable chef-d'œuvre invisible : le clapotis de l'eau noire, les craquements des structures de bois pourries et les murmures distordus de la folie exploitent pleinement l'audio 3D, plongeant le joueur dans une détresse sensorielle totale. C'est une œuvre brute, techniquement perfectible, mais habitée d'une vision d'auteur indéniable.
Accessibilité
S'aventurer dans les rues inondées d'Oakmont, ce n'est pas seulement affronter la folie lovecraftienne de The Sinking City, c'est aussi faire l'expérience d'un jeu qui refuse de vous prendre par la main, parfois jusqu'au vertige. Pour les passionnés de mécaniques exigeantes, le titre est un pur régal d'investigation : pas de marqueurs d'objectifs automatiques, c'est à vous de relier les indices dans votre "palais de la mémoire" et de fouiller les archives locales. Une approche rafraîchissante qui respecte l'intelligence du joueur, mais qui dresse aussi un mur invisible pour quiconque cherche une expérience fluide. Côté options d'accessibilité pure, les développeurs ont eu la bonne idée de séparer la difficulté des combats de celle des enquêtes, permettant aux détectives en herbe de savourer le scénario sans bloquer sur des monstres trop retors. On regrette cependant que l'interface globale et la lisibilité de la carte manquent parfois de souplesse pour les joueurs en situation de handicap visuel ou moteur. The Sinking City reste un voyage fascinant, mais pour naviguer dans ses eaux sombres, il vous faudra armer votre esprit d'une sacrée dose de patience et de perspicacité.
Sentiment du testeur
Au bout du compte, The Sinking City ne se contente pas de nous faire traverser Oakmont ; il nous y embourbe, nous y use, et c’est précisément là que réside son sombre génie. En tant que joueur, on ressort de cette expérience le regard un peu hagard, les doigts encore imprégnés de l'odeur du sel et de la décadence. Ce titre est un diamant brut, cruellement taillé, qui troque le confort moderne des points de passage contre le frisson authentique de l'investigation à l'ancienne. Malgré ses errances techniques évidentes, ses combats parfois rigides et ses graphismes qui accusent le coup, l’appel des abysses est resté le plus fort. Frogwares a réussi l'impensable : matérialiser la folie indicible de Lovecraft sans jamais tomber dans le cliché du simple train fantôme. Une œuvre imparfaite, viscérale et habitée, qui prouve qu'un grand jeu vidéo n'a pas besoin d'être poli sous toutes ses coutures pour hanter nos nuits bien après le générique de fin.
| Critères | Notes |
|---|---|
| Graphismes | 6/10 |
| Gameplay | 15/20 |
| Bande son | 8/10 |
| Histoire et narration | 8/10 |
| Durée de vie et rejouabilité | 7/10 |
| Eléments techniques | 6/10 |
| Accessibilité | 8/10 |
| Sentiment du testeur | 14/20 |
| Note finale | 67,5/100 |
J’aime en 5 points
- Une ambiance lovecraftienne poisseuse et magistrale
- Le système d'enquête "sans aide" (No Hand-Holding)
- Le Palais de la Mémoire et les dilemmes moraux
- La dualité de la ville d'Oakmont
- La jauge de santé mentale
J’aime moins en 5 points
- Des combats rigides et datés
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Une technique datée et des bugs fréquents
- La répétitivité des environnements intérieurs
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Des trajets en barque parfois fastidieux
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Une ville un peu "coquille vide"
Conclusion
Manette en main, l'immersion est aussi immédiate qu'étouffante : arpenter les rues inondées d'Oakmont dans The Sinking City, c’est accepter de plein gré de sombrer dans une délicieuse démence. En tant que connaisseuse de l'univers lovecraftien, je ne cache pas mon frisson face à cette atmosphère poisseuse, presque palpable, où chaque ruelle embrumée semble suinter l'angoisse. Ce qui me frappe au cœur c'est que le joueur, au-delà de l'enquête pure, c'est cette sensation viscérale d'impuissance et de fascination, magnifiée par un système d'investigation qui ne prend jamais le joueur par la main. On ressort de cette session de jeu l'esprit hanté, le regard encore troublé par les visions d'horreur cosmique, avec cette certitude : celle d'avoir touché du doigt une œuvre imparfaite, certes, mais viscéralement habitée et profondément mémorable.