PREVIEW - Gamescom : Reply All, quand l'enfer de l'open space devient un deck-builder jubilatoire

Publié le 10 septembre 2026 à 21:35

En direct de la Gamescom 2026, et plus précisément dans les allées dédiées aux créateurs de la Devcom, j’ai déniché pour les lecteurs de Petits Gamers Magazine un titre indépendant qui va sérieusement bousculer votre vision du lundi matin. Oubliez les preux chevaliers et les donjons obscurs : dans Reply All, votre arme la plus létale est un e-mail passif-agressif méticuleusement rédigé. Rencontre avec un développeur particulièrement inspiré et retour sur une démo qui m'a rendue accro.

De la conscience d'Internet aux serviettes en papier

L'idée de transformer les affres de la bureaucratie et du capitalisme tardif en un jeu de cartes au tour par tour est brillante, mais comment naît un tel concept ? Tout est parti d'une simple observation sur les réseaux sociaux.

« Je regardais en ligne et j'ai vu un tweet qui disait "l'e-mail est un combat au tour par tour", et c'était une sorte de réflexion issue de la conscience d'Internet, la conscience collective, m'explique le développeur avec enthousiasme. J'ai trouvé ça tellement drôle et tellement vrai. J'ai toujours trouvé que l'e-mail véhiculait cette idée d'essayer de gagner la conversation, de voir qui va avoir le dernier mot. »

Le déclic visuel survient peu après face à un mème hilarant superposant une interface de combo de Street Fighter au texte « suite à mon précédent e-mail ». À l'époque, le développeur travaille déjà sur un autre jeu de construction de deck. L'évidence est là : « Il fallait absolument qu'on en fasse un jeu. J'ai fait quelques croquis sur des serviettes en papier pour réfléchir à ce que ça pourrait donner. »

Fortement influencé par ses propres sessions de jeu, le créateur résume son bébé avec une formule redoutable : « C'est Slay the Spire qui rencontre The Office : c'est une comédie de bureau. »


L'art délicat de la joute verbale : Hostilité, Défense et Passif-Agressif

Dans un deck-builder classique, le joueur alterne entre boules de feu et coups d'épée. Dans Reply All, tout passe par le ton de votre plume numérique. Les cartes possèdent des « tons » qui génèrent une attitude globale.

« Si vous utilisez des cartes hostiles, vous créez un e-mail hostile. Plus vous devenez hostile, plus vous obtenez de bonus d'hostilité, détaille le créateur. Vous pouvez aussi choisir d'être sur la défensive, ou bien utiliser une combinaison des deux pour être passif-agressif, en mélangeant des combos défensifs et agressifs en même temps. »

Ici, l'objectif n'est pas de faire couler le sang, mais de briser le drive (la motivation) de votre adversaire comme le redoutable directeur des ventes tout en conservant la vôtre, car cette ressource vitale est conservée tout au long du match.


Promotion ou licenciement : une vie de bureau impitoyable

La structure roguelite du jeu s'adapte parfaitement à l'échelle de l'entreprise. L'objectif ultime ? Tenter de terminer une partie (run) sans perdre un seul débat par e-mail.

« En gros, vous essayez d'obtenir une promotion sans jamais vous faire virer. Si vous perdez une conversation, vous êtes renvoyé. Mais si vous gagnez, et que vous battez les boss, vous êtes promu et vous gravissez les échelons de l'entreprise. »

Mais la survie en open space ne dépend pas que de vos courriels. La gestion de votre bureau (swag) est primordiale. Conserver une part de pizza sur le coin de votre table pour la manger en fin de match vous rendra un peu de "santé". Et si cela ne suffit pas, les couloirs cachent un distributeur automatique salvateur permettant d'acheter des encas, de modifier votre deck et de piocher de nouvelles cartes.


Conspiration maléfique et accessibilité

Ne vous fiez pas à l'aspect parodique : une vraie narration se cache dans les réunions et les mémos. Le développeur reste mystérieux mais promet qu'au fil des échecs et des licenciements, la boucle temporelle du roguelite prendra tout son sens. À travers votre calendrier, vous découvrirez de nouvelles facettes de l'histoire pour comprendre comment « sauver le monde de cette entreprise maléfique ».

Conscient que le monde de l'entreprise peut sembler abstrait pour certains joueurs, l'équipe a mis un point d'honneur à soigner l'accessibilité : « Nous ne visons pas uniquement un public hardcore. Nous ajustons continuellement les fonctionnalités pour que les cartes correspondent aux attentes des joueurs : quel type d'e-mail ils essaient d'écrire et quel effet cela va avoir. [...] L'échec fait partie du processus : vous êtes viré, mais vous revenez plus fort. »

Le jeu promet ainsi une boucle simple à assimiler pour les novices, tout en conservant des effets de statut profonds permettant aux vétérans de faire du min-maxing (optimisation poussée des statistiques).


L'avis du rédacteur

J'ai pu poser mes mains sur la démo jouable ici à Cologne, et je dois avouer que j'ai eu un coup de cœur absolu. Reply All est incroyablement jubilatoire. Placer un combo dévastateur qui commence par un courtois mais hypocrite « J'espère que vous allez bien » pour l'achever avec un fatal « Comme indiqué en pièce jointe » procure un sentiment de puissance assez inédit !

Le jeu parvient parfaitement à retranscrire la tension d'un échange tendu avec la hiérarchie, tout en dédramatisant la situation par un humour omniprésent (la gestion de la pizza de la veille m'a beaucoup fait rire). Visuellement, l'interface pastiche à merveille les boîtes mail classiques tout en intégrant une lisibilité propre aux jeux de cartes. J'ai aussi été bluffée par la fluidité des contrôles : j'y ai joué à la manette sur le salon, et la navigation entre les cartes est instinctive, prouvant que l'ergonomie a été pensée pour tous les supports. C'est frais, c'est malin, et ça donne étrangement envie de retourner travailler (mais seulement dans le jeu !).

Sortie et plateformes : Reply All est prévu pour le premier trimestre 2027 sur PC (via Steam). Bonne nouvelle pour les joueurs nomades : le développeur m'a confirmé que le titre sera 100 % compatible Steam Deck dès le jour de son lancement, avec une prise en charge totale de la manette, de la souris et de l'écran tactile selon vos préférences.

Si le succès (et les financements) sont au rendez-vous, des portages consoles et mobiles suivront. Le créateur a d'ailleurs lancé un appel du pied appuyé à Nintendo, estimant que le jeu serait absolument parfait sur Switch grâce à la combinaison des contrôles physiques et tactiles. On croise les doigts !

Par Erodi Shijin