Dreamland : de la page à l’écran, les coulisses d’un rêve français devenu anime (Otakufan)

Publié le 22 juillet 2026 à 16:05

 

À Japan Expo 2026, Reno Lemaire et les principaux artisans de l’adaptation ont raconté la naissance de la série, les choix nécessaires pour transposer vingt ans de manga et l’ambition internationale d’un projet attendu en octobre.

Vingt ans après ses débuts en librairie, Dreamland s’apprête à franchir une frontière qui paraissait encore lointaine lorsque Reno Lemaire a commencé à raconter les aventures de Terrence et de ses compagnons : celle de l’animation.

À l’occasion de Japan Expo 2026, Petits Gamers Magazine a pu assister à la conférence consacrée à cette adaptation et en filmer les échanges. L’occasion d’entendre ceux qui ont transformé le manga en série revenir sur plusieurs années de développement, mais aussi sur une responsabilité particulière : faire bouger, parler et s’enflammer des personnages que les lecteurs accompagnent depuis 2006.

Le calendrier donne encore plus de relief à cette rencontre. Dreamland célèbre ses vingt ans, tandis que son tome 24 venait tout juste de paraître chez Pika, en édition standard comme dans un coffret collector imaginé pour l’anniversaire.

Sur la scène Yuzu, l’auteur était entouré de Juan Pablo Machado, réalisateur, de Sylvain Dos Santos, producteur chez La Chouette Compagnie, et de Lila Hannou, productrice et vice-présidente du développement créatif et de la stratégie chez Ellipse Animation. La conférence était animée par Leslie Michelet.

Dreamland, l’anime en quelques repères

  • Format : 10 épisodes de 22 minutes en animation 2D
  • Studios : Ellipse Animation et La Chouette Compagnie
  • Réalisation : Juan Pablo Machado et Johanna Celse
  • Adaptation : Jean-Luc Cano et Antoine Maurel
  • Diffusion : octobre 2026 sur Crunchyroll et ADN, avec France Télévisions/Slash parmi les partenaires du projet

Un projet né d’un alignement enfin favorable

L’idée d’adapter Dreamland ne date pas d’hier. Sylvain Dos Santos explique avoir souhaité porter directement le manga à l’écran depuis longtemps. Il a toutefois fallu attendre que l’écosystème de l’animation évolue, en France comme en Europe, et que des plateformes telles qu’ADN et Crunchyroll rendent crédible la production d’une série de cette nature.

Lorsque les conditions ont semblé réunies, le contact avec Reno Lemaire s’est imposé.

Les premières discussions remontent à la période du passe sanitaire, un repère qui rappelle à quel point la gestation a été longue. Développement, écriture, préproduction puis fabrication : une série d’animation se construit sur plusieurs années.

Jean-Luc Cano et Antoine Maurel ont posé l’adaptation et la bible littéraire, après avoir lu l’ensemble de l’œuvre disponible. Dès les premières rencontres, Reno dit avoir surtout jugé les personnes placées face à lui et leur compréhension de son univers. Le lien humain a précédé le contrat artistique.

Reno Lemaire, boussole de l’adaptation

La priorité de l’auteur tient en quelques mots : respecter les personnages.

Une adaptation ne peut pas recopier mécaniquement le papier, mais elle doit conserver la logique intime de ceux qui l’habitent. Lorsque l’équipe lui présentait une scène nouvelle, Reno cherchait moins à savoir si elle existait déjà dans le manga qu’à vérifier si Terrence, Sabba, Ève, Savane ou Lydia auraient réellement parlé et agi de cette façon.

Cette connaissance très précise des caractères a installé la confiance. Du côté de la production, Reno est décrit comme une véritable boussole : s’il reconnaît son univers dans une séquence, l’équipe sait qu’elle avance dans la bonne direction.

De son côté, l’auteur reconnaît avoir découvert une mécanique narrative différente de la sienne. Dix épisodes imposent un rythme, une économie et une manière d’articuler les événements qui ne sont pas ceux d’un manga publié sur deux décennies.

« La question est toujours d’être fidèle en trahissant peu. »

Cette phrase prononcée pendant la conférence résume parfaitement la philosophie suivie par les équipes.

Une production collective, pensée avec le Japon en ligne de mire

Lila Hannou a rejoint le projet lorsque Dreamland était déjà engagé chez La Chouette Compagnie. Sa connaissance de longue date de Sylvain Dos Santos a facilité l’association avec Ellipse Animation et le partage de la production.

Juan Pablo Machado a, lui, repris le relais au moment de la fabrication de l’animation, après le travail de préproduction conduit par la coréalisatrice Johanna Celse, absente du panel, mais saluée sur scène.

Derrière les quatre personnes présentes à Japan Expo, ce sont en réalité des centaines de professionnels qui ont dû avancer dans la même direction. Passer d’un studio à l’autre, coordonner les différentes étapes et résoudre rapidement les problèmes demande une organisation particulièrement lourde.

L’équipe explique s’être inspirée de méthodes japonaises pour structurer la fabrication, tout en apprenant au fil du processus. Le résultat est profondément français et européen, mais il assume sans détour l’héritage de l’animation japonaise qui nourrit Dreamland depuis son origine.

Adapter, c’est choisir — et parfois faire évoluer le manga en retour

Le passage à l’écran oblige d’abord à condenser. Plusieurs volumes et de nombreuses scènes doivent trouver leur place dans dix épisodes de 22 minutes. Des choix littéraires ont donc été nécessaires pour préserver la progression dramatique sans perdre l’essence du récit.

Le même problème s’est posé pour les silhouettes, les coiffures, les expressions et les costumes : les personnages devaient rester reconnaissables tout en étant adaptés aux contraintes de l’animation et aux attentes d’une série destinée à plusieurs diffuseurs.

Les nombreux allers-retours entre Reno et les équipes ont permis d’affiner les designs. L’exemple de Sabba est révélateur : sa coiffure en dreadlocks, adoptée pour l’anime, a tellement convaincu l’auteur qu’il envisage de reprendre cette idée dans un prochain arc du manga.

L’adaptation n’est donc pas une simple traduction à sens unique. Elle peut, à son tour, nourrir l’œuvre papier et proposer à Reno de nouvelles solutions visuelles.

Les flammes comme signatures

La couleur apporte une autre dimension, absente du noir et blanc. Dreamland compte plusieurs personnages capables de contrôler le feu. Il fallait donc que chacun possède une identité immédiatement lisible à l’écran.

L’équipe a attribué des traitements distincts aux flammes des personnages importants. Celles d’Asmodheus ont été pensées comme plus raffinées et majestueuses, à l’image de son rang et de son assurance. Le feu de Terrence se montre au contraire plus brut, instable et explosif.

Ce travail ne se limite pas à une simple palette de couleurs. Animation, effets et compositing transforment le feu en prolongement du caractère de chaque personnage.

Reno s’est montré suffisamment séduit pour envisager, là encore, de réutiliser certaines de ces idées dans ses futures colorisations. L’anime pourrait ainsi influencer directement la représentation des pouvoirs dans le manga.

Les voix comme nouvelles identités

Le casting français, dévoilé quelques semaines plus tôt au Festival d’Annecy et conduit par Marie Nonnenmacher, répond à la même recherche de justesse.

Reno souhaitait notamment offrir à Terrence une voix neuve, qui ne soit pas déjà associée à une multitude de personnages connus. L’objectif était de permettre au jeune héros de posséder immédiatement sa propre identité sonore.

Pour l’auteur, assister aux essais des comédiens a constitué une nouvelle étape de son rôle de « spectateur privilégié » de la fabrication de l’anime. Après avoir vu ses personnages redessinés pour l’écran, il a pu les entendre parler pour la première fois.

Des génériques japonais pour rendre hommage aux influences de Dreamland

L’équipe a également confirmé que l’opening et l’ending seraient interprétés en japonais par des artistes japonais.

Leurs identités n’étaient pas encore dévoilées lors de la conférence et les enregistrements devaient intervenir prochainement. Ce choix est présenté comme un hommage cohérent avec l’ADN de la série, tout en affirmant sa volonté de dialoguer avec le pays dont la culture manga et anime a tant inspiré Reno Lemaire.

Dreamland reste une production française et européenne, mais elle ne cherche jamais à dissimuler ses influences. L’arrivée d’artistes japonais sur les génériques doit contribuer à renforcer ce pont culturel.

Une diffusion réellement internationale

En France, Dreamland est attendu en octobre 2026 sur Crunchyroll et ADN, avec France Télévisions/Slash parmi les partenaires du projet.

La série doit bénéficier d’une diffusion internationale et d’une version japonaise intégralement localisée. Depuis la conférence de Japan Expo, sa programmation au Japon a été officiellement confirmée.

Dreamland sera diffusé à partir d’octobre sur le réseau national ABC TV/TV Asahi, dans la case ANiMAZiNG!!!, avec une version entièrement localisée et un doublage assuré par des comédiens japonais. Les prochaines informations concernant cette version seront communiquées sur le site officiel japonais de Dreamland.

Voir un manga français, adapté par des studios français, rejoindre une véritable case d’animation nationale au Japon donne au projet une portée symbolique rare.

Le moment où Dreamland va vivre sans son auteur

À quelques mois de la sortie, l’enthousiasme se mélange naturellement à l’anxiété. Les équipes savent avoir donné le maximum, mais aucune fabrication ne peut anticiper la réaction du public.

Reno vit lui aussi une situation nouvelle. Pour la première fois, un projet tiré de son univers lui échappe en partie. Il a donné des indications, validé des orientations et accompagné le travail, sans être celui qui dessinait chaque plan de A à Z.

C’est précisément ce qui rend cette adaptation si importante. Dreamland doit désormais vivre par lui-même, auprès des lecteurs historiques comme d’un public qui découvrira peut-être Terrence directement à l’écran.

La conférence s’est achevée par la présentation en avant-première européenne du premier épisode, aboutissement concret d’un parcours commencé plusieurs années auparavant.

Le rêve change de forme

Ce que nous retenons surtout de cette rencontre, au-delà du prestige de l’annonce, c’est la cohérence de la démarche.

L’équipe n’a pas cherché à figer le manga sous verre. Elle a accepté de le transformer, de le rythmer autrement et de lui donner des couleurs, des voix et une grammaire visuelle propres, tout en laissant Reno Lemaire jouer le rôle de gardien de ses personnages.

En octobre 2026, le rêve changera de forme. Mais tout indique qu’il continuera de parler la même langue.

Article écrit par Otakufan