Un film tout droit adapté d'une web série du même nom
D'où provient le titre "Backrooms" ? Traduisez le littéralement par "arrières salles".
Ces espaces sont en réalité des lieux fictifs extra-dimensionnels, vastes et peuplés de pièces vides, accessibles en sortant de notre réalité.
Les internautes ont même intégré des concepts de «niveaux» interconnectés, chacun ayant des apparences distinctes.
Il arrive également d'y croiser des créatures qui dépassent notre imagination.
Les fameuses pièces jaunes du film s'inspirent d'une photo de 2002, d'un ancien magasin HobbyTown en rénovation dans le Wisconsin. Le nouveau propriétaire partageait des images de l'avancée des travaux sur son blog, et cette photo aurait été redécouverte en 2024.
Kane Parsons, jeune réalisateur de 20 ans, est mieux connu sous le nom de Kane Pixels. En tant que YouTuber, musicien et artiste d'effets visuels, il a su captiver un large public. Il est également le créateur de la série Backrooms, dont le film est directement inspiré.
En collaboration avec le studio indépendant A24, Kane Parsons a réalisé une adaptation cinématographique de sa série éponyme, sortie aux États-Unis et au Canada le 29 mai 2026. Dès ses premiers jours, le film a attiré plus de 119 000 spectateurs et a été lancé en France le 17 juin 2026.
Backrooms est un film à "micro" budget, coûtant moins de 1 million de dollars, mais qui a généré des recettes impressionnantes de 100 millions de dollars en seulement six jours ! Cela en fait le meilleur démarrage pour le studio A24.
Une scénario simple en huit clos
Clark, le gérant de Cap’n Clark’s, un magasin de meubles, est séparé de sa femme et consacre sa vie à son commerce. Un soir, il découvre une porte mystérieuse dans le sous-sol. En la franchissant, il est transporté dans un monde parallèle peuplé de pièces étranges.
Ce film se déroule en huis clos, principalement dans le magasin et ses arrière-salles. Certaines scènes se déroulent également dans le cabinet de Mary, la psychologue. Les personnages n'ont pas de noms complets, mais seulement des prénoms : Clark, le héros principal, Kat et Bobby, ses employés, ainsi que Mary, sa psy. L'ex-femme de Clark, Barbara, est mentionnée à plusieurs reprises sans jamais apparaître à l'écran. Dans cette dimension des Backrooms, les personnages deviennent presque des « meubles », figés et déshumanisés dans cette autre dimension.
Des décors sans logique et surréalistes
Les décors du film se présentent comme des fragments d'espaces vastes et désarticulés, dépourvus de sens. Ils évoquent des bureaux ou des grands magasins abandonnés, où seuls demeurent des vestiges, tels que des meubles laissés à l'abandon.
Les portes, quant à elles, s'ouvrent dans tous les sens et s'accrochent à des murs sans logique apparente, certaines étant même inversées et de tailles variées. Il faut s'y faufiler au risque de glisser dans une nouvelle pièce. Les couloirs, eux, évoquent un labyrinthe déroutant.
La couleur jaune (murs, plafonds et sols) instille une ambiance glauque, oppressante et anxiogène. Les néons, bien qu'ils ajoutent une luminosité éclatante, finissent par irriter les yeux dans cet univers dépourvu de lumière naturelle et de fenêtres.
Des influences reconnaissables dans ce film
Kane Parsons souhaitait que ses acteurs évoluent dans un décor réel plutôt que devant des écrans verts. Pour ce faire, les intérieurs ont d'abord été conçus sur ordinateur, avec des modélisations 3D permettant de définir l'éclairage et les mouvements de caméra. Ainsi, il a fallu un trimestre pour construire le lieu de tournage, qui se compose de quatre plateaux.
Pour réaliser la vision du réalisateur, 3000 m² de papier peint et 2500 m² de moquette ont été nécessaires pour créer le décor souhaité.
Celui-ci était si vaste que les équipes artistiques et techniques ont dû élaborer des plans pour ne pas se perdre ! D'ailleurs, Renate Reinsve, qui incarne la psy, préférait ne pas se déplacer seule à travers le décor pour aller d'un endroit à un autre.
Kane Parsons admet que les jeux Portal et Half-Life ont été une source d'inspiration pour lui. Mais également d'autres jeux célèbres. Ces deux titres se déroulent dans des installations de recherche à la fois étonnamment ordinaires et d'une complexité fascinante. Tout comme les Backrooms, ils transforment une logique simple en un chaos intrigant.
On retrouve également des scènes qui rappellent les couloirs du film "Shining" de Stanley Kubrick. De plus, les portes et le labyrinthe d'Alice au Pays des Merveilles sont également évoqués.
Verdict : un film plutôt fantastique qui joue avec les méandres de notre cerveau
Les premières scènes établissent immédiatement le ton : rapidité, suspense, angoisse et claustrophobie. Ce film d'1h51, qui se déroule en huis clos, pourrait soulever des doutes quant à sa longueur, mais en réalité, il ne souffre d'aucun temps morts. Au fil de l'exploration du monde parallèle par Clark, on se surprend à pencher la tête, avide de découvrir ce qui se cache au coin ou dans le couloir suivant. On est rapidement captivé par les enfilades de pièces vastes et les corridors sans fin, se demandant où ils mènent et ce qui nous attend, dissimulé quelque part. Bien que ce film penche davantage vers le fantastique que l'horreur, il reste profondément dérangeant.
Ce long métrage explore également les méandres du cerveau humain à travers le thème du labyrinthe et de la boucle de cheminement mental. Comme le dit Mary à Clark lors d'une séance : "Penser à chaque fois vous mènera dans un nouvel endroit, mais ce n'est pas le cas. Pourtant, c'est la voie neurale la moins résistante." Notre cerveau tend à privilégier la facilité, empruntant cette voie pour finalement tourner en rond dans ce schéma. Et "Backrooms" en est une illustration parfaite.
La frontière entre la réalité et la folie est extrêmement ténue, comme on le voit avec Clark. Les souvenirs se mêlent à la réalité, le plongeant dans un dédale où chaque élément se construit en fonction du passé de chacun. Chacun est libre de se réfugier et de créer son propre univers mental, cherchant ainsi sa propre échappatoire, son propre refuge, sans être sûr d'en revenir.
En sortant de la salle, on éprouve soit de l'enthousiasme, soit du rejet, mais il n'y a pas de juste milieu. On se sent perplexe, dérouté et perdu. De plus, il est difficile de prétendre avoir vraiment compris le film. L'objectif du réalisateur est totalement atteint en laissant le spectateur dans l'incertitude. Ce film mérite indéniablement le succès qu'il connaît depuis sa sortie. De plus, au regard de la jeunesse du réalisateur, cette œuvre n'a rien à envier aux autres films d'horreur réputés !
Par Nékomé