Il y a des films que l’on attend avec impatience et d’autres que l’on regarde avec une certaine appréhension. Les Maîtres de l’Univers faisait clairement partie, pour moi, de cette deuxième catégorie. Non pas parce que je n’avais pas envie de retrouver Musclor, bien au contraire, mais parce que ce personnage représente une partie de mon enfance. Pour toute une génération, il est indissociable de Récré A2, de Dorothée et de cette télévision des années 80 qui nous faisait découvrir des héros capables de nous transporter dans des mondes extraordinaires. Avant son départ vers TF1 et le fameux Club Dorothée, Dorothée accompagnait déjà nos après-midis et Musclor faisait partie de ces personnages que l'on retrouvait avec plaisir.
Alors forcément, lorsque ce film est arrivé, j'avais peur. Peur que l'on transforme cet univers en quelque chose de trop sérieux, trop moderne ou trop éloigné de nos souvenirs. Finalement, j'ai été plutôt agréablement surpris. Le film n'est pas parfait, mais il possède une qualité essentielle : il n'a pas honte d'être un film des Maîtres de l'Univers.
Musclor : apprendre à devenir un héros
Ce qui m'a le plus intéressé dans le personnage d'Adam, c'est justement qu'il n'est pas immédiatement le Musclor que nous connaissons. Il apparaît d'abord comme quelqu'un d'assez naïf, qui découvre progressivement ses pouvoirs et surtout ce qu'ils impliquent. Le film prend donc le temps de montrer la naissance du héros plutôt que de nous présenter directement un personnage invincible.
Nicholas Galitzine accompagne correctement cette évolution. Adam doit apprendre à maîtriser sa force, mais également à accepter son héritage et les responsabilités qui viennent avec. Cette progression donne davantage de sens à sa transformation. Lorsque l'on arrive au combat final, Musclor n'est plus simplement celui qui possède une épée magique : il a enfin compris ce qu'il représente.
Le combat final est d'ailleurs l'un des bons moments du film. Il n'est pas révolutionnaire, mais il est efficace et surtout lisible. Les effets spéciaux permettent enfin de montrer toute la puissance de Musclor, et pour quelqu'un qui a grandi avec le dessin animé, voir ce personnage se battre dans une production moderne possède forcément quelque chose de réjouissant.
Skeletor : surtout, ne pas le rendre trop sérieux
Face à Musclor, Jared Leto avait la lourde tâche d'incarner Skeletor. Et c'est probablement le personnage qui m'a le plus rassuré. Le film aurait pu choisir d'en faire un méchant sombre et torturé. Il fait exactement l'inverse.
Skeletor est excessif, théâtral, colérique et souvent ridicule. Mais c'était déjà une partie de son charme dans le dessin animé. Jared Leto pousse simplement le curseur beaucoup plus loin. Il cabotine, en fait parfois énormément, mais cela fonctionne parce que le film assume totalement son second degré.
Il faut donc regarder Les Maîtres de l'Univers avec une certaine distance, parfois même avec du troisième degré. Si l'on cherche du réalisme, certaines scènes peuvent sembler absurdes. Mais si l'on accepte les règles du jeu, Skeletor devient l'un des personnages les plus amusants du film.
Et finalement, je préfère largement cette version à un Skeletor transformé en méchant ultra-sérieux. Skeletor doit rester Skeletor.
Le Maître d'Armes et Teela : deux piliers autour d'Adam
Idris Elba apporte immédiatement une vraie présence au Maître d'Armes. Duncan aurait facilement pu devenir un guerrier très sérieux, mais le film préfère lui donner une dimension plus humaine et parfois comique. Il fonctionne surtout comme un mentor pour Adam, celui qui possède les connaissances nécessaires pour l'aider à comprendre ce qui lui arrive.
J'aurais cependant aimé le voir davantage en action. Avec Idris Elba dans le rôle, il y avait largement matière à rendre le Maître d'Armes plus impressionnant. Le personnage reste finalement davantage une figure de transmission qu'un véritable héros d'action, ce qui est un choix intéressant mais légèrement frustrant.
Teela, de son côté, apporte une dimension plus personnelle à l'histoire. Sa relation avec Adam permet de donner un peu plus d'émotion au récit et évite que le film ne repose uniquement sur les pouvoirs de Musclor. Camila Mendes lui donne suffisamment de personnalité pour qu'elle ne soit pas simplement la partenaire du héros, même si j'aurais aimé que le scénario lui accorde davantage de place.
Ces deux personnages permettent finalement de donner une dimension plus humaine à Adam. Duncan représente l'héritage et la transmission, tandis que Teela représente son passé et les liens qu'il doit préserver.
Eternia, les effets spéciaux et le plaisir de retrouver son enfance
Le film avait également un énorme défi : donner vie à Eternia. Sur ce point, le résultat est assez inégal. Certains décors, notamment le Château des Ombres, sont vraiment réussis et donnent une véritable identité visuelle à l'univers. D'autres effets numériques sont moins convaincants et certaines créatures semblent parfois un peu trop artificielles.
Mais, curieusement, cela ne m'a pas vraiment sorti du film. Les Maîtres de l'Univers possède depuis son origine une esthétique liée aux jouets et aux figurines. Il y a donc quelque chose d'assez amusant à voir cet univers prendre vie comme une gigantesque collection de jouets numériques.
Le film réussit surtout lorsqu'il assume son côté kitsch. Il ne cherche pas à cacher ses origines et nous rappelle progressivement tout ce qui faisait l'univers : la magie, les machines, les créatures, le Château des Ombres et évidemment ce mélange improbable de fantasy et de science-fiction.
Verdict : Par le pouvoir du Crâne Ancestral... la nostalgie fonctionne encore.
Au départ, j'avais peur de ce film. Les Maîtres de l'Univers représente mon enfance et je savais qu'il serait difficile de retrouver exactement les sensations que j'avais devant Récré A2. Finalement, je me suis laissé prendre au jeu.
Le film n'est pas parfait. Le scénario reste classique, certains effets spéciaux sont inégaux et plusieurs personnages auraient mérité davantage de développement. Mais il réussit quelque chose d'important : il respecte suffisamment l'esprit de Musclor pour ne pas trahir nos souvenirs.
Il faut simplement accepter de le regarder avec du second degré, voire du troisième. Accepter Jared Leto qui en fait des tonnes, les effets numériques parfois imparfaits et les situations complètement improbables. Mais si l'on accepte cela, le film devient un divertissement généreux et surtout une belle plongée dans nos souvenirs.
Lorsque Musclor finit par comprendre ses pouvoirs et affronte enfin Skeletor, je me suis retrouvé quelques décennies en arrière. Pas exactement devant le même dessin animé, évidemment, mais suffisamment proche de celui de mon enfance pour retrouver cette sensation particulière.
Ce n'est peut-être pas le grand film des Maîtres de l'Univers que nous attendions. Mais c'est un film qui m'a donné envie de redevenir, pendant quelques heures, le gamin qui regardait Musclor sur Récré A2.
Par DanReviewGaming