À la Paris Games Week 2026, la Ligue Île-de-France de triathlon proposait une expérience originale mêlant sport, technologie et immersion numérique. Une découverte qui nous a donné l'occasion d'aborder une question essentielle : comment concilier passion du jeu vidéo, longues sessions devant un écran et activité physique ? Rencontre avec Yannick Petit, directeur de la Ligue Île-de-France de triathlon.
Quand la Paris Games Week nous invite à pédaler
La Paris Games Week, c'est avant tout le rendez-vous des passionnés de jeux vidéo. Entre les nouveautés, les compétitions d'esport, les animations et les rencontres, les visiteurs viennent naturellement découvrir les expériences vidéoludiques du moment.
Mais lors de cette édition 2026, organisée du 22 au 25 octobre à Paris Expo Porte de Versailles, une autre forme d'expérience interactive attirait notre attention.
Sur le stand de la Région Île-de-France, quatre vélos connectés permettaient aux visiteurs de découvrir une activité sportive associant effort physique et environnement numérique.
Une proposition qui pouvait surprendre dans un salon consacré au gaming, mais dont la présence prenait tout son sens après quelques minutes d'expérimentation.
Nous avons rencontré Yannick Petit, directeur de la Ligue Île-de-France de triathlon, afin de comprendre cette initiative et les possibilités offertes par ce dispositif.
Le vélo connecté : une expérience immersive qui demande de vrais efforts
Le principe repose sur des vélos installés sur des home trainers connectés, associés à l'application Kinomap. L'utilisateur évolue sur un parcours reproduit à partir de vidéos et de données GPS. La particularité du système réside dans sa capacité à adapter la résistance du vélo aux caractéristiques du terrain.
Lorsqu'une montée apparaît à l'écran, le pédalage devient plus difficile. À l'inverse, la résistance diminue lorsque le parcours le permet. Cette interaction reproduit une partie des sensations d'une sortie à vélo, à l'exception du pilotage, puisque l'utilisateur reste sur un équipement fixe.
L'expérience possède ainsi certains mécanismes familiers aux joueurs : un environnement visuel, une progression en temps réel, des données de performance et des objectifs à atteindre.
Mais ici, impossible d'avancer en appuyant simplement sur une touche. Il faut réellement pédaler ! Lors de notre découverte, nous avons notamment immortalisé une séance dont le bilan affichait 2,6 kilomètres parcourus en sept minutes, avec une vitesse indiquée de 21 km/h.
Une expérience courte, mais suffisamment concrète pour comprendre l'intérêt de cette approche : l'écran ne sert plus uniquement à divertir, il devient aussi un support pour encourager l'effort physique.
L'esport et les longues sessions de gaming : pourquoi le sport est important
Cette démonstration soulève une question qui concerne directement les joueurs, qu'ils pratiquent le jeu vidéo occasionnellement, régulièrement ou dans un cadre compétitif.
Une session de jeu peut facilement durer plusieurs heures. Les joueurs d'esport, les streamers ou les passionnés qui enchaînent les parties connaissent particulièrement bien ces périodes prolongées devant un écran.
Or, rester longtemps assis sans interruption n'est pas sans conséquence sur la santé. Le ministère chargé de la Santé rappelle notamment l'importance de réduire les périodes de sédentarité et de pratiquer régulièrement une activité physique.
Pour les passionnés de jeux vidéo, cela ne signifie évidemment pas qu'il faudrait jouer moins par principe ou renoncer à leur loisir favori. Il s'agit plutôt de trouver un équilibre.
Marcher, pratiquer le vélo, faire quelques exercices ou simplement interrompre régulièrement une longue session pour bouger sont autant de possibilités pour prendre soin de soi.
Dans le cadre de l'esport, l'entretien de la condition physique mérite également toute sa place. La pratique compétitive ne se limite pas à la maîtrise technique d'un jeu. Elle implique aussi d'organiser son quotidien, de respecter ses temps de récupération et de maintenir une bonne hygiène de vie. Le sport constitue alors un complément intéressant à l'entraînement vidéoludique, sans pour autant garantir de meilleures performances en compétition. Et c'est précisément là que les solutions connectées peuvent trouver leur intérêt.
Transformer l'écran en motivation sportive
L'un des aspects les plus intéressants de notre entretien concerne l'utilisation de ces équipements auprès de personnes qui ne pratiquent pas nécessairement une activité sportive régulière.
Yannick Petit nous explique que la Ligue intervient notamment auprès des jeunes, avec une approche particulièrement simple. L'idée consiste à placer les participants devant un écran affichant un parcours et à leur faire comprendre que la progression de la vidéo dépend directement de leur pédalage.
L'écran, habituellement associé à une activité sédentaire, devient alors un outil d'incitation au mouvement. Cette approche peut être particulièrement intéressante pour les personnes qui apprécient les mécaniques de progression, de défi et de récompense présentes dans les jeux vidéo.
Elle permet aussi d'aborder l'activité physique différemment, sans forcément passer immédiatement par les codes traditionnels d'un club sportif. Il ne s'agit pas de remplacer tous les sports par leurs équivalents connectés, mais d'offrir une autre porte d'entrée à celles et ceux qui hésitent à se lancer.
Une technologie déjà utilisée par les sportifs de haut niveau
Si les visiteurs de la Paris Games Week découvraient cette technologie sous une forme ludique, son origine répondait à un besoin beaucoup plus professionnel. Yannick Petit nous explique que le projet a commencé il y a plus de dix ans, à partir d'une demande des athlètes de haut niveau souhaitant reconnaître leurs parcours sans devoir systématiquement se déplacer.
La collaboration avec Kinomap a permis de développer un système capable de reproduire différents itinéraires et d'accompagner les entraînements. Cette technologie permet aujourd'hui aux sportifs de découvrir à distance les caractéristiques d'une épreuve, de travailler leurs efforts ou de s'entraîner lorsque les conditions météorologiques rendent une sortie extérieure moins pratique.
Selon notre interlocuteur, certains clubs professionnels de cyclisme l'utilisent également pour préparer des portions stratégiques de courses, notamment les derniers kilomètres précédant une arrivée au sprint.
La Ligue a aussi étendu cette approche à des triathlons en piscine, combinant natation, vélo connecté et course sur tapis, ainsi qu'à des activités destinées à des publics plus éloignés du sport.
Une présence à la PGW qui prend tout son sens
Pourquoi une ligue de triathlon choisirait-elle de participer à un événement consacré aux jeux vidéo ?
Pour Yannick Petit, l'objectif est justement de sortir de l'environnement sportif habituel afin de rencontrer de nouveaux publics. La Ligue ne cherchait pas prioritairement à recruter de nouveaux licenciés, mais à faire découvrir une autre manière de pratiquer une activité physique. Une démarche qui s'inscrit parfaitement dans l'évolution des usages numériques. Car si le jeu vidéo reste avant tout un loisir, il peut également devenir un formidable point de rencontre avec d'autres univers.
Notre passage sur ce stand nous rappelle finalement une chose essentielle : aimer les jeux vidéo et prendre soin de sa condition physique ne sont absolument pas incompatibles.
Pour les joueurs comme pour les pratiquants d'esport, intégrer une activité sportive à son quotidien ne signifie pas abandonner sa passion. C'est aussi une manière de construire des habitudes permettant de continuer à en profiter durablement.
Et si, entre deux longues sessions de jeu, notre prochain défi consistait simplement à enfourcher un vélo ?
Reportage réalisé lors de la Paris Games Week 2026. Entretien avec Yannick Petit, directeur de la Ligue Île-de-France de triathlon.