Japan Expo 2026 – Fabien Fournier et Julien Guellerin : « À chaque fois, c’est un petit miracle » (Otakufan)

Publié le 21 juillet 2026 à 15:48

Depuis plus d’un quart de siècle, Fabien Fournier et Julien Guellerin créent ensemble des fictions nourries de jeux vidéo, de mangas, de cinéma et, surtout, d’une amitié qui a résisté au temps. À la Japan Expo 2026, Petits Gamers Magazine a rencontré le créateur et réalisateur de Noob, également interprète de Fantöm, ainsi que celui qui prête ses traits à l’inimitable Omega Zell. Évolution de la websérie, coulisses des tournages, transmédia, passions personnelles, projets à venir et poids déterminant de la communauté : tous deux se sont confiés avec générosité, humour et une sincérité intacte.

Dans le tumulte de la Japan Expo 2026, certaines rencontres imposent presque naturellement une pause. Avant même d’évoquer les caméras, les effets spéciaux, les onze saisons de Noob ou les nombreux projets ayant façonné l’Olydriverse, l’image qui ressort de cet entretien est celle de deux amis toujours heureux d’être assis côte à côte après plus de vingt-cinq ans de création commune.

Fabien Fournier est l’auteur et le réalisateur de Noob, tout en incarnant Fantöm à l’écran. Julien Guellerin interprète Omega Zell, assassin aussi redoutable que délicieusement insupportable, et accompagne l’aventure depuis ses origines. Ensemble, ils racontent un projet parti de presque rien, devenu un univers transmédia foisonnant sans jamais perdre ce qui en constitue le cœur : le plaisir de créer entre amis et le lien avec une communauté d’une fidélité exceptionnelle.

Plus d’un quart de siècle de création entre amis

PGM : Bonjour la team Noob ! Pour commencer, pouvez-vous vous présenter ?

Julien Guellerin : Je suis Julien Guellerin et j’interviens dans la série Noob pour interpréter Omega Zell, après avoir joué divers rôles issus de l’imagination torturée de cet homme ! (Il désigne Fabien en souriant.)

Fabien Fournier : Je suis Fabien Fournier. J’incarne Fantöm dans Noob et je suis également l’auteur et le réalisateur de la websérie. Nous avons commencé à créer ensemble en 2000 : cela fait donc plus d’un quart de siècle que nous produisons des fictions vidéo pour Internet.

PGM : Comment qualifieriez-vous l’évolution de Noob depuis vos débuts ?

Fabien Fournier : La première évolution est évidemment visuelle.

Julien Guellerin : Déjà, il y en a une, et c’est important de le préciser ! Plus sérieusement, c’est probablement ce dont nous sommes le plus fiers. Au départ, c’était un loisir entre amis. Puis le projet a commencé à prendre du temps sur nos activités professionnelles et nos vies de famille, mais nous avons continué parce qu’il existait une vraie perspective d’évolution.

Nous avons commencé avec des costumes cousus à la main par une grand-mère, avant de passer à des tenues réalisées par des professionnels. C’est pareil pour les effets spéciaux : au début, c’était beaucoup de bricolage ; aujourd’hui, il y a un véritable travail professionnel. Pouvoir regarder le point de départ et mesurer le chemin parcouru constitue une immense fierté. Nous consacrons du temps et de l’énergie à un projet qui ne cesse d’avancer.

Les nouveaux outils, l’intelligence artificielle et les évolutions technologiques lui apportent encore davantage de qualité et de consistance. Mais, au-delà de cela, Noob nous a surtout permis de conserver un lien très fort entre amis. Tant que le projet évolue, cela nous donne envie de continuer.

Fabien Fournier : Sur le plan technique, nous avons vu passer beaucoup de caméras. Nous avons commencé en SD, dans une définition qui n’atteignait même pas celle du DVD. À l’époque, nous n’avions aucun moyen financier. Les costumes étaient assemblés avec quelques morceaux de tissu et je n’avais même pas assez d’argent pour acheter les disques durs nécessaires. J’encodais donc les vidéos dans une qualité très faible.

Nous sommes ensuite arrivés au format DVD, puis à la HD à partir de la saison 4, notamment grâce à l’arrivée des appareils photo capables de filmer. Avec la trilogie, le financement participatif de la communauté nous a permis de passer aux caméras de cinéma. Aujourd’hui, nous tournons en 4K.

Les logiciels ont connu la même progression. Au départ, certains effets spéciaux devaient presque être réalisés image par image. Désormais, nous disposons d’outils beaucoup plus puissants et automatisés. Cette évolution a directement influencé l’écriture : nous pouvons imaginer des intrigues plus ambitieuses, car la technique se met au service de l’artistique. En revanche, l’ambiance sur les tournages n’a jamais vraiment changé et nous n’avons toujours pas, à proprement parler, une grande équipe technique.

Julien Guellerin : Même notre façon de travailler reste globalement la même. Nous sommes un peu plus structurés — parce qu’au début, c’était vraiment le bazar — mais nous venons toujours avec très peu de contraintes et énormément de plaisir. Celui-ci passe encore avant la dimension professionnelle du tournage.

Nous sommes une quarantaine d’acteurs. À chaque nouveau projet, Fabien arrive avec une histoire, un script, une envie et une nouvelle orientation. Il nous annonce qu’il a changé la manière de prendre le son, qu’il va tourner en 4K ou que les nouveaux effets spéciaux permettront autre chose. Sur Les arcanes ultimes, par exemple, les transformations, les auras ou les yeux lumineux apportent une vraie plus-value. Il réussit toujours à entraîner l’équipe avec ce petit élément supplémentaire qui nous donne envie de repartir.

Saison 2, saison 4 ou Les arcanes ultimes ?

PGM : Après onze saisons et tous les projets qui les ont accompagnées, de quelle période êtes-vous le plus fiers ?

Fabien Fournier : Il y a un paradoxe. J’ai récemment revu toutes les saisons de Noob lors de réactions en direct sur Twitch, avec une approche mêlant analyse, souvenirs et anecdotes de tournage. Je me suis rendu compte que j’avais très peu de souvenirs précis des saisons 4 et 5, alors que je me rappelais beaucoup mieux les trois premières.

Pourtant, la saison 4 est probablement la mieux construite et l’une des plus ambitieuses. La guilde Noob explose : c’était une prise de risque susceptible d’inquiéter les spectateurs attachés au quatuor. Mais cela arrive au bon moment et répond à une véritable logique psychologique. Leurs relations se sont construites difficilement et la guilde ne doit pas devenir une prison qui les empêche de poursuivre leurs rêves. Ils prennent donc des chemins différents, tout en continuant à se recroiser et à partager certaines aventures.

Cela dit, le projet dont je suis aujourd’hui le plus fier reste le film Noob : Les arcanes ultimes. Il ne comporte quasiment aucun temps mort. Dans chaque saison, il existe toujours une scène que j’aime un peu moins. Dans le film, il y en a bien une, tournée dans une sorte de salle de classe qui n’était pas le décor espéré, mais elle est tellement courte que cela reste anecdotique. En matière d’effets spéciaux, de scénario, de jeu, de réalisation, d’étalonnage et de cadrage, Les arcanes ultimes représente ce que nous savons faire de plus abouti avec du temps et un budget important.

Julien Guellerin : De mon côté, j’aurais aimé que nous puissions travailler davantage le jeu d’acteur. La progression existe, mais elle est surtout venue avec la pratique : après des années de tournage, nous sommes plus disciplinés, plus proches du réalisateur, nous comprenons mieux ses demandes et nous connaissons davantage nos partenaires. Cette complicité améliore naturellement notre jeu. J’aurais néanmoins aimé que nous disposions d’ateliers ou d’un accompagnement plus présent pour faire réellement progresser les acteurs.

Une fois cette réserve posée, j’ai une tendresse infinie pour la saison 2. Durant la première, nous n’avons pas compris ce qui nous arrivait : nous continuions simplement nos délires et, pour la première fois, un public y a adhéré. Avec la deuxième, la situation changeait complètement. Les spectateurs connaissaient Olydri, Noob était diffusée sur Nolife et une véritable attente s’était créée. Or, proposer une suite lorsque le public vous attend est probablement l’un des exercices les plus difficiles, même dans un cadre professionnel.

Je trouve pourtant cette deuxième saison meilleure que la première. Fabien y installe davantage le fil rouge et la dimension feuilletonnante qu’il conservera par la suite.

Fabien Fournier : C’est également l’arrivée du monde réel.

Julien Guellerin : Exactement. Cette incursion dans la vie réelle permet à Noob de se distinguer d’autres contenus proches. Nous parvenons à conserver l’humour alors que les personnages sont simplement en civil, sans armures ni effets spéciaux. C’est pour cela que je cite spontanément la saison 2.

J’ai vécu Les arcanes ultimes d’une manière très différente, car j’y étais moins présent que sur les saisons précédentes. Autrefois, j’assistais à presque tous les tournages et Fabien me racontait ce qui s’était passé lorsque je n’étais pas là. Pour ce film, je suis arrivé au Grand Rex en n’ayant quasiment rien vu en dehors de mes propres scènes. Je l’ai reçu comme un cadeau.

Mon combat entre Omega Zell et Gaea, dans le deuxième film de la trilogie correspondant à la saison 7, reste toutefois l’un des tournages sur lesquels j’ai pris le plus de plaisir. Nous l’avons réalisé sur plusieurs jours et dans différents lieux, avec une énergie qui n’a probablement jamais été égalée. Il est finalement très difficile d’isoler une seule saison : chacune possède son moment ou sa particularité. Mais puisque je ramène constamment la saison 2 dans la discussion, cela signifie sans doute que ma réponse est bien celle-là !

« Un tournage typique ? Déjà, ce n’est pas le matin »

PGM : À quoi ressemble une journée de tournage typique pour Noob ?

Fabien Fournier : Déjà, ce n’est pas le matin ! Entre un tournage de l’année 2000 et un tournage de 2026, soit vingt-six années d’écart, les choses n’ont finalement pas tant changé. Nous sommes simplement passés de la voiture d’étudiant à la voiture familiale de daron, avec les sièges auto à l’arrière.

Il n’y a toujours presque pas d’équipe technique. Une personne peut parfois m’aider à porter le matériel ou tenir la perche, mais, dans les faits, toute l’équipe participe. Les acteurs arrivent et commencent par discuter.

Julien Guellerin : Et nous perdons énormément de temps ! Comme nous nous voyons moins souvent, nous commençons par nous demander comment chacun va, ce qu’il a fait ou ce qu’il pense de la dernière série à la mode. Le retard commence généralement à cet instant.

En temps normal, le tournage débute en début d’après-midi et se termine lorsqu’il n’y a plus assez de lumière. Nous devons seulement être plus rigoureux lorsque nous tournons loin de chez nous, dans un lieu dont nous ne disposons que pendant une durée limitée. Mais, globalement, nous commençons vers 13 ou 14 heures et nous continuons tant que la lumière le permet.

Fabien Fournier : Aujourd’hui, nous essayons tout de même de nous retrouver vers 11 h ou 11 h 30. Pour la réalisation, il existe plusieurs méthodes. On peut placer la caméra dans un angle et tourner successivement tous les plans correspondants, puis recommencer dans l’angle inverse. Pour ma part, je préfère conserver la continuité de la scène : une première réplique, une deuxième, une troisième, en déplaçant la caméra entre chacune.

Notre dispositif est suffisamment léger pour le permettre, et cela conserve l’énergie du dialogue. Si un acteur joue toutes ses répliques dans le vide, le résultat risque de devenir mécanique. Dans notre méthode, il reçoit immédiatement l’énergie de son partenaire et peut la lui renvoyer. Cela ressemble à du théâtre en pointillé, puisqu’il faut attendre que je replace la caméra, mais l’échange demeure vivant.

Julien Guellerin : Cette habitude est aujourd’hui tellement ancrée que les acteurs la réclament spontanément. Ils demandent à entendre la réplique précédente pour recevoir une énergie et pouvoir la restituer. Ce n’est pas une règle imposée par Fabien : elle s’est installée naturellement.

Fabien Fournier : Lorsque nous avons vraiment trop discuté et que le retard devient impossible à rattraper, nous passons au « tournage à la Dallas ». Pour gagner du temps sur la série Dallas, ils pouvaient filmer en une seule journée tous les plans de J.R. sortant de sa voiture pour l’ensemble de la saison. Sans aller jusque-là, nous regroupons alors tous les plans tournés dans un angle, puis tous ceux filmés dans l’autre. Mais cela reste notre plan B.

Julien Guellerin : En volume, une après-midi de tournage représente environ cinq minutes de vidéo, non ?

Fabien Fournier : Oui, généralement quatre ou cinq minutes. Pour un combat, nous sommes plutôt autour de trois. Il m’est arrivé d’atteindre dix minutes en une journée — pour Mortegarde, nous avions même tourné deux épisodes — mais tout dépend du type de réalisation. Avec des plans plus longs, nous pouvons parfois monter à sept ou huit minutes.

Le transmédia, une envie avant d’être une stratégie

PGM : À quel moment avez-vous compris que Noob devait se développer au-delà de la websérie et devenir un univers transmédia ?

Fabien Fournier : Bien avant Noob, j’écrivais déjà des nouvelles. En sixième, je lisais mes histoires devant la classe, et j’ai également dessiné énormément de pages de manga. Si je les empilais aujourd’hui, il y en aurait probablement un mètre.

Avec Julien, nous avons toujours consommé des œuvres sur de nombreux supports : mangas, jeux vidéo, séries… Lorsque l’on aime raconter des histoires, cette envie d’explorer différents médias vient naturellement. En parallèle de la websérie, j’écrivais déjà des scènes impossibles à mettre en images avec nos moyens, notamment lorsqu’elles impliquaient des dragons ou des armées. Je pensais publier ces textes sur Internet comme une sorte de fanfiction écrite par le créateur lui-même.

Puis Pierre Grimbert, l’éditeur de Naheulbeuk, m’a envoyé un message pour me demander si j’avais déjà pensé à écrire un roman Noob. J’étais évidemment ravi et je lui ai montré les textes que j’avais préparés, tout en lui disant que je ne savais pas si j’en avais le niveau. Il m’a conseillé, a estimé qu’il existait une bonne base et nous avons tenté l’aventure.

Le premier livre est celui d’un auteur débutant. Mais, grâce à la pratique et aux retours des lecteurs comme de mes proches, j’ai progressé exactement comme avec la websérie. Pour la bande dessinée, ma rencontre avec Philippe Cardona et Florence Torta a permis de mettre en images des éléments encore différents.

Chaque média possède ses propres forces. Le roman peut approfondir le monde et la psychologie des personnages ; la vidéo met particulièrement en valeur la comédie, les relations humaines, la spontanéité et l’action ; la bande dessinée ou le manga permettent encore autre chose. Le transmédia est né de cette volonté d’aller plus loin et de raconter les intrigues que nous ne pouvions pas produire en websérie.

Julien Guellerin : J’insiste vraiment sur l’authenticité et la spontanéité de cette évolution. Nous consommions déjà tous ces médias : il s’agissait donc d’une envie avant d’être une stratégie. Lorsque l’on est fan d’un univers, on veut le voir partout, le lire, le regarder, l’écouter, posséder des figurines… Le transmédia vient naturellement.

Dans un cadre professionnel, il est souvent pensé comme une stratégie de développement d’une propriété intellectuelle. Pour Noob, il est surtout né de rencontres. La bande dessinée en est un très bon exemple : nous aimions déjà le travail de Philippe Cardona avant de le connaître ; lui-même suivait la websérie ; une belle relation humaine s’est créée et un projet authentique en est sorti. Nous n’avons pas produit une BD simplement parce qu’un plan commercial exigeait qu’une websérie en possède une.

Le transmédia de Noob vient vraiment des tripes et de l’envie de voir cet univers grandir un peu partout.

Fabien Fournier : Pour moi, c’est aussi une manière de rendre hommage à tout ce qui m’a fait vibrer pendant mon enfance et mon adolescence. Certaines œuvres découvertes à ces âges restent ancrées en nous pour toujours.

J’ai longtemps rêvé de créer un jeu vidéo et j’ai pu le faire. Nous aimions les cartes Magic et les TCG : notre univers a fini par posséder son propre jeu de cartes. Nous avons grandi avec les bandes dessinées et les mangas, et je peux maintenant me dire que je scénarise un manga situé dans mon propre univers. Le transmédia me permet de rendre hommage à tout ce qui a contribué à faire de moi la personne que je suis aujourd’hui

Arcane, Game of Thrones, Matrix… et les œuvres qui les ont construits

PGM : Passons à des questions plus personnelles. Quelle série vous a le plus marqués ?

Fabien Fournier : Paradoxalement, ma réponse ne vient pas de mon adolescence. La série qui m’a touché le plus profondément est Arcane. L’univers de League of Legends ne m’attirait pas particulièrement, car je ne suis pas joueur et je n’ose pas vraiment m’y mettre aujourd’hui. On m’a souvent dit que la communauté pouvait être compliquée et commencer maintenant semble très exigeant.

Mais lorsque j’ai découvert Arcane, j’ai été emporté par la qualité du dessin, du scénario, du doublage et des musiques, que j’écoute encore très souvent. Je réponds donc Arcane sans hésiter. Pour une série en prises de vues réelles, je choisirais Breaking Bad. C’est une masterclass du début à la fin, prolongée par Better Call Saul avec le même niveau d’excellence.

Julien Guellerin : Il est devenu très difficile de répondre, tellement l’offre actuelle est riche. Pour les séries télévisées, je citerais tout de même Game of Thrones. Elle a été fondatrice en démontrant que les séries pouvaient proposer un spectacle comparable à celui du cinéma. Malgré ses imperfections, elle m’a complètement transporté. Breaking Bad a atteint des sommets similaires.

Du côté des mangas et de l’animation, je suis porté depuis l’enfance par Dragon Ball Z et Saint Seiya. Ces œuvres ne m’ont jamais quitté. Lorsque je manque d’énergie, elles reviennent parfois dans ma vie, y compris professionnelle, et me redonnent de l’espoir. Je pourrais encore citer Stranger Things ou Peaky Blinders, mais nous partirions alors pour une autre interview !

PGM : Votre film préféré ?

Julien Guellerin : Matrix. Je suis un immense amateur de cinéma et je pourrais citer dix mille films, mais certains titres viennent immédiatement. Même si les suites sont moins réussies, je me souviens de notre sortie de Matrix Reloaded. Nous nous sommes regardés en nous disant : « Voilà, maintenant, on va essayer de faire ça. » Lorsqu’un film vous pousse à vouloir tourner une scène similaire dès la sortie de la salle, c’est qu’il s’est passé quelque chose.

Fabien Fournier : Le premier Matrix est sans doute le film que j’ai vu le plus souvent dans ma vie, probablement une cinquantaine de fois. Mais je choisirais Le Seigneur des Anneaux, qui constitue un véritable pilier pour moi. C’est une trilogie et j’aime les trois films autant les uns que les autres. Matrix conserve néanmoins une place immense.

PGM : Et votre jeu vidéo préféré ?

Fabien Fournier : Pour moi, c’est facile : Final Fantasy VII, aussi bien l’original de 1997 que le projet moderne avec Final Fantasy VII Remake, Final Fantasy VII Rebirth et Final Fantasy VII Revelation. Final Fantasy VII est de très loin mon jeu préféré.

Julien Guellerin : J’aurais pu donner la même réponse, même si cette œuvre a occupé une place encore plus importante dans la vie de Fabien. Mais, pour tout ce qu’il m’a apporté, je dirais World of Warcraft. Contrairement à une aventure essentiellement solitaire comme Final Fantasy VII, WoW a engendré des amitiés et nous a même conduits, d’une certaine manière, jusqu’à Noob. Il a donc accompli quelque chose de plus grand que la seule expérience vidéoludique.

Noob : Ascension, Les immortels et une aventure en réalité virtuelle

PGM : Quelle est votre actualité et sur quels projets travaillez-vous actuellement ?

Fabien Fournier : Je travaille sur le deuxième volume de l’encyclopédie de l’univers étendu de Noob, sur le roman Néogicia 4 et, en vidéo, sur WarpZone Rebirth, qui prolonge notre univers de super-héros.

Nous reprendrons également les tournages de Noob en octobre, presque un an après les précédents. Ce nouveau projet s’intitulera Noob : Ascension et expliquera comment chaque personnage a franchi un cap entre la saison 11 et Les arcanes ultimes.

Si nous parvenons à aller plus loin, si la communauté est satisfaite du travail accompli sur WarpZone Rebirth et l’encyclopédie, nous aimerions ensuite réaliser Noob : Les immortels. Ce projet prendrait la forme d’un film financé par crowdfunding, avec potentiellement une nouvelle avant-première au Grand Rex. Il s’achèverait sur la fermeture définitive des serveurs d’Horizon 9.0, le 9 septembre 2029.

Cette date existe dans notre histoire depuis très longtemps. Nous l’évoquions déjà à la fin de la trilogie en 2017. Ce serait assez beau de pouvoir sortir le film le 9 septembre 2029.

Julien Guellerin : De mon côté, mon actualité est plus directement professionnelle. Mon studio développe actuellement deux productions. La première est un beat’em all en 2D dans l’esprit de Streets of Rage, qui fait partie de mes séries de jeux préférées. Nous n’avons certes jamais eu l’occasion, Fabien et moi, de descendre dans la rue pour frapper des punks à chiens, mais nous partageons un certain amour pour Double Dragon et ce genre d’expériences !

Le projet repose sur une belle licence, mais je ne peux pas encore en dire davantage tant que tout n’est pas signé. Nous travaillons également sur une expérience en réalité virtuelle liée à une licence que Fabien connaît particulièrement bien : Noob.

Cette création permettra d’ajouter un nouveau support au transmédia d’Olydri. Il n’en restait plus beaucoup à explorer, mais la réalité virtuelle en faisait partie.

Fabien Fournier : Le projet n’est pas produit par Olydri, mais par Heaven Quest, un partenaire composé de passionnés avec qui nous nous entendons très bien. C’est assez rare pour être souligné : ce sont eux qui ont eu l’idée et la volonté de le créer, tandis que nous les accompagnons.

Julien occupe évidemment une place très importante puisque son studio développe le jeu. De notre côté, nous apportons des éléments de lore, du scénario et un suivi. C’est un véritable travail d’équipe.

Julien Guellerin : Cela rejoint exactement ce que nous disions au sujet du transmédia : le projet est né d’une rencontre, d’une opportunité et d’une envie authentique. À l’origine, Heaven Quest a commandé une expérience en réalité virtuelle pour développer son installation. Puis est arrivée l’idée d’utiliser la licence Noob. Il fallait ensuite rencontrer Fabien et vérifier que tout le monde partageait la même vision. Lorsque toutes ces personnes se retrouvent en osmose, un nouveau projet peut naître. Ce sont souvent les meilleurs, car ils ne viennent pas d’un calcul, mais de la passion et de la spontanéité.

Fabien Fournier : Il ne s’agira pas d’un jeu VR que l’on achètera pour y jouer chez soi. L’expérience prendra place dans une salle spécialement conçue. Les joueurs viendront dans cet espace pour partager une activité très conviviale. Nous pourrons également organiser ponctuellement des journées sur place, produire des vidéos et rencontrer la communauté.

Julien Guellerin : Surtout, il s’agira d’un jeu multijoueur. C’est une dimension que la communauté nous a souvent demandée pour le MMORPG, mais qui suppose des budgets et des volumes de production incomparables. Pouvoir venir avec ses amis, entrer dans un donjon grimé en personnage de l’univers de Noob, combattre des créatures et récupérer des trésors constitue déjà une très belle promesse.

Quand l’algorithme de YouTube oublie le contexte

PGM : Avant de conclure, j’aimerais revenir sur un événement assez lunaire : le blocage par YouTube de votre intégrale de Noob. Que s’est-il passé ?

Fabien Fournier : J’avais publié une super intégrale de vingt-deux heures. Les épisodes séparés n’avaient jamais rencontré de problème, pas plus que les onze intégrales correspondant aux différentes saisons. Pourtant, les robots de YouTube ont bloqué cette version en estimant qu’elle contenait des propos contraires à leur charte.

Je ne vais volontairement pas répéter le mot concerné afin d’éviter un nouveau problème à votre vidéo. Ce n’était pourtant pas une insulte dans le contexte. Gaea l’employait pour dire qu’Omega Zell manquait de courage et se cachait afin qu’elle ne l’oblige pas à farmer lorsqu’elle dirigeait temporairement la guilde. La première définition du terme correspondait parfaitement à la scène. Mais une autre acception peut être considérée comme homophobe et porter atteinte à la virilité. Le robot a détecté le mot sans être capable d’en comprendre le contexte.

Julien Guellerin : Ce que je trouve terrible, connaissant Fabien, c’est qu’il a toujours souhaité proposer un programme familial. Il s’impose justement de limiter les gros mots, alors qu’il serait parfois plus simple et plus racoleur d’en écrire davantage. Dans la vie quotidienne, nous parlons certainement moins bien que nos personnages ! Mais Noob a toujours cherché à rester mesuré.

Voir Fabien attaqué précisément sur ce terrain, malgré tous les efforts accomplis dans le sens inverse, donne l’impression que personne ne peut échapper à ce genre de chasse algorithmique.

Fabien Fournier : Grâce à la communauté, une personne de YouTube France m’a contacté après que j’ai expliqué la situation. Je ne comprenais pas le problème, puisque les robots ne donnaient aucune indication précise. Lorsque l’on m’a finalement parlé de « propos homophobes dans Noob », j’ai d’abord cru qu’il y avait une erreur. Je voulais savoir dans quel épisode et à quel moment cela se produisait.

Une fois la double définition du mot identifiée, la solution proposée consistait simplement à le remplacer par deux bips. Sur vingt-deux heures de contenu, il n’y avait même pas une seconde à masquer. J’ai ajouté les deux bips, la vidéo a retrouvé ses statistiques et le problème n’est jamais revenu. Pourtant, les mêmes répliques sont toujours présentes dans les épisodes et les intégrales de saisons, sans que celles-ci soient bloquées.

Julien Guellerin : Le plus absurde est que le bip peut donner l’impression que l’auteur avait volontairement écrit une insulte suffisamment offensante pour devoir être censurée, alors que le terme d’origine ne prêtait pas à confusion dans la scène.

Fabien Fournier : Tout cela dépend de phases et de mises à jour algorithmiques. Je n’avais jamais rencontré ce problème auparavant et, un mois plus tard, il avait disparu. Le robot était probablement devenu trop strict pendant une période et n’était plus capable d’interpréter le contexte.

Il faut d’ailleurs profiter de l’intégrale de vingt-deux heures, car YouTube limite maintenant les nouvelles vidéos à dix heures. Je voulais publier une version de vingt-quatre heures en y ajoutant Les arcanes ultimes, mais ce n’est plus possible.

Julien Guellerin : C’est d’autant plus dommage que ce très long format est devenu l’un des plus appréciés de la chaîne.

Fabien Fournier : L’intégrale a dépassé 1,1 million de vues.

Julien Guellerin : Je la lance moi-même régulièrement en fond lorsque je travaille, alors que je commence à bien connaître la série ! Je trouve cela apaisant. J’entends mes amis, je redécouvre des répliques que j’avais oubliées… C’est presque devenu une playlist ou une radio qui tourne en continu, sauf que ce sont mes potes qui parlent.

« Se raccrocher à ce petit nuage rose »

PGM : Pour conclure, nous vous laissons le mot de la fin.

Julien Guellerin : Nous avons énormément de chance d’être encore là, à la Japan Expo, auprès de la communauté et face à des personnes toujours intéressées par ce que nous avons à raconter. Dans deux ans, Noob fêtera ses vingt ans. C’est une chance incommensurable.

Je parle vraiment à titre personnel : lorsque les choses deviennent un peu difficiles dans la vie professionnelle ou privée, pouvoir se raccrocher à ce petit nuage rose fait énormément de bien.

Fabien Fournier : Je pense exactement la même chose. Au-delà des vues et des personnes qui lisent nos livres, la communauté nous donne concrètement les moyens de continuer grâce aux campagnes de financement participatif. À chaque fois, c’est un petit miracle.

Lorsque je termine un projet vidéo, je me demande toujours si je ne vais pas devoir raccrocher la caméra. Il faut payer le local où sont entreposés les costumes, les licences des logiciels et tout le reste. Sans budget, cette fiction ne peut pas continuer. Puis la communauté nous dit : « Allez, on y retourne. » Elle nous permet encore de produire une fiction créée par des amateurs et des indépendants sur Internet, à l’époque de Netflix, Disney+ ou HBO Max. C’est assez fou.

Merci infiniment à toutes celles et ceux qui nous regardent. Nous sommes très honorés et nous allons faire notre maximum pour poursuivre encore quelque temps, jusqu’à ce que nous soyons vieux et croulants ! Pour l’instant, cela va : nous avons l’âge des Avengers. Tant que Chris Evans et les autres seront encore là, nous pourrons continuer.

Et lorsque nous serons trop vieux pour la caméra, il restera toujours les sagas audio, les romans, les bandes dessinées ou les mangas. Le jeu de rôle arrive également : bientôt, ce sera à vous de devenir les héros du monde d’Olydri. Peut-être qu’un jour, grâce aux campagnes de JDR, nous pourrons véritablement vous passer le relais et vous laisser devenir, à votre tour, les maîtres du lore.

PGM : Fabien, Julien, merci beaucoup.

Fabien Fournier : Merci à toi, et merci à toutes et à tous.

Conclusion

En trente-six minutes d’échange, Fabien Fournier et Julien Guellerin auraient pu se contenter d’aligner les chiffres, les saisons et les nombreux supports conquis par l’Olydriverse. Ils ont surtout raconté autre chose : la trajectoire profondément humaine d’un groupe d’amis qui a appris en faisant, progressé avec les outils de son époque et grandi grâce à une communauté refusant de le laisser poser définitivement la caméra.

De la SD à la 4K, des costumes cousus en famille aux effets spéciaux de Noob : Les arcanes ultimes, de la websérie au roman, au manga, au jeu vidéo, au jeu de rôle et bientôt à la réalité virtuelle, la forme n’a cessé d’évoluer. Le moteur, lui, est resté le même : créer avec passion, saisir les belles rencontres et ne jamais oublier ceux qui rendent l’aventure possible.

À deux ans du vingtième anniversaire de Noob, Ascension, Les immortels et les autres projets évoqués dessinent déjà la suite. Mais après avoir écouté Fabien et Julien, une certitude demeure : tant que le plaisir, l’amitié et ce fameux « petit nuage rose » seront là, la team Noob ne sera jamais tout à fait prête à raccrocher.

Par Otaku Fan