Avec Frontier: Path of Shadows, Oduvan Games nous entraîne aux confins de l’espace dans un RPG tactique au tour par tour qui revendique la rencontre entre X-COM et Final Fantasy. Combats sur des arènes composées de nœuds, gestion d’escouade, équipement soumis à l’usure, réputation auprès des factions et décisions capables d’influencer le destin d’un secteur entier : sur le papier, le voyage a de quoi séduire. Cette première prise en main révèle effectivement plusieurs idées intéressantes, mais également un jeu qui doit encore sérieusement travailler la clarté de ses explications et de certains objectifs avant sa sortie prévue au troisième trimestre 2026.
Fiche technique
- Titre : Frontier: Path of Shadows
- Développeur : Oduvan Games
- Éditeur : Oduvan Games
- Genre : RPG tactique, stratégie au tour par tour
- Plateforme : PC via Steam
- Sortie prévue : troisième trimestre 2026
- Version testée : version de démonstration avant la sortie
- Langue française : interface et sous-titres, encore partiellement traduits dans la version essayée
Survivre aux confins du XXVe siècle
La guerre contre la mystérieuse Utopia est terminée, mais la paix n’a visiblement pas gagné les confins de l’espace pour autant. Frontier: Path of Shadows nous place dans la peau de Jay, un ancien coursier dont l’existence bascule lorsqu’un cristal symbiotique conscient se retrouve lié à lui. À bord de la corvette Simurgh, il rejoint un équipage qui tente autant de comprendre ce qui se joue dans cette région reculée que d’y survivre.
Nous n’irons volontairement pas beaucoup plus loin concernant l’histoire. Durant cette découverte, nous avons choisi de passer rapidement plusieurs dialogues afin de nous concentrer sur le gameplay et de ne pas dévoiler les événements que les joueurs pourront découvrir par eux-mêmes. Retenons simplement que l’univers ne semble pas constituer un simple décor : le journal de quêtes, le codex régulièrement enrichi et le système de réputation laissent entrevoir une aventure dans laquelle les factions, les alliances et les décisions prises pourraient réellement peser sur la suite.
La réputation ne servirait d’ailleurs pas uniquement à modifier quelques lignes de dialogue. Le jeu indique qu’elle peut influencer l’histoire, les prix pratiqués dans les boutiques ainsi que les objets proposés. Cette dimension, à laquelle s’ajoute la promesse d’explorer plusieurs planètes, donne à Frontier: Path of Shadows une ambition qui dépasse la simple succession d’affrontements tactiques.
Des combats qui remplacent les cases par des nœuds
Les affrontements se déroulent au tour par tour, selon un ordre d’initiative visible en bas de l’écran. Chaque personnage dispose de points d’action qu’il peut consacrer à ses déplacements, à ses attaques ou à différentes capacités. La principale particularité vient de la construction des arènes : ici, les combattants ne se déplacent pas librement sur une grille traditionnelle, mais d’un nœud à un autre.
Ce choix ne se limite pas à une simple différence visuelle. Chaque emplacement possède ses propres caractéristiques. Certains offrent une couverture contre les tirs, d’autres permettent de récupérer un objet ou placent le personnage dans une meilleure position pour viser une cible. Avant d’agir, il faut donc observer les lignes reliant les nœuds, la portée de l’arme utilisée et la probabilité de toucher l’adversaire.
La posture du personnage entre également dans l’équation. Rester debout permet de bénéficier d’un point d’action supplémentaire, tandis que s’accroupir améliore la défense et les attaques à distance. Le corps-à-corps ignore pour sa part les bonus de couverture et peut faire reculer l’un des deux combattants, puisque deux unités ne peuvent pas occuper le même nœud. Le jeu ajoute encore à cela des grenades, des compétences propres à chaque membre de l’escouade et une jauge d’adrénaline donnant accès à des actions capables de renverser une situation mal engagée.
Sur le papier comme lors des premiers combats, le système possède donc une véritable profondeur. Il oblige à réfléchir au placement de toute l’équipe plutôt qu’à simplement sélectionner l’ennemi le plus proche. Les différentes portées, les pourcentages de réussite, les postures et les capacités spéciales offrent déjà plusieurs manières d’aborder une même situation.
Une gestion d’escouade qui ne s’arrête pas au champ de bataille
Entre deux affrontements, Frontier: Path of Shadows dévoile une couche de gestion assez complète. Les armes peuvent être placées dans les mains droite et gauche, tandis que la ceinture accueille d’autres pièces d’équipement utilisables en combat. La capacité de transport reste limitée par le poids, ce qui devrait empêcher d’accumuler sans réfléchir tout ce qui est récupéré en mission.
Le matériel s’use également avec le temps. Un objet endommagé devient jaune, puis rouge lorsqu’il est cassé. Il n’est alors plus utilisable, mais peut encore être revendu contre quelques crédits. Cette mécanique oblige potentiellement à surveiller l’état de son arsenal et à préparer son escouade avant de repartir. Associée aux récompenses de combat, aux crédits et à la recherche de nouvelles pièces d’équipement, elle pourrait donner une réelle importance à la progression sur la durée.
Tout cela contribue à l’impression d’un jeu qui ne manque pas de systèmes. Le problème n’est donc pas l’absence d’idées, bien au contraire. La difficulté, dans cette version, vient surtout de la manière dont elles sont présentées au joueur.
Un tutoriel généreux, mais une prise en main encore brouillonne
Le tutoriel prend le temps d’expliquer les points d’action, l’initiative, les attaques à distance, le corps-à-corps, les couvertures, les postures ou encore l’inspection détaillée des personnages et des ennemis. Sur ce point, Oduvan Games a bien conscience que son système demande un véritable accompagnement.
Pourtant, les premières minutes restent parfois confuses. Les fenêtres d’explication, les nombreuses icônes et la quantité d’informations affichées donnent rapidement une interface assez dense. Une attaque au corps-à-corps ayant infligé zéro dégât nous a, par exemple, laissés sans explication suffisamment évidente. De la même manière, l’écran de victoire semblait annoncer l’obtention d’une nouvelle arme, mais celle-ci n’a pas été retrouvée ensuite dans l’inventaire. Il peut s’agir d’une mécanique mal comprise, d’un affichage ambigu ou d’un problème propre à cette version ; dans les trois cas, le jeu gagnerait à mieux communiquer ce qui vient de se produire.
La localisation française demande elle aussi encore du travail. L’essentiel est déjà compréhensible et la présence du français reste une bonne nouvelle, mais quelques expressions anglaises, comme « Quest Description » ou « Sell to local », apparaissent encore au milieu des menus et des objectifs. Nous avons même vu passer un élément dans une autre langue au cours de la partie. Rien d’alarmant plusieurs mois avant la sortie, mais cette traduction incomplète participe forcément au manque de clarté ressenti lors de cette découverte.
Une science-fiction sobre au service de la lisibilité
Visuellement, Frontier: Path of Shadows adopte une esthétique de science-fiction assez sombre et fonctionnelle. Les arènes en vue isométrique ressemblent presque à des plateaux tactiques, avec des personnages clairement identifiables, des lignes reliant les différents nœuds et des codes couleur qui permettent de distinguer rapidement les alliés des ennemis. Les dialogues s’appuient quant à eux sur des portraits en deux dimensions et des arrière-plans illustrés.
L’ensemble n’est pas particulièrement spectaculaire à ce stade, mais il reste cohérent avec la dimension stratégique du jeu. La priorité est donnée à la lecture des positions, des portées et des zones d’effet. Cette lisibilité se heurte toutefois à la densité de l’interface : entre l’ordre d’initiative, les portraits, les compétences, les états, les objectifs et les nombreux petits symboles, il faudra un temps d’adaptation avant de lire naturellement toutes les informations disponibles.
Oduvan Games précise par ailleurs sur la page Steam que les personnages sont conçus manuellement, tandis que l’intelligence artificielle est utilisée pour accélérer la création de certains arrière-plans et des planètes. Aucun contenu ne serait généré dynamiquement pendant la partie.
Quand un objectif de fuite enraye toute la découverte
Le principal problème rencontré est arrivé lors de la dernière bataille de cette session. L’objectif semblait pourtant simple : « Fonce jusqu’à la porte ». Des ennemis continuaient cependant à apparaître au fil des manches, tandis que l’un de nos personnages finissait par tomber au combat. Impossible alors de comprendre clairement comment le ranimer, ni pourquoi l’arrivée à la zone que nous pensions être la bonne ne déclenchait pas la fin de la mission.
Les renforts adverses ont continué d’affluer jusqu’à la dix-septième manche. Peut-être fallait-il activer un élément précis, atteindre la sortie avec l’ensemble de l’escouade ou éviter à tout prix la chute de Jay. Peut-être s’agissait-il simplement d’un bug empêchant le déclenchement de la suite. En l’état, rien à l’écran ne permettait de trancher avec certitude et nous avons finalement préféré interrompre la partie après une trentaine de minutes.
Ce passage illustre le principal chantier qui attend encore Frontier: Path of Shadows. Un jeu tactique peut parfaitement demander au joueur d’analyser une situation et d’apprendre de ses erreurs. En revanche, lorsqu’un objectif échoue ou ne progresse pas, il doit lui permettre de comprendre pourquoi. Ici, nous ne savions plus si nous avions pris une mauvaise décision, manqué une interaction, subi les conséquences de la mort d’un personnage ou rencontré un véritable dysfonctionnement.
Notre avis provisoire : une frontière prometteuse, mais encore mal balisée
Frontier: Path of Shadows n’est pas dénué de qualités. Son système de déplacement par nœuds, l’importance des postures et des couvertures, la gestion de l’équipement, l’usure du matériel, l’adrénaline et la réputation auprès des factions forment une base riche qui peut séduire les amateurs de RPG tactiques. Le jeu possède des idées, un univers qui semble construit avec soin et une volonté évidente de donner du poids aux décisions du joueur.
Mais cette première prise en main montre également qu’il reste du travail. La densité de l’interface, certaines explications insuffisantes, la traduction encore incomplète et surtout cette séquence finale impossible à conclure proprement ont considérablement brouillé notre découverte. Cela ne suffit pas à condamner un titre encore en développement, et il serait injuste d’affirmer que le jeu est mauvais sur la seule base de cette version. En revanche, le constat est clair : avant sa sortie prévue au troisième trimestre 2026, Oduvan Games devra rendre l’expérience plus lisible et mieux accompagner le joueur lorsque ses nombreux systèmes commencent à s’entrecroiser.
Les fondations sont là. Reste désormais à baliser le chemin pour que les joueurs aient réellement envie de s’aventurer jusqu’au bout de cette Frontière.
Par Otakufan