Le public de Japan Expo a eu droit à une cuvée rare : l’avant-première mondiale de l’épisode 15 des Gouttes de Dieu, suivie d’une rencontre avec son réalisateur Kenji Itoso et Kazuya Kamenashi. L’acteur japonais retrouve, cette fois par la voix, le rôle de Shizuku Kanzaki qu’il incarnait déjà dans le drama de 2009. Une transmission singulière, à l’image d’une adaptation qui veut rendre visibles le goût, les arômes et les souvenirs contenus dans chaque verre.
Une avant-première mondiale pour lancer la seconde moitié
Le samedi 11 juillet, la scène Yuzu de Japan Expo accueillait un rendez-vous un peu particulier. Avant l’échange animé par Olivier Fallaix, le public a découvert en avant-première mondiale le quinzième épisode des Gouttes de Dieu. Un privilège d’autant plus notable que sa diffusion télévisée japonaise n’était prévue que le 19 juillet. Ce chapitre, situé au début du second cour, réunit davantage Shizuku Kanzaki et son rival Issei Tomine autour d’un même objectif.
Produite par Satelight et conçue en vingt-quatre épisodes, la série adapte le manga de Tadashi Agi et Shu Okimoto. Après la mort de l’immense critique Yutaka Kanzaki, son fils Shizuku et le brillant critique de vin Issei Tomine sont lancés sur la piste des « douze apôtres », puis de la mythique bouteille qui donne son nom à l’œuvre. Derrière cette quête se dessinent une histoire d’héritage, une relation père-fils contrariée et un apprentissage sensible du vin.
Kenji Itoso n’a d’ailleurs pas cherché à masquer l’intensité de la production. Au moment de la conférence, l’équipe ne disposait pratiquement d’aucune avance : l’épisode 15 venait d’être montré et le réalisateur devait se replonger dans les épisodes 16 et 17 dès son retour au Japon. Deux épisodes qu’il dit affectionner tout particulièrement et qu’il invitait déjà le public français à attendre.
Shizuku, seize ans plus tard
La présence de Kazuya Kamenashi donnait à cette rencontre une dimension presque unique. En 2009, il incarnait déjà Shizuku Kanzaki dans l’adaptation en prises de vues réelles diffusée au Japon. Plus de quinze ans plus tard, il retrouve donc le même personnage, mais dans un registre entièrement différent : celui de l’animation et du jeu vocal.
L’acteur a confié avoir été « extrêmement surpris » lorsque la proposition lui est parvenue. Reprendre un rôle aussi longtemps après, dans un autre médium, reste une situation rare. Il y a vu un lien profond avec l’œuvre. Cette continuité n’avait pourtant rien d’un choix confortable : il s’agissait de sa première véritable expérience comme interprète principal d’une série d’animation. C’est justement parce que le projet était Les Gouttes de Dieu qu’il a accepté de relever le défi.
« C’est précisément parce qu’il s’agissait des Gouttes de Dieu que j’ai voulu relever le défi. »
- Kazuya Kamenashi
Le parallèle entre l’acteur et son personnage s’est rapidement imposé. Shizuku entre dans un monde dont il possède les sensations et les souvenirs, sans encore en maîtriser tous les codes. Kamenashi, lui, connaissait intimement le personnage et l’univers du vin, mais devait apprendre la grammaire du doublage japonais. Deux trajectoires d’initiation qui ont fini par avancer ensemble.
Apprendre le métier de seiyû, épisode après épisode
La conférence a permis de mesurer à quel point le travail de seiyû ne se résume pas à lire un texte devant un microphone. Kazuya Kamenashi a dû revoir sa façon de poser sa voix, apprendre à lire un script pensé pour l’animation et jusqu’à choisir des vêtements dont le tissu ne produisait aucun bruit dans le studio. Il reconnaît être arrivé sans connaître ces règles très particulières.
Il a pu s’appuyer sur l’expérience des comédiens présents autour de lui, dont les conseils ont accompagné sa progression. Kenji Itoso se souvient d’un interprète logiquement tendu lors de la première séance, puis de plus en plus rigoureux, exigeant envers lui-même et attentif aux échanges avec le reste du casting.
Kamenashi estime ainsi avoir grandi à chaque épisode. Il compare cette évolution à celle de Shizuku, qui ouvre progressivement les portes d’un univers toujours plus profond. La formule pourrait sembler toute trouvée pour une campagne promotionnelle ; elle prend pourtant un sens très concret lorsqu’il détaille les habitudes, les contraintes et l’écoute qu’il lui a fallu acquérir.
Vingt comédiens, cinq micros et une énergie collective
Les Gouttes de Dieu a conservé une méthode d’enregistrement très collective. Pour certaines scènes, plus de vingt comédiens se retrouvaient dans le studio et se partageaient environ cinq microphones, chacun venant prendre sa place au moment de sa réplique. Les voix n’ont donc pas toutes été enregistrées isolément : les acteurs pouvaient jouer ensemble, se répondre et ressentir directement le rythme de la séquence.
Cette organisation nourrit la spontanéité, mais elle impose aussi une concentration permanente. Kamenashi a notamment évoqué la difficulté de passer presque instantanément des larmes au sourire lorsque les plans s’enchaînent. Dans les dialogues qui se chevauchent, les comédiens sont parfois répartis sur plusieurs prises. Pris par le mouvement de la scène, il lui est arrivé de lire naturellement une réplique qui devait pourtant être gardée pour le tour suivant.
Les scènes de réception offraient au contraire un espace de liberté réjouissant. Le casting pouvait changer de voix pour incarner les invités anonymes et improviser les conversations d’arrière-plan. Des exclamations comme « C’était délicieux ! » circulaient alors dans le studio, jusqu’à créer l’atmosphère vivante d’une véritable soirée. L’acteur garde de ces instants un souvenir particulièrement amusé.
Cette culture de l’échange se retrouve dans l’épisode 15. Pour les scènes rapprochant Shizuku et Issei, Kamenashi et Takuya Sato n’ont pas organisé une longue préparation à part. Ils ont préféré confronter leurs intentions au moment de jouer, proposer une nuance, essayer une réponse et ajuster la scène avec le réalisateur et les invités du jour. Une fabrication fondée sur le dialogue davantage que sur une performance solitaire.
Une adaptation fidèle, mais pensée pour l’animation
Adapter Les Gouttes de Dieu représente un exercice délicat. Le manga principal compte quarante-quatre tomes et a déjà connu plusieurs adaptations en prises de vues réelles, au Japon comme à l’international. Les auteurs ont laissé à Kenji Itoso une grande liberté d’interprétation. Le réalisateur a pourtant choisi de rester aussi proche que possible du matériau d’origine.
Il a donc travaillé avec Tadashi Agi et Shu Okimoto afin de déterminer quels chapitres et quels volumes pourraient former la progression de cette saison de vingt-quatre épisodes. La fidélité ne consiste pas ici à tout reproduire, ce qui serait impossible, mais à préserver la trajectoire des personnages, la richesse des connaissances et le rapport presque charnel que le manga entretient avec le vin.
Kazuya Kamenashi entretient lui aussi un lien ancien avec Tadashi Agi. Leur relation remonte à l’adaptation en prises de vues réelles de Kindaichi, puis s’est renforcée lors du drama Les Gouttes de Dieu en 2009. L’auteur l’avait alors emmené dans différents lieux liés au vin et lui avait fait découvrir de nombreuses bouteilles.
Le contact ne s’est jamais rompu. Avant la toute première séance d’enregistrement de l’anime, les deux hommes ont échangé des messages jusqu’aux instants précédant l’entrée de Kamenashi dans la cabine.
Comment faire goûter un vin à travers un écran ?
Le cœur artistique du projet se trouve peut-être dans cette question. Le manga transforme chaque dégustation en paysage mental, en morceau de musique, en souvenir ou en voyage. Les adaptations en prises de vues réelles avaient parfois dû raccourcir ces envolées ou les suggérer plus sobrement. Pour Kenji Itoso, l’animation permet au contraire de les assumer pleinement.
« Le goût et les arômes ne sortent pas d’un téléviseur. Il faut donc exprimer la personnalité de chaque vin par la couleur, la lumière et la musique. »
- Kenji Itoso
L’enjeu n’est pas de proposer une simple illustration décorative. Couleurs, lumière, composition et musique doivent remplacer les informations que ni l’écran ni les haut-parleurs ne peuvent transmettre : la texture, le parfum, la température et la longueur en bouche. En mêlant l’art à l’animation, le réalisateur veut augmenter la puissance sensorielle de chaque bouteille et faire comprendre pourquoi elle bouleverse celui qui la déguste.
C’est sans doute là que cette adaptation trouve sa véritable raison d’être. Elle ne remplace ni le manga ni les dramas : elle ouvre une nouvelle voie pour traduire l’invisible, en utilisant les outils propres à l’animation.
La France, terroir affectif de Kazuya Kamenashi
Devant le public français, Kazuya Kamenashi a aussi laissé parler son attachement personnel au pays. Sa première visite remonte à environ vingt ans. Il y est revenu pour son travail, pour des voyages privés et plus récemment dans le cadre d’un reportage autour des Jeux olympiques. La culture, la gastronomie et les longues soirées d’été font partie des souvenirs qu’il associe à la France.
Le vin occupe naturellement une place centrale dans cette relation. Pour la préparation du drama, il avait parcouru des villes et des domaines français. Il se souvient notamment d’une visite au Château Beychevelle, où il avait pu goûter plusieurs millésimes. Interrogé sur ses préférences, il a refusé de s’enfermer dans une seule région ou un seul cépage : le choix dépend pour lui du moment, de la situation et des personnes avec lesquelles la bouteille est partagée.
Il a tout de même confié son plaisir de boire un vin blanc lorsque la lumière du jour s’attarde jusque tard dans la soirée. Ce jour-là, il se sentait plutôt d’humeur bourguignonne et a invité les spectateurs à lui laisser leurs recommandations sur Instagram. Une manière simple et chaleureuse de prolonger la conversation au-delà de la scène.
Le meilleur des mariages avec le public français
Pour conclure, Kenji Itoso a insisté sur le respect porté à la France tout au long de la fabrication. Ce pays n’est ni un décor exotique ni un simple argument commercial : il constitue l’une des racines culturelles et sensorielles de l’œuvre. Présenter un épisode inédit à Japan Expo revenait donc à confronter cette vision au regard d’un public qui vit au plus près des terroirs évoqués.
Kazuya Kamenashi a repris l’image la plus évidente, et sans doute la plus juste, pour inviter les spectateurs à poursuivre la série : celle du mariage. Entre un manga devenu une référence, un personnage qu’il accompagne depuis 2009, le langage visuel de Kenji Itoso et la sensibilité du public français, Les Gouttes de Dieu cherche aujourd’hui son accord idéal.
Après cette rencontre, on comprend surtout que l’anime ne veut pas seulement parler du vin. Il veut nous faire ressentir tout ce qu’une bouteille peut contenir d’histoire, de mémoire et d’émotion.
À retenir : Les Gouttes de Dieu est une série de 24 épisodes répartis en deux cours, réalisée par Kenji Itoso et produite par Satelight. Kazuya Kamenashi interprète Shizuku Kanzaki, aux côtés de Takuya Sato dans le rôle d’Issei Tomine et Maaya Uchida dans celui de Miyabi Shinohara. La série est disponible en France sur Crunchyroll.
Article écrit par Otakufan