Invité de Japan Expo le samedi 11 juillet 2026, Junya Enoki a transformé une célébration anniversaire en plongée dans le métier de seiyû. Entre souvenirs des débuts, traumatisme de Shibuya, enregistrement collectif et regard vers la saison 4, la voix japonaise de Yuji a raconté un personnage qui n’a jamais cessé de changer. Japan Expo
Attention : cet article évoque des événements importants des saisons 2 et 3 de Jujutsu Kaisen.
Un anniversaire porté par la ferveur française
Avant même l’arrivée de Junya Enoki, l’animatrice Myriam avait lancé un défi au public : faire mieux entendre la France que les États-Unis, où le comédien venait d’être accueilli quelques jours plus tôt. La réponse n’a pas tardé. Cris, cosplays et quelques mots de japonais lancés depuis les gradins ont donné à la rencontre l’allure d’une célébration populaire autant que d’une conférence.
L’année 2026 marque les cinq ans de l’anime Jujutsu Kaisen. Une illustration anniversaire a été présentée à l’écran, mais le véritable fil rouge de la rencontre était moins le bilan de la licence que le chemin accompli par son héros. Lorsque Junya Enoki a commencé à interpréter Yuji Itadori, celui-ci était encore un lycéen doté d’une force physique hors norme, projeté presque malgré lui dans le monde des exorcistes. Cinq ans plus tard, le personnage conserve son énergie, mais il ne porte plus du tout le même poids.
Avant et après Shibuya : la métamorphose de Yuji
Pour Enoki, la rupture se situe clairement à Shibuya. Au début de la série, Yuji reste un adolescent lumineux, spontané et relativement innocent. L’arc de Shibuya le confronte ensuite à une destruction massive, à la disparition de proches et surtout aux crimes commis par Sukuna en utilisant son corps. L’acteur a proposé au public français une comparaison très concrète : imaginer Paris entièrement détruit et devoir vivre avec l’idée d’en être responsable.
Cette culpabilité est devenue une composante essentielle de son interprétation. Yuji appartient toujours à la grande famille des héros du Weekly Shonen Jump : il avance, se bat et demeure guidé par des valeurs positives. Mais Enoki insiste sur ce que le personnage transporte avec lui — ses blessures, ses fautes supposées et une conscience de plus en plus douloureuse des conséquences de chaque combat. C’est cette coexistence entre lumière et noirceur qui, selon lui, rend Yuji singulier et attachant.
« Imaginez que Paris soit entièrement détruit et que vous pensiez que tout est de votre faute : c’est un peu l’état d’esprit de Yuji. »
Rejouer en direct une scène fondatrice… avec un texte incomplet
La rétrospective a ensuite ramené la salle à l’épisode 2 de la première saison. Face au directeur Masamichi Yaga, Yuji doit expliquer les raisons qui le poussent à rejoindre l’école d’exorcisme de Tokyo. La scène paraît presque modeste à côté des affrontements qui suivront, mais elle établit déjà la question centrale de son parcours : pour quelle raison choisit-on de risquer sa vie, et quelle serait une « bonne mort » ?
Junya Enoki a repris cette séquence en direct devant le public. La démonstration a gagné une saveur imprévue lorsque l’équipe s’est aperçue que la feuille remise au comédien ne contenait pas l’intégralité des répliques. Déjà nerveux à l’idée de rejouer une scène enregistrée plusieurs années auparavant, il a dû combler les manques et improviser. L’incident, raconté avec humour après la performance, a transformé le doublage en moment réellement unique pour Japan Expo.
Au-delà de l’anecdote, la scène révélait aussi l’évolution de la voix. Revenir au Yuji des débuts ne consiste pas seulement à répéter une intonation : il faut retrouver une époque où le personnage ignorait encore presque tout de la violence qui l’attendait. Le contraste avec les séquences évoquées ensuite n’en était que plus saisissant.
Faire monter la rage jusque dans le corps
La conférence s’est ensuite arrêtée sur l’un des passages les plus éprouvants de la saison 2 : la mort de Kento Nanami sous les yeux de Yuji, suivie de l’explosion de rage dirigée contre Mahito. Pour atteindre l’intensité nécessaire, Enoki ne s’est pas contenté d’un travail vocal. Il a expliqué avoir piétiné très fort et même frappé contre un mur afin de mettre son corps sous tension avant l’enregistrement.
Cette préparation physique dit beaucoup du métier. La voix ne naît pas dans le vide : la posture, le souffle, la contraction musculaire et l’énergie dépensée modifient directement ce qui sort du micro. Dans cette scène, il fallait faire entendre à la fois la colère, l’effondrement et l’impossibilité pour Yuji de revenir à l’innocence des premiers épisodes.
Le face-à-face possédait aussi une dimension paradoxale pour les comédiens. Junya Enoki et Nobunaga Shimazaki, voix japonaise de Mahito, s’entendent bien hors studio. Au moment d’enregistrer, cette proximité devait disparaître derrière l’hostilité totale des personnages. Enoki se souvient d’une atmosphère où la rage se lisait jusque dans les regards, preuve que l’interprétation se construit autant par ce que chacun donne que par ce qu’il reçoit de son partenaire.
En studio, Junya Enoki joue aussi avec les visages
Ce principe d’échange est devenu central dans son récit de la saison 3, La Traque meurtrière — première partie. Au Japon, les comédiens peuvent enregistrer ensemble. Enoki a notamment travaillé en présence de Kazuya Nakai, qui interprète Kinji Hakari, et de Tomokazu Sugita, voix de Hiromi Higuruma. Plutôt que de préparer seul une intention figée, il observe les réactions de ses partenaires, leurs expressions et la manière dont ils abordent la scène.
Cette habitude lui vaut même une remarque récurrente : ses collègues finissent parfois par lui demander d’arrêter de les fixer. L’anecdote a fait rire la salle, mais elle illustre une méthode très précise. Enoki nourrit son jeu de ce qu’il perçoit au moment même de l’enregistrement. Il ne cherche pas à imposer une version solitaire de Yuji ; il ajuste son interprétation à l’énergie du groupe.
Interrogé sur les nouveaux personnages qui l’ont marqué, il a notamment cité Higuruma. D’abord placé face à Yuji, le personnage n’est pas un adversaire conventionnel : sa détermination, son sens de la justice et ses contradictions lui donnent une présence particulière. Enoki a également souligné son plaisir de partager ces scènes avec Tomokazu Sugita.
« Je regarde beaucoup le visage et les expressions de mes partenaires. On finit parfois par me dire : “Arrête de me fixer !” »
Une saison 4 déjà placée sous le signe de la pression
La suite était forcément au cœur des attentes. Le teaser de la saison 4, La Traque meurtrière — deuxième partie, dévoilé en juin, a été diffusé devant un public immédiatement conquis. Le simple fait d’entendre la réaction de la salle a suffi à mettre Enoki sous pression : cette ferveur donne envie de réussir, mais rappelle aussi l’attente qui pèse sur chaque nouvelle étape.
Sans entrer dans les révélations du manga, le comédien a promis que Yuji Itadori et Megumi Fushiguro seraient encore confrontés à de très grandes difficultés. Il a aussi évoqué le retour possible de Sukuna, resté plus discret durant une partie des événements récents.
Le teaser officiel confirme une deuxième moitié de la Traque meurtrière plus chaotique encore, avec notamment l’affrontement entre Hakari et Hajime Kashimo, ainsi que de nouveaux combats pour Maki, Choso, Yuki Tsukumo, Yuji et Megumi. Site officiel de Jujutsu Kaisen
Junya Enoki attend particulièrement de découvrir Hakari pleinement engagé dans le combat. La saison 4 sera réalisée par Takeshi Sato, qui avait déjà œuvré comme metteur en scène et assistant réalisateur sur la première partie. Aucune date de diffusion n’a été annoncée pendant la conférence.
RUMBLE: SURVIVATON, quand Jujutsu Kaisen rencontre l’école Vampire Survivors
La fin de la rencontre a permis de renouer directement avec le jeu vidéo. Annoncé en juin, JUJUTSU KAISEN RUMBLE: SURVIVATON est développé par poncle, le studio à l’origine de Vampire Survivors, et édité par Shueisha Games. Le projet se présente comme un « Survivors Royale » jouable seul ou jusqu’à huit participants en ligne.
Chaque partie oppose exorcistes, maîtres des fléaux et esprits maudits dans des vagues d’ennemis. Les joueurs accumulent des points, améliorent leur personnage et peuvent modifier les règles de la partie. Le casting annoncé dépasse vingt combattants. Lorsque la confrontation touche à sa fin, les deux mieux classés se retrouvent dans un duel final en un contre un.
Prévu en 2026 sur PC, PlayStation 5, Xbox Series X|S et Nintendo Switch 2, le jeu n’a pas encore de date précise. Son concept cherche toutefois à dépasser la simple adaptation : il reprend la lisibilité et la progression automatique popularisées par Vampire Survivors pour les mêler à une compétition où l’expansion de territoire, le Black Flash et les techniques propres aux personnages peuvent renverser le classement. Shueisha Games
Du streaming au concert, une célébration sur tous les fronts
La conférence a également annoncé l’arrivée de la saison 3 sur Netflix et Prime Video en France à partir du 23 juillet 2026. Les deux premières saisons y restent proposées, offrant une nouvelle porte d’entrée ou l’occasion de reprendre l’histoire avant la saison 4.
La dernière surprise est venue de la musique. Le public a découvert sur écran une performance de jo0ji interprétant Yoake no Uta, l’ending de la saison 3 écrit au plus près des émotions de Yuji. Site officiel de l’anime
La séquence provenait de Jujutsu Kaisen in Concert, tournée mondiale passée par le Grand Rex à Paris le 7 juin. Le spectacle associe les compositions de Hiroaki Tsutsumi, un ensemble hybride de douze musiciens et des images issues des trois saisons. Jujutsu Kaisen in Concert
Cette conclusion musicale répondait parfaitement au reste de la rencontre. Pendant un peu plus d’une demi-heure, Japan Expo n’a pas seulement célébré une série devenue phénomène mondial : la conférence a montré comment la voix, le corps, le regard des partenaires et la musique participent ensemble à la construction d’un héros.
Cinq ans plus tard, Yuji n’est plus le même et sa voix non plus
Le véritable intérêt de cette célébration tenait dans ce mouvement permanent entre le passé et l’avenir. Le redoublage de l’épisode 2 rappelait l’innocence des débuts. Les souvenirs de Shibuya exposaient le prix payé par le personnage. La saison 3 mettait en lumière une méthode d’enregistrement fondée sur l’écoute et l’observation, tandis que le teaser de la saison 4 projetait déjà Yuji vers de nouvelles épreuves.
Junya Enoki n’a pas présenté son rôle comme une performance immuable qu’il reproduirait depuis cinq ans. Il l’a décrit, au contraire, comme une relation qui se transforme avec l’histoire. Yuji demeure un héros de shonen, mais un héros abîmé, conscient du malheur qui l’entoure et obligé d’avancer malgré la culpabilité.
C’est peut-être là que se trouve la force de Jujutsu Kaisen : derrière la démesure des combats, faire entendre la voix d’un adolescent qui tente encore de donner un sens à chacune de ses décisions.
Article écrit par Otakufan